Régénération urbaine et gentrification par la culture. Effets et paradoxes de projets urbains à Séoul. Le cas du quartier Ihwa-dong.

par Heiwon Won

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Florent Gaudez.


  • Résumé

    Considérer la culture comme source du développement urbain est un phénomène relativement récent à travers le monde (Ambrosino et Guillon 2014). Cependant, si, auparavant, certains moyens pouvaient mesurer le dynamisme d'une ville à travers l'observation de l'infrastructure ou de la puissance industrielle, d'autres moyens sont aptes, aujourd'hui, à rendre compte de ce dynamisme, tels que l'environnement, la qualité du service, la qualité de la vie, etc. (Evans et Shaw 2004). Dans ce contexte, on peut remarquer que la culture joue un rôle crucial, dans le cadre des stratégies politiques, qui visent à contenir le soubresaut économique et social dans une ville. Ainsi, plusieurs politiques culturelles ont été lancées en vue de régénérer celles-ci. Par exemple, Glasgow, en Angleterre, et Bilbao, en Espagne, considérés comme des modèles de la régénération culturelle, ne sont plus l'apanage des villes européennes ou nord-américaines ; l'opération de la régénération culturelle est, alors, en train de s'universaliser (Vivant 2009). On peut facilement trouver des exemples de ce phénomène dans tous les continents qui s'inspirent par exemple du « quartier d'art 798 » de Pékin en Chine ou « Newtown » de Johannesburg en Afrique du Sud (Vivant 2009). Par ailleurs, dans certaines villes coréennes, par exemple, le gouvernement de Séoul a commencé, à partir des années 2000, par faire croître l'art et la culture, en s'appuyant sur la théorie de la ville créative et de la théorie de l'impact social des arts. A titre d'illustration, la ville de Séoul a élaboré, en 2008, une stratégie de développement à travers une politique culturelle nommée « Master Plans of Creative Cultural City » (Ville de Séoul 2008). Ainsi, en transformant les friches industrielles en ateliers artistiques, cette politique cherchait à promouvoir les quartiers grâce à des productions artistiques visant à établir un point de rencontre entre les artistes et les habitants. Cette politique s'attendait, à la fois, à offrir une meilleure condition de production artistique aux artistes et à améliorer la qualité de vie des habitants vivement incités à s'impliquer dans ces réalisations culturelles. Dans cette perspective, la culture inspire, également, de nombreux acteurs, notamment les urbanistes, autour des villes, qui cherchent à résoudre les problèmes émergeant de l'urbanisation excessive des années 60-70. Plus concrètement, ils visent à réduire la disparité territoriale entre les arrondissements et à reconstruire des quartiers plus attractifs. Pour ce faire, le gouvernement coréen a lancé des projets d'art public comme un levier de la régénération urbaine (surtout à Séoul, où se réalise la majorité des projets). En créant des peintures murales, le premier projet, étant à la fois culturel et urbain, a été lancé, en 2000, dans 11 quartiers à Séoul. Parmi ces quartiers, nous choisissons de nous focaliser, dans le cadre de cette recherche, sur le quartier d'Ihwa-dong. L'une des principales motivations qui guide notre choix réside dans le rôle qu'a ce quartier comme étant une cible majeure de ce projet intitulé « Naxan projet de l'art public 2000 ». Grâce à cette réalisation, l'image d'Ihwa-dong a été complètement renversée : de l'image d'un quartier abandonné à l'image du « village des peintures murales », qui constitue le centre touristique le plus important de Séoul. Celle-ci avait déjà mené des projets de réhabilitation au niveau de l'aménagement de l'environnement de ce quartier, en fondant un parc public, ou encore, en élaborant, plus récemment (à partir de 2013), un projet privé de mise en valeur des traditions du quartier. Il nous semble, donc, évident de dire qu'Ihwa-dong est « un laboratoire » où l'on teste de nouveaux procédés de régénération urbaine en vue d'améliorer et d'animer le cœur de Séoul. Partant de ces constats, il s'agit de nous interroger sur les différents modèles précités, et de ce fait, de mettre en relief le modèle d'Ihwa-dong. Celui-ci représente-il vraiment le meilleur modèle de régénération culturelle en Corée ? Nous reviendrons sur ces questions tout au long de l'analyse. Nous serons amenée dans ce travail à mettre en évidence ces positions afin d'expliquer et de démontrer dans quelle mesure les projets artistiques provoquent des « problèmes de société ». Mis à part les résultats de recherche que nous avons obtenus en 2014 (cf. Won 2014), certains faits, qui se sont passés à Ihwa-dong, montrent la gravité de la dissension par rapport aux projets culturels, dans ce quartier. Par exemple, c'est en 2006 que la réalisation du projet Naxan a commencé, mais le rejet du projet mural a poussé un habitant mécontent à effacer la peinture murale la plus connue « les ailes ». Il s'agit, ici, d'une dégradation, qui a obligé les autorités à déplacer cette peinture ailleurs (loin de la zone résidentielle). Dix ans après, en avril 2016, Ihwa-dong est encore une fois endommagé par un contestataire. Cette suite d'évènements a continué : le 15 et 23 avril 2016, un habitant a recouvert par de l'enduit les deux peintures les plus connues « escalier de fleurs » et « escalier de poissons ». En ce moment, on peut trouver sur le mur voisin, en écho, des graffiti griffonnés en rouge tels que : « pas possible le tourisme dans la résidence », « le droit de se reposer ! ». Le directeur de ce projet mural, T. H. Lee et 50 habitants d'Ihwa-dong veulent porter plainte contre cet habitant en le qualifiant de « terroriste ». Comment peut-on, donc, interpréter ce genre de situations et quelle est la portée de cette contestation ? Objectifs de recherche Notre travail se doit, donc, d'examiner les impacts des projets culturels sur les quartiers défavorisés de Séoul, plus particulièrement, ce qui permettra de mieux appréhender les entraves majeures empêchant la réussite de ces projets dans ces endroits, et d'y proposer quelques remèdes possibles. Nous viserons, donc, à mieux cerner les différentes appréhensions de la notion de « régénération culturelle » par des groupes de gens connaissant ces quartiers défavorisés que nous sélectionnons au cours de notre recherche. Notre objectif est d'examiner, également, le rôle de la culture autour de cette thématique de « régénération culturelle », ce qui nous permettra, ensuite, d'analyser les éventuels éléments perturbateurs, qui font la discorde entre les groupes concernés par les projets culturels.

