Introduire le chaos dans la représentation de l'Histoire : la littérature comme mémoire des violences politiques (Autriche, Etats-Unis, France, Italie, Chili - 1980-2015)

par Manuel Esposito

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Philippe Daros.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre d'études et de recherches comparatistes (Paris) (laboratoire) depuis le 13-11-2014 .


  • Résumé

    Dans le fragment 143 de Minima Moralia, Adorno écrit : « La mission actuelle de l’art est d’introduire le chaos dans l’ordre » (« Aufgabe von Kunst heute ist es, Chaos in die Ordnung zu bringen »). Si la représentation au sens aristotélicien du terme est à entendre en tant que mise en ordre du réel, alors le programme d’Adorno est à entendre comme une tentative de « [s]ortir de l’espace aristotélicien ». Dès lors que le chaos est introduit dans la fiction, le discours n’est plus organisé en fonction d’un telos et ce point est à lier à un refus de la causalité dans la fiction. Le chaos (ou l’introduction du chaos dans l’art) se fait alors image des cataclysmes du XXe siècle : l’œuvre prend la forme de ce dont elle se fait mémoire. Ainsi, le projet d’Adorno peut-il être directement lié à la fictionnalisation de l’histoire. Si la mise en ordre vise une forme d’unité, elle consiste sur le plan formel à un effacement de la différence qui pourrait aller jusqu’à un effacement des différends. Afin de conserver la mémoire des violences politiques, la forme choisie doit consister en un refus d’une hypostase de l’identité (du Même) afin de s’ouvrir à l’Autre. Selon la formule d’Adorno, « introduire le chaos » dans l’art est une manière de rendre sensibles les déchirures qu’ont provoquées les violences politiques du XXe siècle. À travers une série de textes d’écrivains autrichiens (Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek), chiliens (Roberto Bolaño), français (Mathieu Riboulet, Leslie Kaplan, Alban Lefranc), américains (Philip Roth, Don DeLillo) et italiens (Giorgio Vasta), nous avons voulu construire une pensée de la représentation des violences politiques.

  • Titre traduit

    Bringing Chaos into the Representation of History. Literature as the Memory of Political Violence (Austria, USA, France, Italy, Chili - 1980-2015)


  • Résumé

    In fragment 143 of Minima Moralia, Adorno writes: « The task of art today is to bring chaos into order. » (« Aufgabe von Kunst heute ist es, Chaos in die Ordnung zu bringen »). If the representation in the Aristotelian sense of the term is to be understood as an attempt to put reality in order, then the program of Adorno is to be understood as an attempt to « find a way out of the Aristotelian space ». As soon as the chaos is introduced into fiction, the discourse is no longer organized according to a telos and this point is related to a refusal of causality in fiction. Chaos (or to bring chaos into art) is then made the image of the cataclysms of the 20th century: the work of art takes the form of what it tries to save the memory. Therefore, Adorno’s project can be linked to the fictionalization of history. If the ordering aims toward a form of unity, it formally consists in an erasure of the difference which could go as far as an erasure of the conflicts. To preserve the memory of political violence, the chosen form must consist in a refusal of a hypostasis of identity (of the Same) in order to open up to the Other. According to Adorno’s formula, “bringing chaos” into art is a way of including the tears caused by the political violence of the 20th century. Through a series of texts by Austrian (Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek), Chilean (Roberto Bolaño), French (Mathieu Riboulet, Leslie Kaplan, Alban Lefranc), American (Philip Roth, Don DeLillo) and Italian (Giorgio Vasta) writers, we wanted to build a thought of the representation of political violence.