Le Mas de Voukoum ou la genèse d’un rite oublié. Un dispositif rituel de transformation des corps et des esprits au coeur du carnaval guadeloupéen

par Flore Pavy

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Philippe Descola et de Laurent Berger.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 06-11-2014 .


  • Résumé

    Le Mas de Voukoum est un ensemble de techniques de transformation des corps et de mise en mouvement des corps transformés qui se pratique depuis la fin des années 1980 au sein d’un groupe de quelques centaines de personnes au moment de la saison carnavalesque en Guadeloupe, de façon hebdomadaire pendant environ deux mois. Le rituel du Mas, que Voukoum pratique d’une façon plus codifiée que les autres groupes carnavalesques de la même catégorie -les gwoup-a-po- peut se définir comme la réitération rituelle d’un récit, celui des personnes réduites en esclavage pratiquant en secret des rites d’initiation africains à la faveur d’une agitation carnavalesque qui atténuait annuellement les rapports de domination propres au monde colonial. A travers un processus original de création, c’est d’abord la mise en scène de cette référence qui constitue la dimension politique de cette forme d’innovation rituelle en Guadeloupe. Mais la centralité référentielle africaine à l’œuvre dans certains discours dits « spirituels » des participants semble être moins le fait d’une hypothèse de continuité historique que celui d’un choix de positionnement politique : dans ce département français, le rituel du Mas comme réitération d’un rituel perdu est en effet présenté indissociablement comme une pratique sacrée et une pratique de lutte en opposition au carnaval festif des maîtres.

  • Titre traduit

    Voukoum’s Mas : the genesis of a forgotten rite. A ritual device of transformation of bodies and spirits in the heart of Guadeloupean carnival.


  • Résumé

    The carnival band Voukoum’s Mas is a set of techniques for transforming bodies and setting them in motion. It has been practiced since the end of the 1980s in Guadeloupe by a group of several hundred people during the carnival season, usually on a weekly basis for about two months. The Mas ritual, which Voukoum practices in a more codified way than other carnival groups of the same category -the gwoup-a-po- can be defined as the reiteration of a narrative about enslaved people secretly practicing African initiation rites as part of a carnival tradition that annually transformed the usual power relations of the colonial world. Through an original process of creation, it is first of all the staging of this narrative that constitutes the political dimension of this form of ritual innovation in Guadeloupe. But the African centrality in some of the so-called "spiritual" discourses of the participants appears to be less the result of a hypothesis of historical continuity, than a choice of political positioning: in this French overseas department, Mas as a reiteration of a lost ritual is indeed presented as an unequivocally sacred practice. It is a practice of struggle in opposition to the festive carnival of the ‘plantocracy.’