Pour une description sémantique des assemblées citoyennes politiques. Étude de Marinaleda, du NPA et de Nuit debout.

par Zoé Camus

Projet de thèse en Sciences du langage : linguistique


Sous la direction de Marion Carel.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 09-12-2014 .


  • Résumé

    L'objectif de cette thèse est de caractériser les aspects sémantiques d’assemblées du village andalous Marinaleda, du Nouveau parti anticapitaliste et de Nuit debout, en considérant que ces interactions appartiennent à un seul et même type, que nous appelons assemblée citoyenne politique. Notre approche, située dans le paradigme de la sémantique argumentative, reprend et prolonge la Théorie des Blocs Sémantiques (Carel, 2011), selon laquelle les entités sémantiques ne sont que des possibilités discursives, et la Sémantique des conflits sociaux (Lescano, 2017), qui postule que ces possibilités discursives existent dans des espaces sémantiques sur lesquels agissent des discours différents, convergents comme antagonistes, formant ainsi la structure sémantique des conflits. Nous ferons l'hypothèse que les énoncés surgissent dans les assemblées citoyennes politiques non pas avec l'objectif d'agir sur les convictions des individus mais qu'ils sont l'instrument d'une lutte pour la stabilisation de certains éléments et la déstabilisation d'autres éléments dans un espace sémantique. Dès lors, décrire les propriétés sémantiques de ce type d'interactions revient à étudier les actions que les énoncés peuvent effectuer sur l'espace sémantique d’une assemblée, les entités sémantiques qu'ils peuvent y installer et les relations qui se produisent entre ces entités. À partir de l’observation des différentes assemblées étudiées, nous montrons des phénomènes qui caractérisent leur fonctionnement sémantique : le vote apparaît non pas comme un mode d'arrêt de la décision, mais comme un dispositif de (dé)stabilisation des puissances de dire ; les interventions qui peuvent sembler plus centrales que d'autres sont le résultat de la construction de réseaux de relations sémantiques asymétriques ; les mécanismes de décrédibilisation de la parole adverse sont rendus possibles par des dépendances créées entre unités sémantiques antagoniques. Notre étude montre enfin que l'objectif de ce type d'assemblée n'est pas de persuader ni d'arriver à un consensus, non pas parce que ces objectifs seraient impossibles, mais parce que les discours qui participent de ces interactions sont structurellement orientés vers la (dé)stabilisation de puissances discursives contradictoires.


  • Résumé

    The aim of this dissertation is to characterize the semantic aspects of three assemblies, of an Andalusian village, Marinaleda, of the Nouveau parti anticapitaliste (New anticapitalist party) and, of Nuit debout, by considering the different interactions as the same type, a type that we name political civic assemblies. Any interaction taking place within this type of assembly constitutes a common work of preparation, behind the scenes, of what will be officially shown in the name of the collective, in the public discourse. The approach is situated within the paradigm of argumentative semantics. We adopt and extend the Semantic Block Theory (Carel, 2011) according to which semantic entities are discursive possibilities, as well as the Semantics of social conflicts (Lescano, 2017) which states that discursive possibilities exist in semantic spaces where different discourses - both convergent and antagonistic - act and thereby form the semantic structure of conflicts. The main hypothesis states that any utterance appearing in a political civic assembly is not an action on the convictions of individuals, but rather an instrument of a struggle for the stabilization of certain elements and the destabilization of others in a semantic space. According to this hypothesis, any description of semantic properties of this type of interaction amounts to the study of different actions that utterances perform on the semantic space of an assembly, that is, the installation of particular semantic entities and the production of relations between these entities. By analyze the three assemblies, we observe a series of characteristic phenomena for their semantic functioning: the act of voting which we consider not as a mode of obstructing the decision-making process, but as the means to (de)stabilize the power of speaking; interventions that might seem more central than others, which we consider as results of a construction of networks of asymmetrical semantic relations; mechanisms whereby opposing discourse is discredited, which we consider as a product of dependencies between antagonistic semantic units. Our study shows that the objective of this type of assembly is not to persuade nor to reach a consensus. This could have been a possible objective. Yet, this dissertation affirms that in this particular type of interaction, the participating discourses are structurally oriented towards the (de)stabilization of discursive forces.


  • Résumé

    Esta tesis trata de caracterizar los aspectos semánticos de asambleas de la aldea andaluza de Marinaleda, del partido político francés "Nouveau Parti Anticapitaliste" (NPA) y del movimiento social francés Nuit debout, postulando que las interacciones orales que tienen lugar en estas asambleas pertenecen a un tipo único que llamamos asambleas ciudadanas políticas. En estas asambleas se efectúa un trabajo de preparación previa de los discursos que serán desplegados oficialmente en nombre del colectivo. Nuestro acercamiento, situado en el paradigma de la semántica argumentativa, reafirma y prolonga los principios de la Teoría de los Bloques Semánticos (Carel, 2011) según los cuales las entidades semánticas son únicamente posibilidades discursivas, así como la semántica de los conflictos sociales (Lescano, 2017), que postula que estas posibilidades discursivas existen en espacios semánticos sobres los cuales actúan diferentes discursos, tanto convergentes como antagonistas. Haremos la hipótesis que los enunciados surgen en las asambleas ciudadanas políticas como herramientas de una lucha por la estabilización de algunos elementos y la desestabilización de otros en un espacio semántico - lo cual se opone a la idea que los discursos surgen para actuar sobre las convicciones de los individuos. Desde entonces, describir las propiedades semánticas de este tipo de interacciones es estudiar los tipos de acciones que los enunciados pueden efectuar sobre el espacio semántico de una asamblea, las entidades semánticas que los discursos pueden instalar y las relaciones que se producen entre estas entidades. A partir de la observación de diferentes asambleas, mostraremos fenómenos que caracterizan su funcionamiento semántico : el voto aparece como un dispositivo de (des)estabilización de potencias de habla, y no como un modo de cierre de la decisión; las intervenciones que pueden parecer más centrales que otras son el resultado de la construcción de redes de relaciones semánticas asimétricas; los mecanismos de descrédito del discurso ajeno son determinados por la creación de dependencias entre unidades semánticas antagónicas. Finalmente, nuestro estudio sugiere que el objetivo de este tipo de asambleas no es persuadir ni llegar a un consenso, no porque estos objetivos no sean alcanzables, sino porque los discursos que participan en estas interacciones están estructuralmente orientados hacia la (des)estabilización de potencias discursivas.