La transmissibilité de la psychanalyse

par Elisabetta Monini

Projet de thèse en Psychanalyse

Sous la direction de Michel Grollier.

Thèses en préparation à Paris 8 , dans le cadre de ED Pratiques et théories du sens , en partenariat avec La section clinique (equipe de recherche) depuis le 20-11-2012 .


  • Résumé

    Notre travail s’ouvre et se clôt, tel l’éclair représenté par les formations de l’inconscient, à partir de deux bornes fondamentales pour la psychanalyse : celle de S. Freud et celle de J. Lacan. Nous avons envisagé ces deux fondateurs en lien moebien entre eux. Le premier, créateur, pionnier, antécédent à nous tous psychanalystes ; le deuxième, dans un formidable élan d’après-coup, étant venu perlaborer le travail de son maître. Il fut à l’origine d’un mouvement d’enrichissement des théories matricielles. Notre but a été de dévoiler le parcours de cette découverte. Nous l’avons résumé grâce à l’heureuse formule d’un artiste italien qui nous a appris qu’il faut laisser un héritage à ses pères. Au commencement, le Verbe de Freud. Un homme qui a dédié son existence à extraire les nouages du mystérieux fonctionnement de l’humain. Ce qui, depuis Aristote, questionnait les grands de ce monde. Après lui, le moi cesse d’un coup d’être maître chez lui. Le cogito, dilué, laisse la place à la marée montante d’un inconscient difficile à cerner. Découverte fondamentale en lien perpétuel avec le contexte historico-social de l’époque. Appartenant à la fin d’un dix-neuvième siècle porteur de germes révolutionnaires, Freud représentait l’élite de son temps. Il a essayé de mettre à jour les caractéristiques de sa découverte. Il fut douze fois nommé au prix Nobel (avec 33 propositions), preuve de son existence unique. Il n’eut de cesse de systématiser sa découverte. Il eut des disciples et un successeur magistral : Jacques Lacan.Ce dernier fit cadeau à l’humanité de ses formules sur la sexuation que nous avons comparées à l’énoncé einsteinien sur la relativité : une synthèse unique de la dynamique psychique. Ces deux fondateurs de la Science Psychanalytique n’ont eu de cesse d’établir les modes de transmission de leurs découvertes. Notre thèse a voulu identifier les acteurs de cette transmission en soulignant que ces analystes ont travaillé et élaboré leur théorie en étant constamment connectés à leur époque, qui, de ce fait, fut elle-même un facteur de transmission. Le contexte social prit une position de grand Autre qui fut en interaction constante avec nos analystes, fascinés par cette peste révolutionnaire nommée « inconscient ». Amour de transfert, désir de l’analyste, manque à être, savoir et vérité, après-coup, sublimation, identification, passe, sont les concepts appréhendés dans ce travail. Tressés et noués borroméennement, ils se révèlent les éléments nécessaires à la transmission. Sans toutefois oublier qu’ils s’imposent au sujet comme traces traumatiques dont il devra ou pourra traiter l’élaboration afin d’accéder à son désir. Parcours qui impose une cure personnelle et une formation théorique sans faire fi d’un nouveau positionnement face au grand Autre. Ainsi le mystère de la transmissibilité repose sur le nouage entre extraction signifiante chez l’Autre, désir et nomination en son nom propre. Désir asymptotique de combler un manque qui génère la poussée à en savoir toujours plus. Encore plus. En partant seul, puis en trouvant un compagnon de route, Freud forma autour de soi une communauté avec laquelle la correspondance fut abondante et fructueuse. Une fois établi le mécanisme de transmission tournant autour des Congrès et qui visait l’échange et la diffusion de la psychanalyse, les médecins s’insurgèrent contre ceux qu’ils appelaient les « profanes ».Crises, scissions, trahisons se reproduisent tout au long de l’histoire de la psychanalyse et Lacan fut un ultérieur et préoccupé témoin de ce phénomène. Nous établissons dans ce travail la fonction d’objet agalma représenté par la psychanalyse et sa capacité de susciter le transfert. Un des quatre discours – celui de l’analyste – nous apprend qu’en tant qu’objet petit a, l’analyste (incarnation de la psychanalyse) évide cette place. Place dès lors qui dynamise le sujet dans un mouvement de production de ses propres signifiants. Cette pulsion à connaitre, renonçant à son but incestueux qui est celui de violer le désir de l’autre parental, entraine la destitution de l’objet et du coup, se dirige par transfert, sur les potentialités illimitées de notre vaste monde. Ces signifiants sont le savoir acquis et transmissible à la fin d’une cure, l’analyste ayant été ce trait unique - unaire - auquel le sujet a voulu s’identifier de par son amour transféral. Mais ce circuit ne peut s’établir que si la métaphore paternelle comme moteur de la castration, puisse venir sceller le désir du sujet. Lacan dut se battre longuement lorsqu’il buta sur l’écueil de la métaphore paternelle et ce fut sur les Noms du Père que tomba l’exclusion du temple classique où s’enseignait la psychanalyse. Un mal pour un bien le poussa à une élaboration théorique détaillée qui aboutit au concept de passe. Celle-ci représente un témoignage ultime du sujet quant au souhait de ne pas trahir son désir. Concept qui fonde l’éthique de la psychanalyse. Il s’agit d’arriver à laisser circuler les pulsions de vie qui, tout en englobant la pulsion mortifère qui s’exprime par la jouissance, se déplace autour de la Chose, donnant lieu à un savoir sur celle-ci en la bordant sans s’y engouffrer comme seulement la sublimation peut le permettre au parlêtre. La parole étant ce qui différencie le sujet du reste du monde vivant, nous avons pu suivre le texte Sacré pour rappeler que « Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Mathieu 4.4.


