"Il était deux fois". Philippe Forest écrivain-professeur : l'entaille du roman dans le bois du savoir

par Sophie Jaussi

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Tiphaine Samoyault et de Thomas Hunkeler.

Thèses en préparation à Paris 3 en cotutelle avec l'Université de Fribourg (Suisse) , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre d'études et de recherches comparatistes (Paris) (laboratoire) depuis le 26-11-2014 .


  • Résumé

    Cette thèse examine une œuvre singulière, celle de Philippe Forest, au prisme d’une figure, celle de l’écrivain-professeur. À la croisée de l’érudition et de la fiction, l’écrivain-professeur distille un trouble dans le champ du savoir. Investissant des domaines qui paraissent antinomiques, il transcende l’opposition entre l’artiste et le savant, interrogeant les incompatibilités supposées entre une écriture vouée à la transmission d’un savoir et une autre dont la visée serait esthétique. L’œuvre et la carrière de Forest, spécialiste des avant-gardes du XXe siècle, du Japon, de la modernité littéraire et de l’autofiction, rendent compte de l’hybridité constitutive de la figure de l’écrivain-professeur. Entré dans l’écriture littéraire par le deuil de sa fille, l’auteur reconfigure les savoirs et élabore une démarche où s’interpénètrent critique et roman, théorie et pratique. Empruntant à la sociologie de la littérature et à l’esthétique, à l’intersection de la littérature contemporaine et de la littérature comparée, en proximité avec la psychanalyse et la philosophie, la présente étude suit un parcours en trois étapes : elle décrit d’abord les champs littéraire et académique contemporains, examine les conditions d’une carrière d’écrivain-professeur, puis scrute la trajectoire de Forest ; elle se penche ensuite sur le rapport renouvelé à la connaissance, tant sur le plan des lectures que des dialogues entamés ; elle tente enfin de saisir les modalités de construction d’une œuvre marquée par un non-savoir issu de l’expérience du deuil, laquelle affecte la théorie littéraire, le roman, la critique et l’enseignement. Cette thèse interroge ainsi ce qu’une certaine production contemporaine « défait » dans l’ordre du savoir et souligne le rôle des études littéraires dans la transmission des connaissances.

  • Titre traduit

    “Twice upon a time.” Philippe Forest as writer-professor : the novel notching the wood of knowledge


  • Résumé

    This dissertation examines the singular work of Philippe Forest through the peculiar figure of what we call the « writer-professor ». Crossing both fields of scholarship and fiction, the writer-professor produces some sort of « knowledge-trouble ». Investing areas that may seem opposed, he transcends the antonymic position of the artist and the scholar, raising questions about what is often seen as an incompatibility between writing in order to transmit knowledge and writing with an aesthetic purpose. The life and works of Forest, who is known as a specialist of the 20th century avant-garde movements, Japan, literary modernism and autofiction, give an example of the constitutive hybridity of the writer-professor figure. The mourning of his daughter, who died age four, leads the author to embrace fictional writing, causing him simultaneously to reconfigure the conception of science and craft, and constructing a work where novel and criticism, theory and practice walk hand in hand. The present study roots in the sociology of literature and aesthetics, at the intersection of contemporary French and comparative literature, in proximity to psychoanalysis and philosophy; it follows a path in three steps: first, it describes both contemporary literary and academic fields in France, considers the conditions of a career as a writer-professor today, and then explores Forest’s particular trajectory. Next, we investigate the renovated relationship to knowledge, the way it discovers itself across the readings and the creative and intellectual dialogue with others. Lastly, the attempt is made to understand how a work profoundly determined by grief can be perceived through “non-knowledge”, also affecting and contaminating literary theory, novel writing, criticism and teaching all together. On a broader level, this thesis aims to study the ways contemporary literature may “undo” how knowledge and thinking is produced, underlining the significant role of literary studies in transmission and transference today in the process.