Variations poétiques autour du désespoir amoureux : de l'Antiquité latine à la desperade française (1570-1590)

par Mathilde Perez

Projet de thèse en Histoire, langue et littérature anciennes

Sous la direction de Géraldine Puccini-Delbey et de Véronique Ferrer.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec cultures, Littératures, Arts, Représentations, Esthétiques (equipe de recherche) depuis le 17-11-2014 .


  • Résumé

    La fin du XVIème siècle connaît un renouvellement de l’inspiration et de la création poétiques. Si le mal d’amour constitue un thème séculaire de la poésie, il prend désormais une tonalité et des accents plus noirs et plus intenses que jamais. Cette obsession de l’expression et de la mise en scène du désespoir amoureux s’épanouit en France entre les années 1570 et 1590, réunissant des auteurs aussi divers que Philippe Desportes, Jacques de Constans, Hesteau de Nuysement, Isaac Habert ou Agrippa d’Aubigné. La critique moderne a qualifié de « desperade française » ce mouvement poétique inspiré de la disperata italienne et de la conjugaison de toutes les œuvres antiques mettant en scène la souffrance amoureuse : les bucoliques grecs (Théocrite, Pseudo-Théocrite) et latins (Virgile), les érotiques latins (Catulle, Tibulle, Properce, Ovide), les Héroïdes d’Ovide et la tragédie sénéquienne. Les poètes de la desperade créent un imaginaire doloriste, presque névrotique qui transforme le thème antique de la souffrance amoureuse en paradigme de la rage amoureuse. La mélancolie amoureuse de la fin du XVIème siècle trouve ainsi son inspiration dans le lyrisme antique dont elle propose des variations dynamiques et originales : réécritures de pièces antiques, topoï et mythes retravaillés à l’aune du désespoir amoureux, une stylisation et une poétisation extrêmes de la souffrance… De manière générale, on trouve chez les poètes de la desperade un goût prononcé pour la surenchère qui contribue à créer un univers tragique et mortifère bien plus sombre que celui des auteurs antiques.

  • Titre traduit

    Poetic variations around romantic despair : from latin antiquity to the French desperade (1570-1590)


  • Résumé

    The end of the XVIth century is the setting for the rebirth of inspiration and poetic creativity. With heartache at the forefront of every century’s poetry, it now takes a darker and more intense turn than ever. This obsession to express and depict emotional despair blossoms in France between the 1570s and the 1590s and leads the way for a variety of authors such as Philippe Desportes, Jacques de Constans, Hesteau de Nuysement, Isaac Habert or Agrippa d’Aubigné. Modern critics gave a name to this poetic movement inspired from the Italian Disperata and the mix of all the ancient works that described emotional suffering such as the Greek and Latin Bucolics (Theocritus, Pseudo-Theocritus, Virgil), the Latin Erotica (Catullus, Tibullus, Propertius, Ovid), Ovid’s Herodias and Seneca’s tragedy: The “French Desparade”. The Desperade’s poets create a painful fiction that is almost neurotic and that transforms the ancient notion of emotional suffering into the paradigm of amourous rage. The melancholy of endearment from the end of the XVIth century thus finds its inspiration in ancient lyricism, from which it gets its dynamic and authentic variations: adaptations of ancient plays, topoi and revisited myths birthed from emotional despair, extreme dramatisation and the embellishment of suffering…Generally speaking, poets of the Desperade display a strong preference for a form of overkill, which plays a part in creating a tragic and deadly environment, much darker than what the ancient authors had accustomed us to.