  • Résumé

    Our work opens and closes, like the lightning represented by the formations of the unconscious, starting from two fundamental limits for psychoanalysis: that of S. Freud and that of J. Lacan. We envisaged these two founders in Moebian link between them. The first, creator, pioneer, antecedent to us all psychoanalysts; the second, in a formidable impulse afterwards, having come to work out the work of his master. He was at the origin of a movement to enrich the matrix theories. Our goal was to unveil the journey of this discovery. We have summed it up thanks to the happy formula of an Italian artist who taught us that we must leave an inheritance to his fathers. In the beginning, the Word of Freud. A man who dedicated his life to extracting the knots from the mysterious functioning of the human. What, since Aristotle, was questioning the great men of this world. After him, the ego ceases to be master at home. The cogito, diluted, leaves room for the rising tide of an unconscious difficult to comprehend. Fundamental discovery in perpetual connection with the historical-social context of the time.Belonging to the end of a nineteenth century carrying revolutionary germs, Freud represented the elite of his time. He tried to update the features of his discovery. He was twelve times nominated for the Nobel Prize (with 33 proposals), proof of his unique existence. He never ceased to systematize his discovery. He had disciples and a masterful successor: Jacques Lacan. The latter made a gift to mankind of its formulas on sexuation that we compared to the Einsteinian statement on relativity: a unique synthesis of psychic dynamics. These two founders of Psychoanalytic Science have never ceased to establish the modes of transmission of their discoveries. Our thesis sought to identify the actors of this transmission by stressing that these analysts worked and elaborated their theory by being constantly connected to their time, which in turn was itself a transmission factor. The social context assumed a position of great Other which was in constant interaction with our analysts, fascinated by this revolutionary plague called "unconscious". Love of transfer, desire of the analyst, lack of being, knowledge and truth, after-the-fact, sublimation, identification, pass, are the concepts apprehended in this work. Braided and knotted, they prove to be the elements necessary for transmission. Without forgetting that they impose themselves on the subject like traumatic traces of which it will have to be able or will be able to treat the elaboration in order to accede to its desire. Course that imposes a personal cure and a theoretical training without ignoring a new positioning vis-a-vis the great Other. Thus the mystery of transmissibility rests on the knotting between signifying extraction in the Other, desire and nomination in its own name. Asymptotic desire to fill a lack that generates the push to know more and more. Even more. When he left alone and found a companion, Freud formed a community around him, with which correspondence was abundant and fruitful. Once the conveying mechanism around the Congress was established and aimed at the exchange and diffusion of psychoanalysis, the doctors rebelled against those whom they called the "profane." Crises, splits, betrayals recur throughout the history of psychoanalysis and Lacan was a subsequent and preoccupied witness to this phenomenon. We establish in this work the function of agalma object represented by psychoanalysis and its capacity to bring about the transfer. One of the four discourses - that of the analyst - teaches us that as an object a, the analyst (incarnation of psychoanalysis) evidences this place. Place then that energizes the subject in a movement of production of its own signifiers. This impulse to know, renouncing its incestuous aim of violating the desire of the other parental, involves the destitution of the object and the blow, is directed by transfer, on the unlimited potentialities of our vast world. These signifiers are the knowledge acquired and transmissible at the end of a cure, the analyst having been that unique trait - unary - to which the subject wanted to identify himself by his transferal love. But this circuit can be established only if the paternal metaphor as the motor of castration can come to seal the desire of the subject. Lacan had to fight for a long time when he stumbled upon the reef of the paternal metaphor and it was on the Names of the Father that the exclusion of the classical temple where psychoanalysis was taught fell. An evil for a good pushed him to a detailed theoretical elaboration which leads to the concept of pass. This represents an ultimate testimony of the subject as to the wish not to betray his desire. Concept that founds the ethics of psychoanalysis. It is a question of allowing the circulation of the life impulses which, while embracing the mortiferous impulse expressed by jouissance, moves around the Thing, giving rise to a knowledge of it by bordering it without to be engulfed as only the sublimation can allow the parlêtre.Speech being what differentiates the subject from the rest of the wine world, we have been able to follow the Sacred text to recall that "It is written: It is not of bread alone that man will live, but of every word that comes out of it the mouth of God". Mathieu 4.4. In this sense we have come to the conclusion that analytic knowledge is transmitted in a Moebian way by involving the knowledge of the antecedents without knowing the successors who, nevertheless, by their desiring effort, modify their predecessors as Lacan did with S Freud.