Conflit et comportements de santé : le rôle des cognitions compensatrices et du contrôle de soi chez des individus atteints de cardiopathies

par Cyril Forestier

Thèse de doctorat en MCA - Mouvement et Comportement pour la santé et l'Autonomie

Sous la direction de Aïna Chalabaev et de Benoît Allenet.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale ingénierie pour la santé, la cognition, l'environnement (Grenoble) , en partenariat avec Sport et Environnement Social (laboratoire) .


  • Résumé

    En 2015, les pathologies cardiovasculaires étaient responsables de 18 millions de décès par an dans le monde, ce qui en fait la principale cause de mortalité liée aux maladies non-transmissibles. Il a été mis en évidence que des changements de comportements multiples en termes d'activité physique, d'alimentation, de consommation de tabac, et d'observance médicamenteuse, représentaient des moyens efficaces de prévenir l'émergence de cardiopathies chez des populations générales, et des rechutes après un accident cardiaque. En psychologie sociale et de la santé, la compréhension des déterminants des comportements de santé s'est principalement appuyée sur deux approches : l'approche socio-cognitive et l'approche duale. Bien que ces modèles aient identifié plusieurs prédicteurs du comportement, ils sont porteurs de limites qui les rendent difficilement applicables au cadre du changement de comportements multiples. D'une part, ces approches proposent des déterminants spécifiques à un comportement, ce qui ne permet pas de comprendre ce qui détermine l'adoption de plusieurs comportements simultanément. D'autre part, ils ne prennent pas en compte la nature des comportements de santé. Or, les comportements diffèrent sur un certain nombre de caractéristiques, et les comportements pathogènes peuvent s'opposer aux comportements salutogènes, générant alors un conflit chez l'individu. Dans le cadre des changements de comportements multiples, une mauvaise gestion de ce conflit pourrait expliquer la prévalence des comportements pathogènes. Ce travail doctoral a investigué le rôle de deux processus de réduction du conflit pertinent dans le cadre du changement de comportements multiples : les cognitions compensatrices et le contrôle de soi. Plus précisément, ils ont cherché à évaluer (1) dans quelle mesure le mécanisme inter-comportemental des cognitions compensatrices pouvait perturber la formation d'intention envers des comportements de santé ; et (2) si le contrôle de soi était un déterminant aspécifique permettant l'émergence de plusieurs comportements de santé. Nous avons répondu à ces questionnements à travers quatre études empiriques décrites dans trois manuscrtis. Le premier a évalué le rôle délétère des cognitions compensatrices (en dissociant celles-ci selon la nature des comportements) sur la formation d'intentions envers différents comportements de santé, chez des individus atteints de cardiopathies. Les résultats ont montré que ces croyances peuvent avoir des effets négatifs sur les intentions à certains niveaux d'auto-efficacité et de risques perçus. Le deuxième manuscrit présente une étude qui a évalué dans quelle mesure le modèle du contrôle de soi, auquel nous avons intégré une mesure de l'état de la capacité de contrôle de soi, prédisait les comportements de santé. Nos résultats montrent des processus globalement différenciés selon le type de comportement : activité physique/sédentarité, alimentation équilibrée/déséquilibrée, et consommation de tabac. Plus précisément, ils suggèrent que l'effort de contrôle de soi prédirait les comportements pathogènes, et que l'état de la capacité de contrôle de soi prédirait les comportements salutogènes. Le troisième manuscrit a cherché à confirmer ces résultats chez deux populations, l'une d'étudiants, l'autre d'individus atteints de cardiopathies, en testant le modèle du contrôle de soi en contexte naturel et dans un devis longitudinal. Bien que des différences dans les patterns de résultats soient observés selon la population, les résultats semblent confirmer le rôle de l'effort de contrôle de soi sur les comportements pathogènes (sédentarité et alimentation déséquilibrée), et de la capacité de contrôle de soi sur les comportements salutogènes (activité physique). L'ensemble de ces résultats ouvrent la voie vers la construction d'interventions ciblant ces deux composants du modèle du contrôle de soi, afin d'améliorer l'adhérence aux comportements de santé chez des populations cardiaques.

  • Titre traduit

    Conflict and health behaviors: role of compensatory health beliefs and self-control on individual with cardiovascular diseases


  • Résumé

    In 2015, cardiovascular diseases caused 18 million deaths per year worldwide, which makes it the leading cause of death attributed to non-communicable diseases. Multiple health behaviors change in terms of physical activity, diet, tobacco consumption, and medication adherence represent one of the best ways to prevent cardiovascular diseases emergence on global population, and to prevent relapses on individual with cardiovascular diseases. To understand behaviors determinants, social and health psychology relies on two conceptual frameworks: socio-cognitive models and dual-process theories. These models identified several behavioral determinants, but two reasons could make their application difficult in the multiple health behavior change framework. First, these approaches proposed behavior-specific determinants that do not permit to understand what determines the simultaneous adoption of several behaviors. On the other hand, they do not consider behaviors characteristics. However, behavior characteristics could be different and unhealthy behaviors could confront healthy behaviors, and thus generate conflicts on an individual. Within the multiple health behavior change process, poor conflict-coping strategies could explain unhealthy behavior prevalence. This doctoral work has investigated role of two processes of conflict reduction within multiple health behavior change: compensatory health beliefs, and self-control. Specifically, they evaluated (1) to what extent compensatory health beliefs, a between-behavior belief, could harm intentions toward healthy behaviors; and (2) if self-control could be an unspecific determinant of multiple health behavior change. We conducted four empirical studies merged in three manuscripts to answer these questions. The first manuscript evaluated compensatory health beliefs harmful influences (by dissociating them according with behaviors nature) on intentions formation process toward several health behaviors, within individual with cardiovascular diseases. Results showed that these beliefs could harm intentions depending on certain self-efficacies and risks perception levels. The second manuscript presented a study that investigated to what extent the self-control model, with a measure of state self-control capacity, predicted health behaviors. Results highlighted different prediction patterns depending on behaviors domain: physical/sedentary activity, healthy/unhealthy diet, tobacco consumption. More precisely, results suggest that self-control effort predicted unhealthy behaviors, and state of self-control capacity predicted healthy ones. The third manuscript attempted to confirm these results on two populations. The first one was composed of students, and the second one was composed of individual with cardiovascular diseases, by testing self-control model on ecological context and with a longitudinal design. Despite differences within predictions patterns, depending on the population observed, results confirmed the role of self-control effort on unhealthy behaviors (sedentary time and unhealthy diet), and of state self-control capacity on healthy behavior (physical activity). Taking together, all these results pave the way to the development of interventions on these two self-control model components, in order to improve health behaviors adherence of individual with cardiovascular diseases.