  • Titre traduit

    Urban regeneration and gentrification through culture. Effects and paradoxes of urban projects in Seoul. The case of Ihwa-dong district.


  • Résumé

    The culture as a source of urban development is a relatively recent phenomenon worldwide (Ambrosino and Guillon 2014). However, if previously some means could measure the dynamism of a city through the observation infrastructure or industrial power, other means are able today to report on this dynamic, such the environment, quality of service, quality of life, etc. (Evans and Shaw 2004). In this context, we can see that culture has a crucial role in the context of political strategies that aim to contain the economic and social in a city. Thus, several cultural policies have been launched to regenerate them. For example, Glasgow, England, and Bilbao, Spain, considered as models of cultural regeneration, are no longer the preserve of European and North American cities; the operation of cultural regeneration, then, is in the process of universalization (Live 2009). Examples can easily find this phenomenon in every continent who are inspired by the example '798 Art District' in Beijing in China or 'Newtown' in Johannesburg, South Africa (Alive 2009). Moreover, in some Korean cities, for example, Seoul government grows, from the 2000s, the art and culture, based on the theory of the creative city and theory the social impact of the arts. To illustrate, Seoul City has developed, in 2008, a development strategy through a cultural policy named 'Master Plans of Creative Cultural City' (City Seoul 2008). Thus, transforming brownfields art workshops, this policy sought to promote the neighborhoods through artistic productions to establish a meeting point between artists and locals. This policy is expected, both to provide better artistic production condition to artists and to improve the quality of life for residents urged to get involved in these cultural achievements. In this perspective, culture inspires, also, many stakeholders, including planners, around cities looking to solve problems emerging from excessive urbanization of 60-70 years. Specifically, they aim to reduce the territorial disparities between boroughs and rebuild more attractive neighborhoods. To do this, the Korean government launched public art projects as a lever for urban regeneration (especially in Seoul, where the majority of projects are realized). By creating murals, the first project, being both cultural and urban, was launched in 2000 in 11 districts in Seoul. Among these areas, we choose to focus, in the context of this research, the district Ihwa-dong. One of the main motivations that guide our choice lies in the role that this area as a major target of this project 'Naxan project of public art 2000'. With this embodiment, the image Ihwa-dong was completely reversed: the image of a neighborhood abandoned like the 'village of murals,' which is the most important tourist center of Seoul. She had already completed rehabilitation projects at the development of the environment of this district, founding a public park, or by developing more recently (from 2013), a private development project in value of the traditions of the area. It seems, therefore, obvious to say qu'Ihwa-dong is a 'laboratory' where new urban regeneration processes were tested to enhance and animate the heart of Seoul. Based on these observations, it is to wonder about the various aforementioned models, and thus to highlight the model of Ihwa-dong. This really represent the best model of cultural regeneration in Korea? We will return to these issues throughout the analysis. We will be brought into this work to highlight these positions in order to explain and demonstrate how art projects provoke 'social problems.' Apart from the search results we achieved in 2014 (cf. Won 2014), certain facts that occurred in Ihwa-dong, show the severity of dissent with respect to cultural projects in this area. For example, it is in 2006 that the realization of Naxan project started, but the rejection of the mural project has prompted a disgruntled inhabitants to erase the most famous mural 'wings'. It is here, degradation, which forced the authorities to move this painting elsewhere (away from the residential area). Ten years later, in April 2016, Ihwa-dong is again damaged by a protester. This sequence of events continued on 15 and 23 April 2016, one resident covered by the coating's two most famous paintings 'flower stairs' and 'fish staircase'. Right now, one can find on the neighboring wall, echoing, graffiti scrawled in red as 'not possible tourism in the residence' 'the right to rest! '. The director of this mural project, T. H. Lee and 50 inhabitants of Ihwa-dong want to press charges against the resident by calling it a 'terrorist.' How can we therefore interpret these situations and what the scope of this challenge? Research Objectives Therefore our research is going to examine the impact of cultural projects in impoverished districts of Seoul, in particular, which will allow better understanding of the major obstacles preventing the success of these projects in these areas, and to propose some possible remedies. We will strive to better understand the different understandings of the concept of 'cultural regeneration' by groups of people who know these disadvantaged neighborhoods we select during our research. Our goal is to examine, also, the role of culture around the theme of 'cultural regeneration', which will allow us then to analyze possible disruptive elements that make discord among the groups involved in projects cultural.