La corporéité archéologique. Danser d'après l'antique entre royaumes, révolutions et empires (1786-1827)

par Bruno Ligore

Projet de thèse en Arts: danse

Sous la direction de Marina Nordera.

Thèses en préparation à l'Université Côte d'Azur , dans le cadre de École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....) , en partenariat avec Université de Nice (établissement de préparation) depuis le 28-11-2014 .


  • Résumé

    La thèse porte sur la documentation et l’analyse des articulations qui se vérifient en Europe entre les pratiques dansées et l’archéologie, à cheval entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Cette dernière discipline n’est pas explorée comme une simple « science de l’Homme », mais plutôt en tant qu’expérience sensible des individus, où les vestiges, ainsi que le ruines, ne s’affirment pas comme objets du passé, mais plutôt comme éléments constitutifs d’un présent dynamique. Au-delà de la spéculation académique, les antiquités « font sens » aussi pour les danseurs, qui développent une conscience du passé toute particulière, nourrie d’éléments visuels, imaginaires, spatiaux, tangibles et « praticables ». Comment s’organise la corporéité dansante à l’égard des antiquités ? Quels paramètres physiques – placements du corps, temporalités, tonicités musculaires, niveaux de l’espace – expriment le désir d'incorporer les vestiges ? Comment l’interprète réélabore-t-il ces informations et dans quelles formes tendent-elles à aboutir ? Comment l’environnement antique façonne-t-il le geste de l'artiste et les attentes du public ? Quels sont les rapports entre l’évocation de l’antique et les aspirations de la société ? En somme, qu’est-ce que cela signifie que de « danser l’Antiquité » à cette époque ? L’étude des réseaux et des certains artistes, ainsi que des échanges dus à la circulation des œuvres, des supports iconographiques, des dessins préparatoires et des discours, montre comment des nouvelles façons d’organiser la corporéité caractérisent la scène – tant publique que privée – et se détachent des expériences précédentes. Ce sont en fait la divulgation des découvertes des sites d’Herculanum et Pompéi, puis les bouleversements politiques et géographiques de l’entre-deux siècles qui marquent les esprits et les tendances, et contribuent à l’affirmation d’un nouveau régime scopique. La culture visuelle de l'Europe de l’entre-deux siècles est fortement marquée par des événements de rupture, in primis la Révolution française et ensuite les guerres napoléoniennes, ainsi que les processus de restauration. Ce sont des circonstances qui conditionnent et influencent la vie quotidienne des individus mais aussi le travail et l’œuvre des artistes du spectacle, amenés à se déplacer en continuation dans une Europe dont les frontières sont parfois fragiles. Le travail de comparaison des usages des références à l’Antiquité que nous effectuons vise aussi à redéfinir les contours géographiques : il ne s’agit pas de penser une histoire de la danse pour chaque pays, mais de prendre en considération les réseaux entre les villes capitales et de saisir une géo-esthétique de la danse inspirée par l’archéologie. Cette étude vise ainsi à enquêter les sources qui témoignent d’une recherche posturo-tonique novatrice, mise en avant par des théoriciens, des chorégraphes, des danseurs et des amateurs. La « corporéité archéologique » serait alors une nouvelle catégorie pour définir des techniques corporelles particulières, une définition permettant de mieux saisir l’activité de recherche qui a distingué certains artistes, nous invitant à problématiser l’historiographie des arts de l’époque en question.


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