Espace(s) public(s) des débats télévisés au Cameroun : constitution, acteurs et économie(s) de production

par Simon Ngono

Projet de thèse en Sciences de l'Information et de la Communication

Sous la direction de Bertrand Cabedoche.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Langues, Littératures et Sciences Humaines , en partenariat avec Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (Grenoble) (laboratoire) depuis le 01-09-2014 .


  • Résumé

    Cette thèse est une grande première dans le champ des études en sciences sociales en Afrique en général et au Cameroun, en particulier. Elle porte sur l'hypothèse de la constitution d'un espace public avec le développement des débats télévisés dans le contexte « postautoritaires ». Nous sommes parti du constat selon lequel la « libéralisation » du secteur médiatique Camerounais reste de l'ordre du déclaratif institutionnel et que celle-ci, consacrée par une ouverture modérée du secteur privé, est, parallèlement, marquée par la persistance des pratiques politiques de type autoritaire et le contrôle étatique sur les médias. C'est se fondant sur un tel environnement que nous avons voulu étudier et analyser comment se constitue l'espace public autour des débats télévisés, l'économie de sa production, les logiques à l'œuvre, les enjeux qui le sous-tend et ainsi que le positionnement des acteurs qui y opèrent. L'espace public est envisagé ici comme lieu symbolique où s'institue la délibération publique par le biais des dispositifs de débats télévisés portant sur l'actualité nationale et parfois internationale, comme espace d'enjeux multiformes et de rapports de force complexes. La thèse démontre que la constitution de cet espace public est autant déterminé par des rapports de collusion que par des logiques et pratiques d'interdépendance entre les différents acteurs sociaux camerounais. Nos résultats révèlent également que l'organisation des débats télévisés camerounais est davantage déterminée par le politique qui interfère dans la ligne éditoriale des médias, le pouvoir de l'argent dans un univers marqué par la précarité, le principe du copinage que par la déontologie, souvent peu contraignante. Cela a pour conséquence la mise à l'épreuve, voire la dilution absolue des principes de neutralité et d'objectivité. Par ailleurs, ce travail rend compte des dynamiques d'occupation de cette forme d'espace public ; dynamiques qui, en s'appuyant sur le choix des acteurs, leurs statuts et capitaux spécifiques (à l'instar du capital parole), reflètent non pas une volonté réelle de participation au jeu démocratique, mais celle d'un déploiement oligarchique des pouvoirs dominants (ou des acteurs politiquement dominants), qui se servent de cet espace comme un instrument de dominance sociale. Nos résultats indiquent que l'instance télévisuelle reproduirait en son sein les formes de domination en vigueur au niveau de l'espace social et que l'accès à cette instance serait corrélé à la position dominante sexiste ancrée dans la société camerounaise. Au-delà de la persistance de cet espace public médiatique oligarchique, notre travail met aussi en évidence la mise en spectacle télévisuel qui constitue un trait caractéristique du fonctionnement de cette forme d'espace public. Nous démontrons que les débats télévisés camerounais participent du spectacle télévisuel ; et que le pouvoir se sert de l'existence de ces débats télévisés pour arguer de la liberté d'expression et de la démocratie avancée. Alors qu'il semble établi que la société camerounaise reste une société autoritaire, de par la structure du pouvoir, sa gestion, etc. Enfin, la thèse propose une analyse du positionnement des acteurs, qui opèrent dans cet espace. Il en ressort que ceux-ci saisissent l'opportunité de ces espaces pour des intérêts et enjeux personnels, voire collectifs, selon qu'ils se présentent en faveur du pouvoir ou dans l'opposition et ce, en fonction des questions d'intérêt commun mis en débat par les instances médiatiques. L'analyse proposée révèle que les débats télévisés s'apparentent à des espaces de production de soi et de recherche permanente de la polémique même quand ce ne sont pas des sujets qui s'y prêtent. L'originalité de ce travail réside dans le dépassement de la thèse habermassienne sur l'espace public. Ceci dans la mesure où l'espace public camerounais apparaît comme un enjeu pour la communication de l'État qui s'en sert pour y diffuser des informations gouvernementales, pour y dépêcher les médiateurs, pour normaliser les échanges dans une perspective de démocratisation et d'échange populaire. Le travail s'est appuyé sur une démarche d'analyse de contenu, celle socio-discursive des corpus d'émissions de débats télévisés camerounais, à l'instar de Canal presse et Droit réponse de 2012 à 2017 et sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès des acteurs, qui organisent ces dispositifs de délibération médiatiques et ceux qui y prennent part.

  • Titre traduit

    Public sphere(s) of televised debates in Cameroon : constitution, actors and economy(s) of production


  • Résumé

    This thesis is a first in the field of social studies in Africa in general and in Cameroon in particular. It deals with the hypothesis of the constitution of a public space with the development of televised debates in the "post-authoritarian" context. We have started from the observation that the "liberalization" of the Cameroonian media sector remains of the order of the institutional declarative and that this, which is sanctioned by a moderate openness of the private sector, is, at the same time, marked by the persistence of the political practices of authoritarian type and state control over the media. It is based on such an environment that we wanted to study and analyze how public space is constituted around televised debates, the economy of its production, the logic at work, the issues that underlie it and as well as the positioning of the actors who operate there. Public sphere is envisaged here as a symbolic place where public deliberation is established through television debates on national and sometimes international news, as a space of multifaceted issues and complex power relations. The thesis demonstrates that the constitution of this public sphere is as much determined by collusion relations as by logics and practices of interdependence between the various Cameroonian social actors. Our results also reveal that the organization of Cameroonian televised debates is more determined by politics that interferes with the editorial line of the media, the power of money in a world marked by precariousness, the principle of cronyism, and by ethics, often not very constraining. This results in the testing or even the absolute dilution of the principles of neutrality and objectivity. In addition, this work reports on the dynamics of occupation of this form of public sphere ; dynamics that, based on the choice of actors, their specific status and capital (like the word capital), reflect not a real desire to participate in the democratic game, but that of an oligarchic deployment of dominant powers (or politically dominant actors), who use this space as an instrument of social dominance. Our results indicate that the television instance would reproduce the forms of domination prevailing in the social space and that access to it would be correlated with the dominant sexist position anchored in Cameroonian society. Beyond the persistence of this public media oligarchic space, our work also highlights the television performance that is a characteristic feature of the functioning of this form of public sphere. We demonstrate that Cameroonian televised debates are part of the television show; and that power uses the existence of these televised debates to argue for freedom of expression and advanced democracy. While it seems established that the Cameroonian society remains an authoritarian society, by the structure of power, its management, etc. Finally, the thesis proposes an analysis of the positioning of the actors, who operate in this space. It appears that they seize the opportunity of these spaces for personal interests and issues, even collective, depending on whether they are in favor of power or opposition, and this, according to issues of common interest put in debate by the media authorities. The proposed analysis reveals that the televised debates are like spaces of self-production and permanent search for the controversy even when they are not subjects that lend themselves to it. The originality of this work lies in the surpassing of the Habermasian thesis on the public sphere. This is because the Cameroonian public space appears as an issue for the communication of the State that uses it to disseminate government information, to send mediators, to normalize exchanges in a perspective of democratization and democracy. popular exchange. The work was based on a content analysis approach, the socio-discursive one of Cameroon's televised debates, like Canal Presse and Droit réponse from 2012 to 2017, and semi-structured interviews. actors who organize these media deliberations and those who take part in them.