La financiarisation de l’économie sud-coréenne depuis 1997 : analyse multi-niveaux du changement de régime d’accumulation

par Pauline De Banes Gardonne

Thèse de doctorat en Territoires, sociétés et développement

Sous la direction de Sébastien Lechevalier.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Paris, EHESS (établissement de préparation de la thèse) depuis le 13-10-2014 .


  • Résumé

    Cette thèse questionne la financiarisation du régime d’accumulation en Corée du sud après la crise asiatique de 1997 à partir de l’observation des changements macroéconomiques et institutionnels importants poussés par l’adoption de politiques néolibérales ; de l’insertion croissante des entreprises dans les marchés financiers et commerciaux internationaux ; de la refonte du rôle de l’État pour promouvoir les secteurs intensifs en technologie. Le cadre conceptuel et les outils analytiques de la théorie de la Régulation, combinés à ceux de l’économie post-keynésienne, sont mobilisés pour envisager ces transformations de manière systémique, à plusieurs niveaux et à plusieurs échelles. Le travail de thèse discute les moteurs et les vecteurs qui participent à la financiarisation de l’économie politique sud-coréenne et les caractéristiques locales de ce processus global, intrinsèquement inégal et hiérarchique. • Le chapitre 1 De l’industrialisation à la financiarisation pose les jalons de la thèse en étudiant la dynamique macroéconomique contemporaine à la lumière des transformations politiques et institutionnelles depuis l’industrialisation. A partir d’une estimation du régime de demande en vigueur de 1980 à 2015, il est montré que le régime d’accumulation dominé par la finance qui se met en place après 1997 est tiré par le profit et entraîné par la consommation. • Le chapitre 2 Financiarisation le long des chaînes de valeurs examine la chute structurelle de l’investissement des entreprises manufacturières sud-coréennes en considérant le rôle de trois canaux de la financiarisation (effet d’évincement et fardeau financier) auxquels est rajouté le canal de l’intégration internationale des firmes dans les chaînes globales de valeurs (CGV). Une fonction d’investissement incluant ces trois canaux est estimée économétriquement sur données de firmes (1990-2015). Les résultats indiquent que l’effet des canaux de la financiarisation dépendent des modalités d’insertion des firmes dans les CGV. • Le chapitre 3 La répercussion contrastée de la financiarisation sur les capacités de l’État se concentre sur les transformations institutionnelles et organisationnelles au sein de l’État liées à la financiarisation. A partir d’un travail de terrain sur les politiques de promotion des start-ups, un mécanisme de changement institutionnel au sein de la structure étatique est identifié, celui de sédimentation. En promouvant les start-ups via l’industrie du capital-risque, les agences d’État tendent à adopter les pratiques et représentations du secteur financier, ainsi qu’à donner plus de poids aux acteurs financiers privés, ce qui pèse sur ses capacités d’innovation.

  • Titre traduit

    The financialization of the South Korean political economy since 1997 : multi-level analysis of accumulation regime change


  • Résumé

    This thesis examines the financialization of the accumulation regime in South Korea since the 1997 Asian crisis based on three inter-related transformations: macroeconomic and institutional changes under the neoliberal restructuring; the growing integration of firms into financial and trade markets; the restructuring of the role of the state under the drive to promote technology-intensive sectors. Building upon regulation theory and post-Keynesian economics, the analysis considers several levels—macroeconomic, institutional and political, and different scales—local, national, transnational. The thesis discusses the determining drivers and the conduits of the financialization of the South Korean political economy and the local characteristics of this global process, conceptualized as intrinsically uneven and hierarchical • Chapter 1 From industrialization to financialization analyzes the joint transformation of the macroeconomic trend, institutional change, and political change since industrialization. Based on the estimation of the demand regime(s) from 1980 to 2015, it is highlighted that the finance-dominated accumulation regime that has emerged after the 1997 Asian crisis is consumption driven and profit led. • Chapter 2 Financialization along value chains investigates the slowdown of accumulation of South Korean manufacturing firms by assessing the impact of three channels, the crowding out of fixed investment by financial investment, the financial burden of increasing payments to financial markets, and the modes of insertion to global value chains (GVCs). A dynamic panel model of an investment function is estimated on firm-level data (1990–2015). The results show that the impact of financialization channels depends on the modalities of firms’ insertion into GVCs. • Chapter 3 The uneven impact of financialization on state capacities examines the institutional and organizational transformations of the state associated with the financialization process. Based on semi-structured interviews in the start-up ecosystem, the layering mechanism of gradual institutional change within the state innovation bureaucracy is identified. The results outline a complex picture of the financialization of the state with the combination of the uneven diffusion of financialized reasoning in the innovation bureaucracy via entrepreneurship policies and the localized power shift from bureaucrats to private financiers.