Effet protecteur des programmes d'activités physiques sur le burnout professionnel : rôle du style motivationnel de l'intervenant sur l'adhésion et l'efficacité des programmes.

par Clément Ginoux

Projet de thèse en MCA - Mouvement et Comportement pour la santé et l'Autonomie

Sous la direction de Philippe Sarrazin (edisce) et de Sandrine Isoard-gautheur.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Ingénierie pour la santé la Cognition et l'Environnement , en partenariat avec Sport et Environnement Social (laboratoire) et de MAP : Motivation pour les Activités Physiques et Sportives : un enjeu de santé publique (equipe de recherche) depuis le 02-10-2015 .


  • Résumé

    Contexte scientifique et sociétal Le burnout (selon Shirom et Melamed, 2006, le burnout au travail est un affect négatif, concomitant à un épuisement des ressources de l'individu sur le plan physique, émotionnel et cognitif) et plus généralement le bien-être et la santé mentale au travail constituent un enjeu scientifique et sociétal important. Selon une étude réalisée par l'institut Great Place to Work® en 2015, 17% des salariés rapportent être en burnout. Ce constat a suscité un débat à l'Assemblée nationale en mai dernier, sur la possibilité de faire reconnaître le burnout comme une maladie professionnelle, une reconnaissance que 75% des français juge favorablement (Sondage réalisé par Tilder-LCI-Opinionway, 2015). Compte tenu des coûts sociétaux liés au burnout professionnel – entre 2 et 3 milliards d'euros par an (Cabinet Technologia, 2015) – plusieurs études ont été réalisées ces dernières années visant à apporter des réponses aux questions comme : quelles sont les causes contextuelles et individuelles du burnout professionnel ? Comment prévenir son apparition ? Est-ce que l'activité physique (AP) constitue un facteur protecteur ? Les programmes promouvant l'AP dans l'entreprise sont-ils efficaces ? Quelles sont les barrières à l'engagement dans ce type de programmes ? Le burnout est un phénomène complexe dont les causes multiples sont à chercher dans les caractéristiques de l'individu (e.g., satisfaction de ses besoins psychologiques fondamentaux, buts poursuivis, motivation ; Naidoo, et al., 2012 ; Van den Broeck et al., 2013) et de son environnement (e.g., comportements de la hiérarchie, relations sociales ; Fernet et al., 2010). La théorie de l'autodétermination (TAD ; Deci & Ryan, 2002) et la théorie des buts d'accomplissement 2 × 2 (TBA ; Elliot & McGregor, 2001) sont des modèles théoriques de la motivation humaine particulièrement heuristiques pour comprendre le burnout. La TAD identifie les déterminants sociaux et les conséquences de différentes formes de motivation. Selon ce modèle, le bien-être et le fonctionnement optimal d'un individu dépendent étroitement de l'environnement social dans lequel il évolue, qui entrave ou satisfait ses besoins psychologiques fondamentaux. La TBA est, quant à elle, focalisée sur les causes et conséquences des buts que peut poursuivre un individu dans les situations où il est important de faire preuve de compétence (e.g., monde du travail). Ce modèle souligne également le rôle crucial du climat motivationnel qui règne dans l'environnement social dans lequel évolue l'individu, dont les conséquences peuvent être adaptatives ou débilitantes. Si l'identification des causes du burnout constitue un enjeu scientifique important, la prévention de ce dernier est devenue un enjeu sociétal majeur. Des études ont souligné l'intérêt des activités qui permettent de récupérer des évènements survenus au cours de la journée de travail, pour la prévention du burnout (Sonnentag, 2015). Parmi celles ci, l'AP occupe une place centrale car elle agirait sur le fonctionnement des systèmes (1) physiologique, en permettant la sécrétion d'hormones antidépressives, (2) social, en fournissant une distraction, et (3) psychologique, en renforçant l'estime de soi (Sonnentag, 2015). Dans l'ensemble, les études ont confirmé l'intérêt des programmes promouvant l'AP au travail pour le bien-être général (Malik et al., 2013), mais il n'existe que deux études qui ont testé spécifiquement l'impact de ces programmes sur la réduction du burnout professionnel (Dreyer et al., 2013 ; Gerber et al., 2013). Si