Vers une accommodation phonologique de l'anglais au collège en contexte multilingue : une gageure didactique ?

par Aurore Hoarau

Projet de thèse en Anglais

Sous la direction de Yvon Rolland.


  • Résumé

    La didactique est essentielle à la progression des apprenants, il faut savoir les motiver et pour se faire il est nécessaire de prendre en compte le contexte socioculturel et linguistique de l’apprenant. Lors de l’apprentissage d’une langue étrangère, il est primordial de prendre en considération le contexte dans lequel l’apprenant vit. Selon Marie-Françoise Narcy-Combes, (Précis de didactique, 2005) l’utilisation des nouvelles technologies au service de l’interaction en classe est un outil essentiel en cours de langue mais elle est loin d’être suffisante pour faire progresser les apprenants et les remotiver en contexte plurilingue. Ne sommes-nous pas face à des apprenants dotés d’un vécu linguistique spécifique et ayant une identité qui les poussent à percevoir les langues différemment ? La langue maternelle n’influe-t-elle pas sur la langue officielle et les langues étrangères ? Est-ce judicieux en cours de langue de ne parler que la langue cible ou de faire des liens entre la langue cible et la langue officielle afin d’accéder à la compréhension phonologique? Il convient de se demander comment faire progresser les apprenants en anglais et les (re)motiver avec une prise en compte mesurée de la langue maternelle et des comparaisons phonologiques ponctuelles entre la langue maternelle et la langue cible. Prendre en compte le milieu sociolinguistique de l’apprenant touche son affect et pousse ce dernier à s’ouvrir sur la langue qu’on lui enseigne, puisque l’enseignant ne rejette pas ce qu’est l’apprenant : un être plurilingue. De plus, la prise en compte de l’identité de l’apprenant facilite son apprentissage. L’apprenant atteindra l’accommodation phonologique de la langue cible plus facilement si la segmentation phonologique de la L1 est bien maitrisée (Gaonac’h, 2006). Ainsi, l’alternance codique ou le passage par la langue maternelle permet à l’apprenant de mieux comprendre les différents éléments linguistiques des langues qu’il côtoie : sa langue maternelle, la langue officielle et la langue étrangère. Comment allons-nous procéder ? Il convient d’expérimenter cette théorie en contexte plurilingue et de démontrer que des comparaisons ponctuelles entre la langue cible, ici l’anglais et la langue maternelle, le créole réunionnais, permettraient aux apprenants réunionnais construire une compétence plurilingue facilitatrice pour la langue cible (l’anglais). Kramsch démontre comment le sujet multilingue déploie des formes symboliques pour se construire et construire des réalités symboliques (Kramsh, The Multilingual Subject, 2009). Aux travers de nombreuses activités phonologiques permettant des comparaisons entre la langue maternelle des apprenants réunionnais et la langue cible (l’anglais) et grâce à des supports authentiques, tels que des tongue-twisters ou des chants, nous tâcherons de montrer que la prise en compte de l’identité réunionnaise et le passage ponctuel par la langue maternelle permettent à l’apprenant d’améliorer la phonologie de l’anglais. Les diverses activités phonologiques seront basées sur des comparaisons entre la prononciation, le rythme et l’intonation en anglais et en créole. On ne montrera pas seulement les similitudes entre la phonologie anglaise et celle du créole réunionnais, mais on mettra également en avant les différences. Ainsi, l’apprenant prendra appui sur ce qu’il connait, le système phonologique de sa langue maternelle qu’on mettra en lien avec la langue cible. Ceci lui permettra de mieux comprendre le rythme et l’intonation en anglais ainsi que de mieux « entendre les sons » de cette autre langue et par conséquent le faire progresser en anglais. Mieux comprendre est important pour progresser mais comment le faire mémoriser ces éléments phonologiques ? En ce qui concerne la prononciation, on utilisera principalement la gestuelle mais également le visuel. En effet, l’apprenant imitera la manière dont le professeur prononce et les mouvements de sa mâchoire, de sa langue et de ses lèvres. L’ouïe est un facteur clé puisque nous sommes peu réceptifs aux sons étrangers (Troubetskoy, Principes de phonologie, 1986). Ce sens sera également un sens primordial, par exemple l’enseignant et les apprenants claqueront des doigts lorsqu’ils entendront une syllabe accentuée. Le visuel, l’ouïe et la gestuelle seront également nécessaires lors des comparaisons mettant en avant l’intonation en anglais et en créole. Ce procédé qui est aussi connu sous le nom de kinesthésie ou utilisation du multisensoriel sera un excellent outil pour la mémorisation des éléments phonologiques. Selon les théories du neurosconstructivisme et du connectionnisme, la multisensorialité est l’aboutissement en classe de paradigmes. Les apprenants travailleront sur les différents paradigmes, en d’autres termes, chaque son anglais sera mis en rapport avec un son similaire du créole réunionnais. La prise en compte de la langue maternelle par des comparaisons ponctuelles entre celle-ci et la langue cible ainsi que l’utilisation du multisensoriel amèneront les apprenant à construire progressivement des structures internes qui lui permettront de mieux réussir en langues, comme le montre les théories socioconstructivistes. Randall, pour sa part, explique que la psychologie et la linguistique contribue à l’apprentissage d’une seconde langue et que la mémoire y joue un rôle important (Memory, Psychology and Second Language Acquisition, 2007). Jessner et Herdina, quant à eux, présentent une liste d’avantages du multilinguisme (A Dynamic Model of Multilingualism, 2006). En effet, selon eux, les apprenants plurilingues développent des stratégies métacognitives améliorées et un niveau élevé de conscience métalinguistique. Ces derniers établissent des relations inter linguistiques positives afin de développer des capacités langagières pragmatiques ou conversationnelles. Ils sont également dotés de capacités élevées en ce qui concerne l’alphabétisation, de flexibilité cognitive, de créativité, d’originalité. Afin d’approcher voire d’atteindre ce résultat avec les apprenants réunionnais, un certain nombre d’expériences et de sondages doivent être menés au cours desquels il sera important de prendre en compte le contexte de l’apprentissage, le profil linguistique des apprenants et le statut des langues apprises afin d’établir l’identité linguistique de l’apprenant. De plus, un test diagnostique de départ sera mis en place pour prendre connaissance des acquis des apprenants et repérer les difficultés qu’ils rencontrent à l’oral, il leur sera demandé de faire un dialogue. Une séquence expérimentale prenant en considération les difficultés des apprenants sur le point phonologique sera élaborée et la démarche didactique vu précédemment sera mis en place en classe. Enfin, le même type de test diagnostique aura lieu en fin de séquence afin de dresser le bilan de cette démarche expérimentale qui a pour but de montrer qu’une prise en compte de l’identité culturelle de l’apprenant par des comparaisons ponctuelles entre la langue maternelle de ce dernier et la langue cible permet de faire progresser les apprenants en langue. Ce type d’expérience ayant été réalisée avec succès à l’étranger, il me semble donc intéressant d’en savoir davantage sur le sujet.


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