Urbanisme et inégalités sociales à Fianarantosa. Contribution à l'étude de l'espace urbain à Madagascar

par Marie Vololona

Projet de thèse en Etudes africaines

Sous la direction de Narivelo Rajaonarimanana et de Henri Rasamoelina.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (établissement de préparation) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Fianarantsoa, une des grandes villes des hautes terres centrales sud de Madagascar, a été fondée en 1830, sous le règne de Ranavalona I (1828-1861) ; elle a été bâtie pour être une réplique d’Antananarivo, la capitale du royaume. Vers la fin du XIXe siècle, elle en devint ainsi la deuxième capitale. Actuellement, elle fait face à divers problèmes liés à l’urbanisation, somme toute, communs aux villes des pays du Sud. Les études sur Fianarantsoa sont relativement nombreuses ; différentes disciplines se sont intéressées à cette ville. Cependant, celles qui se sont penchées sur l’analyse de son paysage sont relativement rares. C’est alors que nous nous sommes posé la question suivante : à partir de l’analyse du paysage urbain actuel de Fianarantsoa, quelles sont les caractéristiques sociales ou autres les plus perceptibles de cette ville ? Après analyse, nous avons pu relever que, d’une part, l’espace urbain de Fianarantsoa est empreint de disparités, plus précisément, d’inégalités sociales ; d’autre part, le patrimoine immobilier lié au christianisme y est prédominant ; enfin, une partie des activités de la ville s’interpénètre avec la ruralité. Pour ce qui concerne l’approche, nous avons adopté la géographie culturelle, discipline selon laquelle tout paysage est culturalisé et socialisé, une « co-histoire des hommes et des milieux » selon Bonnemaison : il porte les empreintes de la société. Cette approche s’intéresse, entre autres, aux aspects matériels de la culture. Les lieux ne se caractérisent pas seulement par leurs aspects et leurs fonctions : ils sont aussi chargés, selon Claval, de sens. Bonnemaison utilise, lui, le terme géosymbole pour désigner les marqueurs spatiaux ayant une connotation culturelle. Pour être bref, le paysage urbain de Fianarantsoa est ainsi un point de rencontre entre l’histoire de son milieu physique (relief, sols, climat, hydrographie) et celle de la société qui l’a façonnée selon ses techniques, sa culture, ses valeurs, ses besoins. La thèse comprend trois parties. La première est consacrée à l’évolution de la ville depuis sa fondation à son état actuel. Celle-ci a été modelée dans un milieu physique contrasté, caractérisé par un relief accidenté, un climat tropical d’altitude, une hydrographie relativement abondante. Les marqueurs spatiaux changent suivant la période, mais ceux ayant une connotation de disparités sociales sont omniprésents. A l’époque royale, ils se manifestent par « une stratification altitudinale » de l’espace, suivant la hiérarchie du groupe statutaire ou la fonction. La période coloniale (1896-1960) a également été marquée par ces disparités sociales, lisibles dans le paysage. L’organisation spatiale de la ville européenne se distingue fort bien de celle des indigènes, par le plan géométrique, l’espace aéré. Trois ans après le retour de l’indépendance nationale, en 1963, le nouvel Etat malgache a promulgué un code de l’urbanisme et de l’habitat, comprenant des articles sur les plans d’urbanisme (plan d’urbanisme directeur, plan d’urbanisme de détail) qui vont façonner le paysage urbain. Bien évidemment, les habitants sont également l’auteur de ce paysage, en respectant ou non ces plans. L’occupation actuelle du sol est essentiellement marquée par la prédominance d’une zone d’habitat à forte et moyenne densité de population, d’une zone agricole et, enfin, d’une zone d’équipements socio-culturels. L’étude de la population de Fianarantsoa termine la première partie de cette thèse. Une constatation générale : la population est jeune, mobile et « multiethnique », situation adéquate pour promouvoir un développement économique et social. Les disparités sociales actuelles constituent l’objet d’étude de la deuxième partie. L’analyse paysagère nous a permis de confirmer la prédominance du christianisme dans cette ville, à deux échelles : au niveau des quartiers et à celui des ménages. Les géosymboles, tels que les édifices