Des Lumières à Sismondi : penseurs et voyageurs face au Moyen Âge italien

par Marion Bertholet

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Gilles Bertrand et de Ilaria Taddei.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Laboratoire Universitaire Histoire Culture(s) Italie Europe (laboratoire) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Au cours du XVIIIe siècle, les érudits et les philosophes n’ont pas dédaigné l’étude du Moyen Âge, qu’on a souvent jugé repoussant pour le siècle des Lumières. En réalité, ces siècles sont alors loin d’être condamnés de façon monolithique et parmi les éléments positifs se trouve l’Italie. Ses villes, leurs libertés, leurs citoyens, leurs marchands, leurs arts… sont autant de caractères inédits soulignés par les penseurs des Lumières, qui contribuent à fabriquer l’image d’une époque médiévale italienne ayant échappé aux logiques « obscurantistes » du reste de l’Europe féodale. L’invention d’un Moyen Âge italien spécifique, c’est-à-dire possédant des traits l’éloignant des normes négatives projetées sur le monde médiéval, était nécessaire aux lettrés du XVIIIe siècle pour appréhender l’évolution des savoirs à travers l’histoire, les progrès de l’humanité devant être portés par la Péninsule après le déclin de l’Antiquité. Mais les cités qui contribuaient au renouveau de l’esprit humain étaient aussi perçues avec méfiance, puisque cette liberté urbaine était jugée instable. Pour que le Moyen Âge italien soit pleinement idéalisé, il faut attendre le tournant des Lumières, avec l’œuvre de Sismondi. L’auteur de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge érige alors cette période en apogée de l’histoire italienne et il associe ce passé à de nouvelles normes culturelles : le modèle républicain et l’idée d’énergie, qui valorisent la turbulence des hommes contre le calme de l’Ancien Régime. Du XVIIIe au début du XIXe siècle, le Moyen Âge italien est inventé comme un temps singulier, une vision qui a permis à cette histoire d’être relativement appréciée par les penseurs des Lumières avant d’être encensée au début du XIXe siècle. Or, ces logiques historiographiques imprègnent les pratiques des voyageurs : les nouvelles perceptions de l’histoire médiévale italienne modifient leurs appréhensions spatiales de l’Italie, et l’idée d’un Moyen Âge italien original trouve son corollaire dans l’interprétation de l’altérité de la société et du territoire italien.

  • Titre traduit

    From Enlightenment to Sismondi : thinkers and travelers' visions of Italian Middle Ages


  • Résumé

    This thesis is about the perceptions of Italian Middle Ages from the 18th century to the early 19th century. The idea of a medieval Italy quite different from the others Europeans countries appears during this time. The historians see in its independent cities a source of the humanity progress after the end of the Antiquity and Italy appears as a land of freedom in the middle of medieval obscurantism. This image made by the historians is appropriated by the travelers who perceive in Italy the heritage of an unusual past.