Sexualité et littératures subsahariennes. De la poétique de la pudeur à l’esthétique du sexe

par Innocent BEKALE NGUEMA

Thèse de doctorat en Discipline : Langue et littérature françaises

Sous la direction de Jean-Christophe Delmeule.

Thèses en préparation à Lille 3 , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 01-12-2014 .


  • Résumé

    Le roman colonial a longtemps été la « seule approche » permettant d’appréhender les colonies. Il a malheureusement produit un imaginaire sexuel sur l’Afrique, excluant le discours du colonisé lui-même. L’Afrique y est un lieu de plaisir, un « Éden sexuel », et les indigènes ont « tous la luxure chevillée au corps ». Curieusement, cette imagologie n’influence pas les œuvres littéraires africaines. Au contraire, l’Afrique et ses littératures ont été considérées comme des espaces très pudiques. L’auteur africain, pour des raisons multiples, opte pour des stratégies d’évitement. Il utilise un ensemble de procédés stylistiques pour le voiler, le donner à voir dans l’absence ou les silences. Cette réserve scripturaire domine la production francophone d’Afrique subsaharienne jusqu’aux années 1960. Décennie durant laquelle naît une génération iconoclaste qui rompt avec cette forme de représentation. Apparaît une écriture plus transgressive. Désormais les auteur(e)s refusent l’« indirection », le détour, l’ellipse narrative. Ils s’inscrivent plutôt dans ce que Michel Foucault nomme parrhêsia, un discours de vérité. Cette démarche recouvre donc une volonté d'énoncer clairement les choses. Émerge alors ce que nous nommons la sexualiture, à savoir une littérature accordant au sexe une place significative. La présente étude examine, d'une part les modalités de fonctionnement de cette graphie émancipatrice qui s’inscrit dans une démarche féministe ; d'autre part, elle analyse les liens qui se tissent entre une poétique de la pudeur – garante d’une formulation mesurée de la sexualité –, et l’insolence d’un dire-vrai, comme expression d’un besoin légitime de liberté.

  • Titre traduit

    Sexuality and sub-Saharan literatures. From the poetic of bashfulness to the aesthetic of sex


  • Résumé

    The colonial novel has long been the "only approach" apprehending the settlement. Unfortunately, it produced a sexual imaginary about Africa excluding the speech of the colonized. Africa is a place of pleasure, a "sexual Eden", and all the natives have "lust stuck into the body". Curiously, this imagology does not influence African literary works. Rather, Africa and its literatures have been considered as real bashful spaces. For many reasons the African author chooses avoidance strategies. He uses a series of stylistic processes to veil it, to make it seen in the absence or silences. This scriptural reserve dominates francophone literary production in sub-Saharan Africa until the 1960s. During this decade, an iconoclastic generation arises, and breaks with this representation. A more transgressive type of writing appears. Henceforth, the African authors seem to refuse the “indirection”, the roundabouts, and the narrative ellipsis. They are part of what Michel Foucault calls parrhêsia, a speech of truth. Thus, this perspective focuses on the need to say things as they are. This allows the emergence of what we call the sexualiture, which means literature giving the sex an important place. The present study examines, on the one hand, the process of this emancipating written form, linked to feminism; it analyses, on the other hand, the links between a poetic modesty as guarantor of a restrained discourse about sex, and the insolence of an authentic line expressing a legitimate pursuit of freedom.