l'efficacité des programmes d'AP proposés dans les entreprises a été confirmé, les études rapportent néanmoins un faible taux d'adhésion, de l'ordre de 30% (Robroek et al., 2009). Le manque de motivation (Jonsdottir et al., 2011,) ou de temps (McEachan et al., 2008) ont été identifiés comme des barrières à l'engagement. Plusieurs zones d'ombre et limites ressortent des travaux antérieurs : (1) seules deux études ont examiné l'influence de programmes d'AP sur la réduction du burnout professionnel ; les conditions d'adhésion à ces programmes et de leur efficacité doivent donc être examinées dans les études futures. (2) Les variables motivationnelles basées sur les deux théories présentées précédemment ont été peu étudiées ; il est important de tester le pouvoir prédictif de ces modèles et leur capacité à identifier les variables explicatives du burnout professionnel, tout comme les déterminants principaux de l'adhésion aux programmes d'AP dans les entreprises. (3) Que ce soit pour mesurer l'AP ou le burnout, la plupart des études se sont basées sur des mesures auto-rapportées ; compte tenu des biais de désirabilité sociale il semble important d'utiliser à la fois des indices objectifs d'AP (e.g., accéléromètres) et des marqueurs physiologiques du burnout (e.g., Teisala, et al., 2014). (4) Alors que des travaux ont souligné la fluctuation du burnout sur des périodes courtes, de l'ordre du jour ou de la semaine (e.g., Sonnentag, 2015), la totalité des études a évalué l'évolution de cette variable sur plusieurs mois ; il est donc nécessaire de conduire des études évaluant la dynamique du burnout, ses causes et conséquences. Objectifs de la thèse Au regard de ces limites, l'objectif principal de cette thèse est d'examiner les mécanismes permettant d'expliquer l'effet protecteur de l'AP dans la prévention du burnout professionnel. Les études programmées viseront à : (1) examiner l'effet de l'AP et des variables motivationnelles – contextuelles et individuelles – présumées par les théories, sur l'évolution du burnout à court (une semaine) et à long (plusieurs mois) terme ; (2) élaborer et tester l'efficacité d'un programme promouvant l'AP en entreprise sur l'évolution du burnout et du bien-être au travail ; et (3) identifier les facteurs responsables de l'adhésion aux programmes d'AP. Pour atteindre ces objectifs, trois études principales sont envisagées. Tout d'abord une étude prospective examinera l'impact (1) de l'AP (mesurée objectivement par accélérométrie), (2) de déterminants contextuels et individuels basés sur les théories motivationnelles, et (3) des interactions AP × déterminants motivationnels, sur l'évolution du burnout (mesuré à l'aide de marqueurs physiologiques et d'indicateurs auto-rapportés). A trois occasions sur une période de 6 mois, les participants compléteront des mesures quotidiennes pendant une semaine. Il s'agira de mesures auto-rapportées (e.g., climat motivationnel instauré par le superviseur et les collègues, satisfaction des besoins, motivation, buts d'accomplissement) et objectives (i.e., AP et marqueurs physiologiques du stress). Une étude expérimentale randomisée-contrôlée sera ensuite réalisée afin d'évaluer l'efficacité d'un programme d'AP sur la prévention du burnout. Les participants seront répartis aléatoirement dans un programme d'AP ou dans un groupe contrôle avec une intervention standard. Le programme d'AP sera mis en place pendant 16 semaines. Il sera dispensé par un intervenant formé à soutenir les besoins des participants (sur la base de la TAD et de la TBA). Une troisième étude cherchera à examiner les déterminants (style de l'intervenant, satisfaction des besoins, motivation, buts d'accomplissement, niveaux de burnout) de l'adhésion, du maintien et de l'abandon aux programmes d'AP. En termes de valorisation, cette thèse devrait permettre de fournir des outils de diagnostic et de prévention du burnout professionnel, ainsi que des informations sur les clés d'un programme d'AP efficace pour l'adhésion du plus grand nombre d'individus, et la prévention du burnout. Des revues scientifiques à fort impact comme Health Psychology, Journal of Organizational Behavior, et Journal of Applied Psychology, constitueront les supports de publication de ce travail.

