Biodiversité et exploitation des ressources marines en Polynésie française sur la longue durée : étude comparative des archipels des Marquises et des Gambier

par Vahine Rurua

Thèse de doctorat en Anthropologie biologique, Ethnologie, Préhistoire

Sous la direction de Eric Conte et de Philippe Béarez.

Thèses en préparation à Polynésie française , dans le cadre de École doctorale du Pacifique (Faaa) , en partenariat avec Umr 7209 (equipe de recherche) et de Cirap depuis le 10-09-2015 .


  • Résumé

    La pêche a toujours eu un rôle essentiel pour la subsistance des communautés Polynésiennes. La fouille des sites archéologiques dont les stratigraphies remontent jusqu’aux premières installations humaines, livrent en effet de nombreux témoins de l’activité halieutique. Parmi les vestiges, des engins de pêche (hameçons en nacre, poids de pêche, etc.) associés à un riche dépôt de restes de faune marines (poissons, coquillages, échinodermes, tortues et quelques rares mammifères) sont fréquemment recueillis. Dans notre étude, il s’agit d’aborder la dimension historique de la pêche en Polynésie centrale à partir des assemblages de poissons. L’analyse systématique des vestiges de faune est une démarche encore peu courante dans la région, il existe néanmoins plusieurs travaux archéo-ichtyologiques conduits en divers archipels depuis l’année 1970. Cependant, le manque de standardisation des méthodologies liées aux recensements des restes minimise toute approche comparative à partir des inventaires de poissons. Pourtant, les profils environnementaux varient d’une île à l’autre et la distribution des espèces peut changer suivant les archipels. Dans ce cadre, nous cherchons à définir les stratégies mises en œuvre par les communautés humaines pour adapter leurs méthodes de capture à la disparité des ichtyofaunes rencontrées dans les différentes îles mais également leurs évolutions sur le long terme. Pour aborder cette problématique, nous nous sommes intéressés aux développements de la pêche dans deux types d’environnements : un milieu sans lagon (île de Ua Huka aux Marquises) et un avec lagon (aux îles Gambier avec les îlots d’Agakauitai et de Kamaka). Nous y avons développé trois objectifs : le premier consiste à recenser la diversité exploitée suivant les sites d’études (en termes de taxon et de poids reconstitué des poissons au moment de la capture) ; le second, concerne l’analyse écologique de la pêche par la détermination des micro-environnements ciblés ; le troisième, implique l’interprétation des méthodes de capture par l’application des données ethnographiques des pêches traditionnelles. Les collections archéologiques sont analysées indépendamment et les résultats font l’objet d’une discussion visant à distinguer les points communs des aspects spécifiques. A l’issue des inventaires, 15 000 restes de poissons sont identifiés à plusieurs niveaux de précisions : au rang de la famille au mieux au genre et très rarement à l’espèce. La comparaison de la diversité exploitée entre les deux archipels démontre que malgré l’opposition environnementale des îles un résultat commun apparait : le proche littoral est le premier lieu d’approvisionnement en poisson. Plusieurs méthodes de captures ont été réalisées durant les époques avec l’utilisation de multiples engins de pêche. Nous avons ainsi relevé des captures supposées quotidiennes effectuées le long du rivage à pied ou à l’aide d’embarcation et des captures potentiellement saisonnières ou séquentielles qui auraient pu être opérées non loin du rivage ou dans le proche large pour les Marquises. Finalement, l’interprétation de l’analyse diachronique autorise à dire que la pêche de proximité perdure depuis les premières installations jusqu’au contact Européen et au-delà. La démarche innovante développée lors de cette thèse apporte d’ores et déjà de nouveaux éléments de discussions au cadre interprétatif de la pêche en Polynésie centrale jusque-là peu étudié avec un corpus de poisson aussi riche.


  • Résumé

    Fishing, always played a major role in the subsistence of Polynesian communities. The excavation of archaeological sites related to the earliest human settlements, provide many evidences of marine exploitation. Among the remains collected, fishing gear (pearl hooks, fishing weights, etc.) associated with a rich deposit of marine fauna remains (fish, shells, echinoderms, turtles and a few rare mammals) are frequently uncovered. In our study, we reach the historical dimension of fishing in central Polynesia from fish assemblages. The systematic analysis of the faunal remains is not frequent in the region, nevertheless there are several archaeo-ichthyological studies carried out in various archipelagos since 1970. However, the lack of standardization of methodologies linked to the census of remains minimize any comparative approach based on fish inventories. Even so, the environmental profiles can vary depending on the islands, also, the distribution of fish species can change according to the archipelagos. In this context, we attempt to define the strategies implemented by human communities to adapt their capture methods to the disparity of ichthyofauna encountered but also the evolution of fish exploitation over time. To address this issue, we attempt to describe the development of fishing in two types of environments: an environment without a lagoon (Ua Huka, Marquesas Islands) and one with a lagoon (islets of Agakauitai and Kamaka, Gambier Islands). We developed three goals: the first is to identify the diversity exploited according to the study sites (in terms of taxon and reconstructed weight of fish at the time of capture); the second concerns the ecological analysis of fishing by determining the micro-environments targeted; the third involves the interpretation of harvesting methods through the application of ethnographic data from traditional fisheries. Archaeological collections are analysed independently and the results are discussed to distinguish commonalities from specific aspects. At the end of the inventories, 15 000 fish remains have been identified at several levels of precision: at best from family to genus and very rarely to species. The comparison of the diversity exploited between the two archipelagos shows that despite the environmental opposition of the islands, a common result appears: the near coast is the first place of fish supply. Several methods of capture have been carried out during the ages with the use of multiple fishing gears. We noted supposed daily catches made along the shore on foot or with the aid of a boat; and potentially seasonal or sequential catches which could have taken place not far from the shore or in the near open sea for the Marquesas. Finally, the interpretation of the diachronic analysis allows us to say that local fishing continues from the first installations to European contact and beyond. The approach developed during this thesis already brings new elements of discussion to the interpretative framework of fishing in central Polynesia, based on such a rich quantity of fish remains.