La vocalité dans la poésie française de la Renaissance (1470-1550)

par Irvin Raschel

Projet de thèse en Doctorat de Lettres Modernes

Sous la direction de Marie-Luce Demonet.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 30-09-2014 .


  • Résumé

    L’entrée dans une culture de l’écrit constitue l’une des évolutions majeures de l’âge moderne : les XVe et XVIe siècles inaugurent « l’ordre des livres » (R. Chartier). Révolution technique, révolution poétique ? La poésie du moyen-âge est une « poésie orale », chantée et jouée. La notion de vocalité fondait le rapport de l’écrivain à sa pratique, et de l’œuvre à sa réception : alors que la poésie se définissait elle-même essentiellement comme un chant, elle est progressivement pensée par l’écrit et pour l’écrit. La vocalité fait signe vers la voix, « sous laquelle tout le corps est présent » (Valéry). Elle n’est pas un médium neutre, mais d’abord une donnée sonore, produite par l’instrument vivant qu’est le corps : intonations, rythme, diction, prononciation. Comment faire entendre une voix et un corps à travers le papier ? C’est dans cette confrontation, cette tension entre une tradition et une pratiques orales, celles de la poésie, et une révolution technique, l’écrit imprimé, que se situe ce sujet de thèse : que devient la voix poétique au siècle de l’imprimé ? S’opposent le corps artificiel du livre et le corps naturel du poète, corps vivant, vibrant. De telles problématiques impliquent de travailler en premier lieu le phénomène central qu’est la voix et son érotisation dans la double direction de la lecture et de l'écriture. Ronsard s’adresse ainsi à son lecteur : « Je te supplierais seulement d’une chose, lecteur, de vouloir bien prononcer mes vers et accommoder ta voix à leur passion, et non comme quelques-uns les lises plutôt à la façon d’une missive ». Comment écrit-on, comment les poètes concoivent-ils leur composition, et leur réception ? Compose-t-on avec un luth, comme le disent certaines poètes ? Comment lit-on un poème, qui prête sa voix au texte - la lecture poétique constituant encore une pratique de sociabilité répandue? Ces interrogations rejoignent des questions très actuelles, et notamment les recherche de restitution de la diction dans les pièces poétiques et musicales de la Renaissance. Elles mènent alors à interroger le rapport de la poésie à la musique : certes des poèmes sont mis en musique, à l'image de ceux de Ronsard ou de Scève. Mais sous l’impulsion de la Pléiade les deux disciplines vont s’éloigner. La voix poétique a cessé d'être chantante pour être récitante, et la voix va progressivement devenir l’unique « instrument » en poésie. Les genres à l’origine musicaux de la chanson et du sonnet en sont de bons exemples : la chanson n'est rapidement plus considérée comme un genre littéraire car populaire, et le sonnet à l’origine chanté (sonnetto “petite chanson” deviendra le symbole même du texte rhétorique. Si les poètes font toujours référence à la musique, c’est de manière essentiellement métaphorique : dans quelle mesure chanson et poésie sont-elles amenées à se redéfinir mutuellement ? La poésie, au cours du siècle, va ainsi chercher à créer une musicalité du langage qui soit autonome. L’enjeu sera alors de la définir en montrant que cette musicalité de la voix poétique prend pour modèle l’écrit, alors que son modèle était oral au début du siècle. Si la vocalité perdure, elle est reconstruite, réinventée par le modèle de l’écrit. Il faudra donc se demander sous quelles formes et à quel rythme le renversement du modèle a lieu dans cette recherche au caractère fortement transdisciplinaire (littérature, histoire de la littérature, histoire culturelle, histoire de la musique).


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