« la parole inspiree : fureur et enonciation poetique en angleterre et en france a la renaissance »

par Padraic Lamb

Projet de thèse en Doctorat Lettres et Arts

Sous la direction de Richard Hillman.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 09-10-2014 .


  • Résumé

    L’inspiration divine de la poésie est une doctrine qui fut à l’honneur pendant la Renaissance mais qui fit également l’objet de débats surtout au moment de la Réforme. À l’échelle européenne, certains courants poétiques revendiquent une inspiration orphique néoplatonicienne qui leur permettrait d’affirmer leur « fureur poétique », leur voix dotée de pouvoirs prophétiques, mystiques et divins. De façon plus controversée, notamment à travers les traductions des Psaumes, la Réforme a mis un nouvel accent sur la parole comme incarnation de la vérité divine. Dans le champ d’études ouvert par B. Lewalski dans son Protestant Poetics and the Seventeenth-Century Religious Lyric (1979), on se propose d’étudier le conflit des Muses païennes et chrétiennes, c’est-à-dire la tension inhérente à l’assimilation de cette doctrine de l’inspiration poétique néoplatonicienne et mythologisante au milieu anglais et réformé. Le désir de s’approprier la parole inspirée définit l’unité du corpus poétique et engendre une pratique de la traduction inspirée. On analysera la réception dynamique de la parole inspirée en Angleterre et une nouvelle poétique du moi inspiré qui en résulte à partir d’un corpus d’églogues (telles le Shepheardes Calendar (1579) de Spenser et Idea: The Shepheards Garland (1593) de Drayton), de recueils amoureux (tels la Delia (1592) de Daniel, l’Ideas Mirrour (1594) de Drayton et les Amoretti (1595) de Spenser), et d’épopées (la Faerie Queene (1590-6) de Spenser, les traductions homériques de Chapman (1598-1616), la traduction de Sylvester, Du Bartas his divine weekes and workes (1608) et le Paradise Lost (1667) de Milton), parmi d’autres. La mise en regard des corpus français et anglais se révélera particulièrement féconde. Si l’influence poétique dépasse le clivage confessionnel, elle en est tout de même profondément affectée. Une poétique de la parole inspirée émerge en France dès 1549, autour des catholiques Tyard, Ronsard et Du Bellay, qui fut d’une importance majeure pour les poètes anglais du corpus. Ces derniers sont familiers et même traducteurs des modèles poétiques français, qui sont aussi un vecteur de transmission du néoplatonisme, tout comme les écrits théoriques de Tyard. Adaptant des textes d’auteurs catholiques au milieu réformé, ils subissent aussi l’influence des protestants français, par exemple le recours exclusif à l’inspiration biblique et l’effacement du poète mis en avant par Marot et par l’épique biblique de Du Bartas, éléments clés dans la tentative de réconcilier subjectivité poétique et transcendance divine et dans l’élaboration d’une expression personnelle qui peut en même temps se représenter en porte-parole de la voix divine. La doctrine de l’inspiration poétique et le choix de genres qu’elle implique, semblent être adoptés en Angleterre dès la publication du Shepheardes Calendar pour justifier les nouvelles formes d’expression et de représentation du poète-vates, ou prophète. Cette doctrine permet une nouvelle focalisation sur la persona du poète, mais accompagne aussi un renouveau considérable des genres poétiques antiques, déclinés selon les différentes instances divines invoquées par la persona poétique. La réception des courants néoplatonicien et mythologisant en terre protestante semble donner lieu, comme dans The Defence of Poesie (1595) de Philip Sidney, à une poétique nationale, voire nationaliste, qui reconnaît la coprésence des inspirations néoplatonicienne, païenne et chrétienne, et à un projet poétique, qui, de Spenser à Milton, privilégie le vates-prophète, poète inspiré à la fois du moi et de la nation protestante. Il s’agit de dégager une poétique inspirée de l’énonciation subjective, qui met le pouvoir transcendant de la parole au service de l’expression du moi. On étudiera la tension entre l’effacement du poète réformé et l’élévation du poète visionnaire dans un corpus d’épopées et traductions d’épopées anglaises et françaises, genre par excellence de l’écriture de la nation et de la persona inspirée.


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