religieux, leurs dépendances et les bâtiments abritant les activités, nous relatent la prépondérance des églises catholiques, celles des protestants de la branche Eglise de Jésus Christ à Madagascar, puis des luthériens. Il faudrait signaler l’importance en nombre des églises néo-chrétiennes (« sectes ») par rapport aux églises-mères, surtout dans les quartiers populeux. Leur montée s’explique par le fait que les couches sociales modestes, qui constituent la grande majorité de leurs fidèles, pensent y retrouver des solutions à leurs problèmes quotidiens, des solutions qui, selon leur conviction, leur assurent une certaine sécurité psychologique mais aussi leur permettent de tisser de nouveaux réseaux sociaux puis de raffermir la cohésion au sein de leur communauté. Mais il faut reconnaître aussi que les fidèles de ces « sectes » ressentent une difficulté d’intégration dans les églises-mères : ils pensent qu’elles ne satisfont plus leurs besoins… pour ne pas dire qu’en réalité, ce sont les classes plus ou moins aisées qui s’y sentent à l’aise. La prédominance des rizières et des cultures sur tanety (cultures pluviales sur les terres élevées comme les collines) dans ce paysage urbain constitue des géosymboles montrant l’importance des activités, du mode de vie rural. Il s’agit essentiellement d’héritage. Ici, les terres font partie du tanindrazana, « terres-des-ancêtres », du patrimoine ancestral qui ne peut être, en aucun cas, vendu à des étrangers. Cependant, certains agriculteurs proviennent d’autres régions de Madagascar et ont acheté des terres à Fianarantsoa, pensant qu’il est relativement plus facile d’y gagner leur vie. Ainsi, les rizières et les cultures pluviales sont omniprésentes dans ce paysage car elles produisent les alimentations de base. Il faut reconnaître que les traditions des « autochtones », les Betsileo, encore prédominantes dans la ville, entretiennent également ce paysage agricole : le riz et le zébu y sont des éléments prédominants de l’espace socio-culturel, nécessaires aux besoins quotidiens mais aussi rituels. Dans tous les cas, les inégalités sociales se lisent sur le paysage : les quartiers à plan généralement géométrique ou en damier sont, en général, ceux des classes moyenne ou aisée, les quartiers désordonnés ceux des gens de conditions modestes ; des bidonvilles se trouvent également au second plan des villes-rues. Les gens habitant ces quartiers proviennent souvent de l’exode rural. Dans la troisième partie, la question que nous nous posons est la suivante : Fianarantsoa s’achemine-t-elle vers une mutation spatiale ? Effectivement, de nouveaux marqueurs spatiaux pouvant transformer la physionomie de la ville, tels que les constructions en hauteur, le début des remblaiements des rizières, les panneaux publicitaires, la nouvelle apparence des stations d’essence, etc., apparaissent. Cependant, la multiplication de petits pavillons, l’extension illicite enlaidissent l’aspect de la ville et compliquent la gestion urbaine. A part ces problèmes, d’autres méritent d’être analysés, pour que l’on puisse suggérer des solutions : le manque de techniciens urbanistes compétents dans la Commune urbaine, pouvant appliquer les plans d’urbanisme directeurs (ceux-ci sont souvent choisis en fonction de leur appartenance politique), l’insuffisance des moyens financiers pour l’application de ces plans, le manque de coordination des activités des entités concernées par la gestion urbaine (la Commune urbaine, le service régional de l’aménagement du territoire)… La réussite de la gestion urbaine dépend ici de plusieurs facteurs : de la compétence du maire et de ses techniciens, des moyens financiers pour réaliser les plans d’urbanisme, donc de la nécessité d’avoir un maire « débrouillard », dynamique, strict dans l’application des plans, qui n’attend pas toujours le financement de la part de l’Etat, et qui sait sensibiliser la population pour la promotion de la ville, et la synergie des activités des entités concernées… Toujours est-il que l’une des spécificités de la ville de Fianarantsoa est d’avoir su sauvegarder, tant bien que mal, l’architecture traditionnelle de la vieille ville. Pérenniser cette action est une nécessité, afin d’attirer davantage de touristes.


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