Proust et Cohen historiographes

par Géraldine Dolléans

Thèse de doctorat en Langues et littératures francaises

Sous la direction de Carole Auroy.

Thèses en préparation à Angers , dans le cadre de Sociétés, Cultures, Échanges , en partenariat avec CIRPALL (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Patrimoines en Lettres et Langues) (laboratoire) depuis le 01-10-2013 .


  • Résumé

    Les mises en intrigue de l’histoire des romans de Proust et de Cohen offrent une intertextualité très lisible. Ces oeuvres opposent d’abord deux régimes d’historicité romanesques. Combray et Céphalonie évoquent le fonctionnement mécanique et passéiste de « sociétés froides », fermées et ritualisées, en apparence préservées du souffle de l’histoire. Loin du « train-train » de ces hétérotopies anachroniques, Balbec et certains salons de Proust, la Société des Nations et les grands hôtels de Cohen, instituent de nouveaux rites en moments fondateurs d’un présent qui couronne des autorités momentanées, oublieuses du passé. Ces oeuvres illustrent par ailleurs l’affrontement entre deux régimes d’historiographie. Un régime d’historiographie traditionnel, qui évoque l’Historia magistra vitae et l’histoire positiviste se trouve d’abord disqualifié car les « grands hommes » de l’histoire sont tout aussi compromis que les historiens traditionnels par une rhétorique nationaliste qui débouche sur la guerre. Ces oeuvres promeuvent ainsi un régime d’historiographie qui présente une convergence épistémologique frappante avec le renouvellement prôné par l’École des Annales : aux soubresauts superficiels d’une histoire événementielle, diplomatique et militaire, elles préfèrent la mise au jour de structures sociales et mentales, en accordant une nouvelle dignité au corps et aux sensations. Elles décentrent enfin l’écriture de l’histoire, en décrivant des individus stigmatisés, endeuillés ou victimes du non-sens de l’histoire : loin d’une littérature engagée, elles amorcent le basculement vers un régime d’historiographie mémoriel, qui exalte des lieux ou des « non-lieux » de mémoire poétiques.

  • Titre traduit

    Proust and Cohen historiographers


  • Résumé

    The way Proust and Cohen narrate history in their novels reveal a clear intertextuality. At first, their works oppose two regimes of fictional historicity. Combray and Céphalonie appear as « cold societies » that are closed and ritualized ; their mechanical functioning seem to be preserved from History. Far from the daily routine of these anachronistic heterotopias, Balbec and Proust’s salons on the one hand, The League Of Nations and Cohen’s luxury hotels on the other hand, create new rites and temporary authorities that are typical of a presentist regime. Furthermore, they illustrate the confrontation between two regimes of historiography. A traditional regime of historiography, which both refers to historia magistra vitae and positivist history, happens to be disqualified since « great men » of history are as compromised as historians because of their nationalist rhetoric that leads to war. The novels then promote a regime of historiography that reveals a striking epistemological convergence with the renewal advocated by the Annales School : rather than relating the superficial starts of diplomatic, military and factual history, they disclose mental and social structures and highly value bodies and sensations. Finally, they move off-centre the writing of history by describing either stigmatized and mourning individuals or people who are the victim of the nonsense of history : far from belonging to socially engaged literature, the novels announce a regime of historiography that is centred on memory and that exalts new poetic sites of memory.