La violence de guerre dans le monde romain (IIIème siècle avant J.-C. - IIIème siècle après J.-C.)

par Sophie Hulot

Projet de thèse en Histoire, langues, litterature anciennes

Sous la direction de François Cadiou.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Institut de recherche sur l'Antiquité et le Moyen Age (equipe de recherche) depuis le 07-07-2014 .


  • Résumé

    À la guerre, le déploiement de la violence semble aller de soi, du moins si l’on en juge par la rareté des travaux qui abordent ce thème pour le monde romain. Pourtant, si elle n’y est pas à proprement parler théorisée, la violence de guerre est progressivement encadrée d’un point de vue politique, conçue culturellement selon des normes et des seuils sans cesse remodelés, et fait enfin l’objet de négociations sociales permanentes. C’est donc en s’inspirant de l’historiographie d’autres périodes (études grecques, controverses en histoire contemporaine) mais aussi d’autres disciplines (anthropologie historique, psychologie sociale, histoire de l’art) qu’il faut analyser l’évolution de l’ethos guerrier romain en matière de violence. La longue durée est essentielle pour saisir d’une part la complexe naissance d’une « culture de la violence de guerre », d’autre part ses mutations lors des transformations de la société romaine (guerres civiles, changement de régime politique de la République au Principat, inflexions données par les différents empereurs, etc). Cela ne peut pas être étudié indépendamment de l’image que les Romains veulent montrer d’eux-mêmes à leurs concitoyens (clementia) ou au monde extérieur. Si la violence peut-être définie comme la mise en forme éthique de l’agressivité par une civilisation et peut recouvrir un champ très large d’exactions, il convient de s’intéresser plus particulièrement aux moments où elle touche le plus les corps, c’est-à-dire lorsque le combat apporte son lot de blessures et de morts. Les sources textuelles seront les plus sollicitées. Toutefois, le potentiel de la documentation archéologique (en particulier l’anthropologie des restes humains) et iconographique sera pleinement investi. Les prises de villes et les guerres civiles seront tout particulièrement analysées comme des moments où la violence de guerre se manifeste de manière évidente et s’exerce avec une haute intensité. Enfin, la figure de l’ennemi, prise dans sa diversité géographique, sera une variable importante pour tenter de remettre en cause les stéréotypes d’une violence de guerre qui serait différenciée entre Orient et Occident.

  • Titre traduit

    Warfare Violence in the Roman World (Third century B.C.-Third century A.D.)


  • Résumé

    At war, violence seems natural, at least if we consider the few studies which tackle this theme for the roman world. However, if there doesn’t exist any theory, warfare violence is gradually politically restricted, culturally considered along constantly remodeled norms and thresholds, and is the subject of social negociations. The Roman warfare ethos on violence therefore has to be analyzed with the help of other historiographies (Greek studies, controversies on contemporary history) and fields (historical anthropology, social psychology, history of art). Studying a long term period is essential to grasp the birth of a “culture of warfare violence” and also its evolution during the transformations of Roman society (civil wars, the passage from Republic to Empire, the varying influences of different of the emperors). In that aim, I will study particularly the image that the Romans want to convey of themselves to their fellow countrymen (clementia) or to the outside world. If violence can be defined as the ethical shaping of aggressiveness by a civilization and deals with a very large field of abuses, it is interesting to study more particularly the moments when the body is at stake, when fighting brings wounds and death. The study will mostly be based on ancient texts. However, I will make the best use of archeological (particularly the anthropology of human bones) and iconographic documents. The storming of cities and civil wars will be specifically analyzed as moments when violence is obvious and reaches a peak of intensity. Finally, the enemy, in its geographic diversity, is an important variable to invalidate the common idea that warfare violence is fundamentally different in the Eastern or in the Western world.