« Par amour des femmes » ? La pilule contraceptive en France, genèse d’une évidence sociale et médicale (1960-2000)

par Alexandra Roux

Projet de thèse en Santé, populations et politiques sociales

Sous la direction de Ilana Löwy.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 02-10-2014 .


  • Résumé

    La pilule contraceptive est aujourd'hui centrale dans les pratiques comme dans les représentations en France, au point que son recours élevé et que le moindre usage des autres méthodes fassent figure d'évidence. La thèse retrace la genèse de cette évidence, en montrant de quelle manière le recours à la pilule comme méthode principale de contraception est devenu, entre 1960 et 2000, une norme sociale et médicale. Elle s'appuie pour cela sur un large corpus d'archives, sur des entretiens avec des expert·e·s en contraception, et sur les données d'enquêtes nationales sur les pratiques contraceptives et prescriptives. Cette recherche montre que la norme contraceptive française -- faisant de la pilule la méthode principale d'espacement des naissances, et du dispositif intra-utérin la principale contraception d'arrêt, lorsque les femmes ne souhaitent plus avoir d'enfant -- se généralise au cours des années 1980. En parallèle de cette évolution dans les pratiques, la pilule devient centrale dans les représentations médicales et médiatiques à la fin des années 1960, jusqu'à se confondre avec la contraception dans son ensemble. Ce «pilulocentrisme» médical et médiatique s'accompagne de l'éviction des autres méthodes contraceptives. Ce travail de thèse a permis d'éclairer le rôle des expert·e·s en contraception dans la définition et la diffusion de cette norme. D'une vision de la contraception comme une panoplie de méthodes, ces expert·e·s évoluent progressivement vers l'idée que la pilule est la seule méthode efficace et sans risque, dans les limites de ses contre-indications. Les industries pharmaceutiques ont également un rôle déterminant dans la définition des catégories mobilisées par les expert·e·s, et dans la focalisation progressive de l'offre contraceptive sur les contraceptifs oraux. Si des tentatives de contestation de la norme contraceptive ont émergé, notamment dans le champ médical, à la fin des années 1960 et au début des années 1980, elles n'ont finalement eu que peu d'impact. Les militantes féministes des années 1970 se sont révélées être des alliées plutôt que des opposantes à cette norme, et ont érigé la pilule comme symbole des luttes pour les droits reproductifs.

  • Titre traduit

    «For the Love of Women» ? The Contraceptive Pill in France : Birth of a social and medical norm (1960-2000)


  • Résumé

    The pill, in France, is so central to current contraceptive practices and social representations that its vast prescription, and the minority use of other methods, goes almost without question. This PhD thesis studies the genesis of such widespread acceptance, by looking at how the use of the pill as main contraceptive became, between 1960 and 2000, a social and medical norm. My analysis relies on a considerable body of archives, on interviews with contraception experts, and on quantitative data about national contraceptive and prescriptive practices. This research shows that the norm in French contraceptive practice, which considers the pill as the go-to recourse to pace pregnancies, and intra-uterine devices as final contraception for women who no longer want children, was generalized in the 1980s. As practices converged towards that norm, the pill benefited from the central role it occupied in medical and media representations since the end of the 1960s, to the point of standing in for contraception as a whole. Such “pill-centrism” in the media and medical fields led to the occultation of other methods. This work sheds light on the role of contraception experts in defining and expanding the aforementioned norm. Theirs was a gradual shift from conceiving contraception as a plurality of methods, to considering the pill as the only efficient and risk-free way to prevent pregnancies – within the limits of adequate prescription. Furthermore, the involvement of pharmaceutical industries was paramount in shaping the experts' medical categories and in focalizing the market on oral contraceptives. Although the end of the 1960s and the beginning of the 1980s saw a number of attempts, most notably in the medical sector, to challenge the norm, those hardly impacted contraceptive practices and representations. French feminist activists in the 1970s rallied to the norm rather than challenge it, and made the pill a symbol of the battle for extended reproductive rights.