Écriture, signes graphiques et paroles dans les peintures murales des lieux de culte du sud de l’arc alpin du XIVe au XVIe siècle (Provence orientale, Ligurie, Piémont)

par Océane Acquier

Projet de thèse en Histoire et archéologie des mondes anciens et médievaux

Sous la direction de Rosa Maria Dessì.

Thèses en préparation à l'Université Côte d'Azur , dans le cadre de École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....) , en partenariat avec Université de Nice (établissement de préparation) depuis le 18-09-2015 .


  • Résumé

    Ce projet de thèse s’inscrit dans le prolongement d’une étude menée, sous la direction de Rosa Maria Dessì, dans le cadre du Master Histoire, spécialité « Histoire et archéologie des mondes anciens et médiévaux » à l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Le sujet porte sur la corrélation entre images et inscriptions au sein de la riche production artistique que constituent les peintures murales réalisées entre le XIVe et le XVIe siècle dans les régions du sud de l’arc alpin, caractérisées par la présence massive de textes peints. Présentant une grande variété graphique, de couleurs, de formes des cadres dans lesquels elles sont insérées, mais aussi de langues et dialectes, ces écritures peintes ou parfois ces signes graphiques (qui imitent l’écriture) nouent une relation complexe, qu’il importera d’étudier, avec l’image à laquelle ils se réfèrent. Les images et les textes peints renvoient à une culture visuelle liée à l’acte verbal, aux paroles peintes (celles, par exemple, de dialogues entres les personnages, mis en scène dans les peintures) et aux paroles réellement prononcées, dans ces lieux peints, lors de prédications. L’objectif est de décrypter le langage, les codes et les fonctions de ces images particulières qui correspondaient au mode de communication d’une époque donnée. Les commanditaires, les concepteurs et les réalisateurs de ces œuvres, leurs spectateurs, lettrés ou illettrés, sont autant d’agents sociaux qu’il convient d’étudier pour comprendre la genèse, la diffusion et la réception de cette culture visuelle. Le corpus envisagé et l’angle d’approche adopté pour ce projet de thèse sont, en l’état actuel de la recherche, largement inédits et originaux. Le dernier travail d’une ampleur notable (et d’une certaine valeur scientifique) portant sur les peintures murales des régions au sud des Alpes à la fin du Moyen Âge est celui de Marguerite Roques, publié en 1961. Marguerite Roques avait perçu l’importance des inscriptions au sein des images et leur fonction de signes visuels signifiants [Roques 1961, p. 74-79]. La plupart des travaux postérieurs ont certes relevés, dans un certain nombre de cas, les inscriptions, proposant parfois une transcription, mais sans que le texte soit étudié dans son rapport avec l’image. Des travaux récents consacrés aux peintures murales romanes, comme ceux de Vincent Debiais [2010], ont en revanche renouvelé l’étude des rapports entre images et textes. C’est de ce type de démarche que je m’inspirerai, en m’efforçant en outre d’analyser avec précision la place des images et des inscriptions au sein des monuments, comme y invitent les travaux menés au CEPAM au sein de l’équipe MTI (« Monuments Textes Images dans les sociétés anciennes et médiévales »). Dans mon mémoire de Master 1, j’avais proposé une étude de cas : les peintures murales du sanctuaire Nostra Signora delle Grazie à Montegrazie (Imperia); en deuxième année, j’ai tenté un travail comparatif et transversal sur le thème de l’au-delà dans un plus vaste corpus de fresques. Ce projet de thèse comporte trois volets. Il s’agira dans un premier temps de réaliser un inventaire des peintures murales de la fin du Moyen Âge au sud de l’arc alpin. Cette banque de données prendra en compte la pratique artistique des textes peints. Dans le cadre de mon Master, j’ai proposé un premier inventaire des fresques des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, ainsi que de celles des provinces d’Imperia et de Savone en Ligurie et des provinces de Cuneo et de Turin en Piémont. Deux cent soixante peintures murales avec inscriptions ont ainsi été comptabilisées. Ce recensement nécessite des prospections pédestres (40 édifices ont été visités au cours du Master), des photographies et la numérisation du corpus sur Phraseanet, la médiathèque du laboratoire du CEPAM. Chacune des 1155 images déjà insérées dans Phraseanet est détaillée et commentée dans l’optique d’une analyse couplée inscriptions-images. Mais le travail rigoureux des transcriptions reste à faire. Dans un second temps, cette recherche s’orientera sur l’élaboration d’une modélisation spatio-temporelle d’une pratique artistique. Les données jusqu’à présent collectées ont servi à la réalisation de cartes « traditionnelles » et de schémas qui se sont avérés certes utiles, mais qui pourraient (et cela constitue le deuxième volet de ma thèse) être travaillés désormais à partir d’un S.I.G. (ArcGis). La modélisation spatio-temporelle de l’information nous permettrait d’étudier les interactions entre les agents sociaux itinérants ou non (prédicateurs, peintres, commanditaires, fidèles) et leur rôle dans les différents contextes politico-socio-religieux, grâce à des calques superposables au sein d’une même carte de base. Les cartes pourraient rendre visibles des données ponctuelles : la langue utilisée (ou les langues utilisées : latin et/ou vernaculaire) dans les inscriptions au coeur de la même œuvre ou dans la même aire géographique. En jouant des échelles, nous pourrions visualiser l’emplacement d’une forme donnée d’inscription dans un cycle peint, mais aussi l’emplacement de celui-ci dans l’édifice, le village, ou encore la vallée. Des collaborations avec des géomaticiens et des cartographes permettraient de modéliser les données du recensement. Pour finir, le troisième volet de cette thèse s’orientera sur la prédication et les sermons peints, notamment l’offensive pastorale et le thème de l’exclusion à la fin du Moyen Âge. Il s’agira de tirer profit des données recueillies dans l’inventaire qui résultent de la modélisation spatio-temporelle en les croisant avec les données historiques et textuelles dans une approche attentive aux liens entre images, textes peints et paroles effectives. En effet, cette culture visuelle est en rapport direct et étroit avec les thèmes de sermons prononcés par les prédicateurs à la fin du Moyen Âge. Il semble qu’un grand nombre d’images et de textes peints s’explique par la pratique de la prédication des ordres mendiants qui sillonnaient la Péninsule italienne et le Midi de la France. Le thème de l’exclusion pourrait faire l’objet d’une étude plus approfondie. Comment les prédicateurs ont-ils traité les thèmes de l’usure, des juifs, des sorcières, des guelfes et des gibelins ou du rôle des hommes de loi tout en collaborant à la mise en place d’un arsenal idéologique légitimant exclusions, pogroms et procès? Quel rapport peut-on établir entre la parole des prédicateurs (et des Inquisiteurs) et la culture visuelle qui véhiculait les mêmes thèmes au moyen du pinceau ? Ce projet a une ambition pluridisciplinaire, à la fois historique dans les liens entre les images et la prédication, géographique dans la modélisation des données, linguistique dans l’étude des inscriptions et en rapport avec l’histoire de l’art dans les analyses figuratives.

  • Titre traduit

    Writings, graphic signs and mural paintings in cult places in the south of the Alpine arc from the XIV century to the XVI century (Oriental Provence, Liguria, Italian Piedmont)


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