Biais d'auto-évaluation de compétence en français et en mathématiques chez les élèves de primaire : évolution et implications pour l'adaptation et la réussite scolaire des élèves?

par Ludivine Jamain

Thèse de doctorat en Sciences de l'Education

Sous la direction de Pascal Pansu et de Thérèse Bouffard.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Laboratoire de Recherche sur les Apprentissages en Contexte (laboratoire) .


  • Résumé

    La vision illusoire de soi positive (surestimation de soi) semble inhérente à la cognition humaine et fluctue dans son intensité en fonction de l'âge et du degré d'abstraction du concept évalué. Dans cette thèse, nous nous intéressons aux illusions positives, mais aussi négatives, des perceptions que les enfants âgés de 8 à 11 ans ont vis-à-vis de leur compétence scolaire. Ces illusions sont mesurées à partir de l'écart entre les performances scolaires effectives des élèves d'une part et la perception qu'ils ont de leur compétence scolaire d'autre part. Le biais d'auto-évaluation de compétence scolaire, locution utilisée pour faire référence à cet écart positif ou négatif, a été étudié jusqu'alors en considérant les habiletés générales des élèves à l'école (voir Bouffard, Pansu & Boissicat, 2013). Dans cette thèse, le biais est abordé au niveau de matières spécifiques : le français et les mathématiques. L'objectif général est d'appréhender les liens entre les auto-évaluations biaisées de compétence, l'adaptation et la réussite scolaire des élèves dans ces deux disciplines. A un niveau individuel, un suivi longitudinal d'élèves de primaire (N = 677) sur trois années a permis dans une première étude de définir quatre trajectoires développementales du biais d'auto-évaluation : trois trajectoires assez stables, une positive, une modérée, une négative, ainsi qu'une quatrième évoluant d'un biais très négatif à un biais relativement modéré. Après avoir examiné les liens entre ces trajectoires et un ensemble de mesures liées à l'adaptation scolaire de l'élève, nous avons appréhendé dans une seconde étude l'autorégulation et la performance scolaire des élèves en fonction de leur auto-évaluation biaisée. La mise en lumière des liens entre le biais d'auto-évaluation, l'adaptation et le fonctionnement des élèves a permis de rendre compte du caractère plus ou moins délétère du biais selon qu'il soit positif ou négatif. A un niveau interindividuel, une troisième étude a porté sur le lien entre le biais d'auto-évaluation de compétence des élèves et le jugement de leur enseignant. Enfin, une dernière étude a examiné la capacité des enseignants à repérer les auto-évaluations biaisées chez leurs élèves. Si les enseignants jugent mieux les élèves surestimant leur compétence, les résultats de la dernière étude laissent à penser que ce processus est inconscient.

  • Titre traduit

    Language art and mathematics self-evaluation biases : evolution and impact on school performance and adaptation


  • Résumé

    The illusive positive view of the self (overestimation of the self) seems inherent to human cognition. This illusion fluctuates in its intensity according to the age and degree of abstraction of the concept evaluated. In this thesis, we are interested in the positive or negative illusions of self-perceptions among elementary school student aged from 8 to 11. We put the focus in this thesis on the difference between a student's academic skills, measured by standardized tests, and the student's self-evaluation of his competence. The self-evaluation bias of school competency refer to this gap studied so far by considering the general abilities of the students (see Bouffard, Pansu & Boissicat, 2013). In this thesis, the bias is approached in specific domains: in French and in mathematics. The overall goal is to understand the links between biased self-assessments of competency, student adjustments and academic achievements in these two disciplines. At an individual level, a three-year longitudinal follow-up study of third elementary grade to fifth grade students (N = 677) allowed to define four developmental trajectories of the self-evaluation bias: three fairly stable trajectories, one positive, one neutral, one negative, and the last trajectory evolving from a very negative bias to a positive one. We examined then the links between these trajectories and scholastic adjustment measures. Considering these results, in a second study we examined the self-regulation and academic performance of students according to their biased self-evaluation. The highlight of links between self-evaluation bias and students' adjustment were relevant to account for detrimental or beneficial nature of the bias, according to its valence. At an inter-individual level, we were interested in a third study on the link between student self-assessment bias and the judgment of their teacher. At last, in a final study, we assessed the ability of teachers to identify self-biased evaluation in their students. In the case of teachers appraising students who overestimate their competence, the results of the last study conducted on this students two years later suggest that this process is unconscious.