The Making of a Postsocialist Fact : caritas and Mutual-Aid Games, Romania, 1991-1994

par Andrada-Mihaela Istrate

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Jean-Louis Fabiani et de Lazăr Vlasceanu.

Thèses en préparation à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Universitatea Bucuresti , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 11-02-2015 .

  • Titre traduit

    L'assemblage d'un fait post-socialiste : caritas et les jeux d'entreaide, Roumanie, 1991-1994


  • Résumé

    En mobilisant une variété d’inscriptions textuelles et graphiques (documents, articles de presse, publicités et petites annonces, transcriptions d'entretiens, travaux scientifiques et ouvrages de fiction), cette thèse se propose de reconstituer la dynamique des jeux d’entraide dans la Roumanie des années 1990. Les jeux d’entraide ont été associés avec les schémas pyramidaux Ponzi et fonctionnaient selon un principe pyramidal et de redistribution – le succès des inscrits dépendait largement de l’extension du réseau par l’intégration de nouveaux participants. Cette recherche est centrée sur la matérialité des jeux d’entraide, afin de montrer le travail des individus, des objets et des technologies pour leur fabriquer du sens. À cet effet, on a suivi deux axes d’argumentation convergents: premièrement, vu la marginalisation de l’étude des jeux d’entraide par l’histoire récente, la thèse gagne à être lue comme une histoire des jeux d’entraide, surtout de Caritas, dans la Roumanie des années 1991- 1995. Les événements sont repris par ordre chronologique, dans une tentative de faire parler autant les adeptes, que les opposants des jeux d’entraide. Toutes les analyses rétrospectives négligent la dimension temporelle de Caritas, ce qui introduit des biais importants dans l’étude de la séquentialité et des acteurs concernés. Secondement, en partant du grand nombre des participants, des montants mis en jeu et de l’exposition dans les médias, je me focalise sur les rapports de confiance et de pouvoir et sur leur fonctionnement à une grande échelle. Cette thèse met en cause l’une des explications courantes, selon laquelle le pouvoir politique et économique sont la matrice causale qui a souvent servi de grille de lecture pour les transformations de la société et de l’économie roumaines. Inspirée par la théorie de l’acteur-réseau, je propose une notion pragmatique du pouvoir, en le situant dans la manière où les inscriptions facilitent et organisent l’expérience du pouvoir. Le pouvoir se façonne en permanence entre les mains des acteurs qui le traduisent selon leurs objectifs. Ainsi, j’envisage Caritas comme un réseau hétérogène, constitué d’humains et de non-humains qui configurent les possibilités d’action. La confiance est établie à travers des tableaux, des listes des gagnants et de leur témoignages, des photographies, des détails comptables, des « immutable mobiles », tout comme des technologies de la confiance, sous la forme de l’expertise mathématique, de la suspension de l’anonymat, la gestion informatique de l’entreprise, les voix déléguées et les controverses concernant la nominalisation et la catégorisation. La perte de la confiance est un résultat des acteurs travaillant à faire passer pour accompli, un fait qui ne s’était pas encore produit (la faillite de Caritas). Ces procédures de facticité reposent sur l’association de l’ambiguïté avec l’illégalité, l’inflation de chiffres et de rhétorique quantitative, ainsi qu’avec la création d’une division entre les gagnants et les perdants des jeux d’entraide, qui finit par introduire de nouvelles catégories de « personne ».


  • Résumé

    Drawing on a wide array of textual and graphic inscriptions (documents, newspapers articles, advertisements and classified ads, interview transcripts, scientific and fictional accounts), this thesis reassembles the rise and fall of mutual-aid games in Romania during the first years of the 1990s. Mutual-aid games are money-multiplication initiatives assimilated to the category of Ponzi and pyramid schemes. I focus on their materiality in order to show the work done by people, objects, and technologies in order to achieve intelligibility. The thesis follows two convergent lines of argumentation. First of all, seeing that mutual-aid games have been dismissed from recent history, it can be read as a history of mutual-aid games in Romania, especially Caritas, 1991 through 1995. I recount chronologically the events of the time, trying to give voice to Caritas and other mutual-aid games supporters and opponents. In all retrospective accounts, the temporality of Caritas is overlooked, which leads to vagueness regarding both its sequentiality and the actors involved. Secondly, seeing the large number of participants, sums of money circulated and mass-media exposure, I place centerfold the notions of trust and power, showing how they are secured on a large scale. The thesis aims to address the explanation at hand that political and economic power are the causal matrix through which many of the transformations in Romanian society and economy have been understood. Inspired by actor-network theory, I propose a pragmatic notion of power, localizing it in the way inscriptions facilitate and organize the experience of trust. Power is an ongoing accomplishment in the hands of actors who translate it according to their projects. I construe Caritas as a heterogeneous network, made up of human and non-human participants who reconfigure the possibilities of action. Trust is established through tables, charts, lists of winners, testimonials, pictures, accounting details and immutable mobiles, as well as technologies of trust assembled as mathematical expertise, suspension of anonymity, computerized firm management, delegated voices and controversies related to naming. The losing of trust is a product of actants working towards construing something that had not yet happened (the collapse of Caritas) so as to make it appear as factual. These procedures of facticity include the equation of ambiguity with illegality, the inflation of numbers and quantification rhetoric, and the enacting of a division between the winners and losers of mutual-aid games, which ultimately produces new categories of person.