Les pokhari dans la plaine du Népal : des étangs à usages multiples ou passant à la pisciculture exclusive dans le contexte tendu des transformations territoriales du Téraï oriental

par Caroline Sarrazin

Projet de thèse en Géographie humaine, économique et régionale

Sous la direction de Joëlle Smadja.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) depuis le 14-11-2013 .


  • Résumé

    La gestion des ressources représente un des défis contemporains majeurs pour les sociétés rurales. Dans la plaine du Téraï oriental (Népal), qui renferme des densités de population élevées (plus de 500 hab./ km²), des restructurations territoriales amènent les populations locales à faire face à de fortes pressions foncières et sur l’eau. Elles amènent notamment à des changements profonds dans les pratiques des usagers de pokhari. Ces plans d’eau, de tailles diverses (de 0,01 à 6 hectares ou plus), sont définis comme des écosystèmes multi-usages. De tenure publique ou privée, les pokhari sont gérés collectivement par des communautés villageoises Tharu ou Madhesi, des populations originaires de la plaine, ou individuellement et plutôt par des exploitants-indépendants Pahari qui privilégient les initiatives personnelles. Alors qu’ils sont omniprésents dans les districts de Saptari et de Sunsari, nos deux terrains d’étude, ce n’est qu’à partir des années 1990 que les pokhari deviennent la cible de politiques publiques visant à augmenter la productivité économique de la plaine par le développement de la pisciculture intensive dans les pokhari et par la mise aux enchères d’autorisations privatives de leur gestion. Les populations locales doivent faire face à de nouveaux enjeux d’individualisation et de privatisation dans les pratiques : ces processus renforcent les inégalités sociales et économiques entre de puissants propriétaires fonciers et des populations de basses-castes du Téraï qui défendent la pratique multi-usages des pokhari. D’après une typologie, établie dans ce travail de thèse, de 232 plans d’eau localisés à Saptari et à Sunsari, combinée à une analyse spatio-temporelle de l’évolution des surfaces en eau des pokharii, les récentes logiques productivistes défendues par l’État népalais engendrent diverses modifications des pratiques, discutées dans ce travail. Pourtant, face aux interdictions d’usage de plans d’eau anciennement collectifs, certaines communautés Madhesi se mobilisent contre de nouvelles exclusions sociales, reconsidérant les rapports de force dans la gouvernance des plans d’eau de la plaine.

  • Titre traduit

    Pokhari of the Nepalese lowland region : defining them as multi-purpose water bodies and changing ponds that are used for fish farming in a territorials transformations tense context of the eastern Terai


  • Résumé

    Resource management is one of the major contemporary challenges for rural societies. In the Eastern Terai plain (Nepal), with high population densities (larger than 500 inhabitants/ km²), the territorial restructurings force local population to deal with high pressures on land and on water. In particular, they lead to deep modifications in the practices of pokhari users. These ponds have various sizes (from 0.01 to 6 hectares or more) are defined as multi-purpose ecosystems. According to their tenure, public or private, a pokhari is either collectively managed by Tharu or Madhesi village communities, which have their origin in the plain, or are administrated individually, by Pahari independent harvesters, who favour personal initiatives. Despite the fact that they are ubiquitous in the Saptari and Sunsari districts, which are the two fields of study of the present Ph.D. work, pokhari have become the target of government policies only since the 90’s and these policies have aimed at increasing the Teraï plain economic productivity by developing intensive fish farming in pokhari and by auctioning licenses for a private management of the pokhari. In their practices, local populations are confronted to new stakes of individualization and of privatization: these processes strengthen social and economical inequalities between powerful landowners on the one side, and on the other side lower-caste populations of Terai which defend multi-purpose uses of the pokhari. The combination of the typology, established in the present Ph.D. work, of 232 ponds located in the Saptari and Sunsari districts, and of an analysis of the time-and-space evolution of the surfaces of the water bodies, shows that the recent productivist logic defended by the Nepalese State do not yield a uniform modification of the uses. Yet, some of the Madhesi communities mobilize against additional social exclusions, thereby reconsidering the power balance in the governance of the Terai plain ponds.