  • Titre traduit

    Protective effect of physical activity programs on burnout: role of motivational style of the intructor on the compliance and the effectiveness of the program.


  • Résumé

    Burnout (according to Shirom and Melamed, 2006, burnout is a negative affect, concomitant with an exhaustion of the physical, cognitive and emotional resources of employees) and more generally well-being and health at work constitute an important scientific and societal issue. According to a study carried-out by the Great Place To Work® institute in 2015, 17% of employees consider themselves to be in burnout. This assessment recently set off a debate at the French National Parliament, about the possibility to recognize burnout like an occupational illness, 75% of French people judge favourably this acknowledgement (survey realized by Tilder-LCI-Opinionway, 2015). Considering societal costs associated to burnout - from 2 to 3 billion € by year (Technologia cabinet, 2015) – several studies have been realized this last year to bring answers to several questions: What are the individual and contextual causes of burnout? How to prevent its emergence? Does physical activity (PA) constitute a protective factor? Which is the efficiency of programs promoting PA in companies? What are the barriers of engagement in these programs? Burnout is a complex phenomenon whose multiple causes must be looking for in individual (e.g., need satisfaction, achievement goals, motivation) and environmental characteristics (e.g., social climate, social interactions). Self Determination Theory (SDT; Deci & Ryan, 2002) and 2x2 Achievement Goal Theory (AGT; Elliot & McGregor, 2001) are heuristics theoretical models of human motivation for understanding burnout. SDT identifies social determinants and consequences of different kind of motivation. According to this model, well-being and optimal functioning of an individual depend tightly of the social environment in which he develops, which hinders or supports his psychological needs. AGT is focalised on goal's causes and consequences that an individual can pursue in situations where it is important to be competent (e.g., workplace). This model underlines the determinant role of the motivational climate that overcome in the individual's social environment, whose consequences may be adaptive or debilitating. If the identification of causes of burnout constitute an important scientific issue, its prevention becomes a major societal issue. Studies underlined the utility of activities that allow recovering of daily events at work, in order to prevent burnout (Sonnentag, 2015). Among those, PA has a central place because it will have an effect on the functioning of (1) the physiological aspects, allowing anti-depressive hormone's secretion, (2) the social aspects, providing a distraction, (3) the psychological aspects, strengthening self-esteem (Sonnentag, 2015). Overall, studies confirmed the interest of programs promoting PA at work for general well-being (Malik et al., 2013), but there are only two studies which tested specifically the impact of these programs on burnout (Dreyer et al., 2013 ; Gerber et al.2013). If the effectiveness of PA programs proposed in companies has been confirmed, nevertheless studies report a low adherence rate, around 30% (Robroek et al., 2009). Lack of motivation (Jonsdottir et al., 2011) or time pressure (McEachan et al., 2008) have been identified as barriers to engagement. Several limits are brought out of previous studies : (1) only two studies have examined the influence of PA programs on the reduction of burnout; adherence conditions and effectiveness of these programs must be further examined in futures studies. (2) Motivational variables based on the two models presented previously have been fewly examined; it's important to test the predictive power of these models and their ability to identify explicative variables of burnout and main determinants of adherence to PA programs in companies. (3) In order to measure PA or burnout, most of studies used self-rated measures; considering that the social desirability may constitute a bias, it appears important to use objective indicators of PA (e.g., accelerometers) and burnout's physiological markers (e.g., Teisala et al., 2014). (4) While some studies underlined burnout's fluctuations on short period, around day or week (Sonnentag et al., 2015), most of the studies have estimated the evolution of this variable on several months; as a result it is necessary to conduct studies estimating the dynamic, causes and consequences of burnout. Thesis objectives In regard with these limits, the main objective of this thesis is to examine mechanisms allowing explaining the protective effect of PA in order to prevent burnout. Studies will aim to : (1) Explain expected effects of PA and motivational variables – contextual and individual -, on the short-term (one week) and long-term (several months) evolution of well-being ; (2) develop and test the effectiveness of a program promoting PA in company on the evolution of burnout and work well-being ; (3) and identify responsible factors of PA program's adherence. To achieve these objectives, three main studies will be carry out. First, a prospective study will examine the impact of (1) PA (measured by accelerometry), (2) individual and contextual determinant based on motivational theories, (3) and interactions PA x motivational determinant on the burnout evolution (measured with physiological markers and self-rated indicators). At three times on a six-month period, participants will complete daily measures for one week. The measure will comprise self-rated measures (e.g., motivational climate established by supervisors and colleagues, needs satisfaction, motivation, achievement goals) and objective measures (i.e., physical activity and physiological makers). In order to estimate the effectiveness of a PA program on the burnout prevention a randomized controlled trial will be realized. Participants will be randomly split in a PA program group or in a control group with a standard intervention. The PA program will take place during 16 weeks. An instructor trained to support the participant's needs (based on SDT and AGT) will dispense it. A third study will examine determinants (instructor's style, need's satisfaction, motivation, achievement goals, burnout level) of adherence, maintenance and withdrawal in PA programs. Finally, this thesis should allow providing diagnostic and prevention tools of burnout, thus more information about characteristics of an effective PA program maintained by the majority of employee in order to prevent burnout would be provided. Some high impact's scientific reviews like Health Psychology, Journal of Organizational Behavior, and Journal of Applied Psychology will constitute publishing format of this work.