Le fantastique dans la littérature du XXe siècle: redéfinition d'un concept.

par Claudia Murru

Projet de thèse en Doctorat littératures comparées

Sous la direction de François Bouchard.

Thèses en préparation à Tours en cotutelle avec l'Université d'Udine (Italie) , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 21-11-2014 .


  • Résumé

    L’intérêt de la critique à l’endroit de la littérature fantastique s’est développé dans les années 70 dans le sillage de L’Introduction à la littérature fantastique de Tzvetan Todorov, lequel reprenait les études pionnières de Pierre-Georges Castex et Roger Caillois publiées dans les années 50. Depuis lors, la catégorie du fantastique n’a cessé de donner lieu à des révisions critiques qui ont abouti à deux tendances opposées. La première en nie la spécificité soit en élargissant le concept à l’ensemble du merveilleux en littérature (roman gothique, utopique, fantasy, féerique), soit en contestant la pertinence d’une telle catégorie par le biais de la proposition lapidaire de Jorge Luis Borges et Bioy Casares selon laquelle « toute littérature est fantastique ou aucune ne l’est » (Borges 1940). La seconde consent à parler de fantastique à condition de le circonscrire à une période historique donnée, le XIXe siècle ; préférant en l’occurrence parler de « littérature fantastique du romantisme européen » (Todorov 1970). Le critique argentin Jaime Alazraki a tracé les contours d’un fantastique allant au-delà du XIXe siècle. Il étaye son hypothèse théorique dans son essai En busca de l’unicornio en forgeant le concept de « neofantástico », par lequel il prétend réinsérer dans ce champ les grands exclus du système todorovien (Kafka, Borges, Cortázar). Ce travail a le mérite de montrer la filiation entre de tels auteurs et Hoffmann, Maupassant ou Poe ; de surcroît, il met en évidence l’écart entre fantastique et neofantástico (Première Guerre mondiale, psychanalyse, mouvements d’avant-garde). Tout en tenant compte de ces affinités et ces influences, il n’a pas été possible à ce jour de cerner les modalités par lesquelles une telle continuité se caractérise dans les textes. D’un côté, les difficultés pour arriver à une définition de ce qui est ponctuellement défini comme un genre, un mode ou un langage, contribuent à remettre en question la légitimité d’une telle catégorie et à rendre d’autant plus précaire toute réflexion visant à donner une base théorique à une intertextualité d’ensemble. De l’autre, les relations que les textes contemporains entretiennent avec une tradition issue du XIXe siècle sont telles que certains contes ne peuvent être pris en considération sans s’y référer. Aussi, malgré une certaine unanimité quant à la permanence de telles filiations, la réflexion théorique sur la continuité comme sur les traits novateurs qui caractériseraient les textes fantastiques contemporains demeure problématique ; et le doute perdure sur la pertinence de penser de telles œuvres comme les héritières d’une pratique narrative propre. Dans un tel contexte, le fantastique italien, notamment au XXe siècle, semble le lieu d’élection à partir duquel développer une nouvelle analyse. L’objectif de cette étude est de cerner le concept de fantastique en termes critiques à partir des auteurs qui l’ont illustré et développé en Italie au XXe siècle : Massimo Bontempelli et Giovanni Papini qui ont relancé un filon national dans les premières décennies du siècle ; Dino Buzzati, Tommaso Landolfi et Alberto Savinio, reconnus comme novateurs dans ce champ ; et Dino Terra et Paola Masino. Par son décalage à l’endroit des autres littératures européennes, et les spécificités du débat critique national nourri des apports de Contini, de Calvino et même de Borges, l’histoire du fantastique italien devra permettre de refonder la réflexion tant sur les poétiques spécifiques au fantastique contemporain que sur l’ensemble de la production littéraire italienne de la période. A ce titre, ce travail prendra également appui sur la réflexion théorique et les œuvres nées dans d’autres ensembles nationaux : le domaine hispano-américain, où surgit le débat sur le neofantástico, avec les textes fondamentaux de Borges et de Cortázar ; et la littérature francophone (notamment le cas particulier d’Aminadab de Blanchot).


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