Une génération de mères biologiques sud-coréennes (1970-1980) dans l'adoption transnationale. Une approche du lien de parenté par le corps relationnel

par Clara Hyun-jung Lee

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Enric Porqueres i Gené.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Paris, EHESS (établissement de préparation de la thèse) depuis le 15-01-2014 .


  • Résumé

    Prenant acte de l’impasse du culturalisme depuis David Schneider, la thèse propose, dans le prolongement des travaux de Viveiros de Castro, de Marilyn Strathern et d'Enric Porqueres i Gené, d’envisager le corps comme le sujet réel du lien de parenté, hypothèse qui permet d’accéder à un sens du biologique non réductible à sa dimension biogénétique et d'éviter l’écueil de sa ‘culturalisation’. La thèse s’appuie sur une étude empirique réalisée in situ auprès de mères biologiques sud-coréennes des années 1970-80. Sa principale particularité par rapport aux études existantes tient à ce que ces mères ont retrouvé leur(s) enfant(s), adopté(s) trans-nationalement plusieurs décennies plus tôt, et aussi à ce que l’étude, les accompagne dans la découverte de leur propre corps comme vrai sujet, acteur, à partir duquel, dans et par la relation s’élabore le lien à l’enfant, au-delà du chagrin. Plusieurs enseignements sont tirés. Premièrement, le corps de la mère doit s’envisager à la fois comme corps perçu et corps percevant, sur le fondement du corps naturant. Le corps perçu, auquel s'identifie ou non la mère biologique lui procure certes une identité, mais fausse car ne participant pas réellement du véritable lien de parenté. Ce corps n’est qu’une représentation animée par la psyché collective via le langage, agissant comme préjugé. Ce corps là n’est pas acteur vivant du lien, mais produit figé de la naturalisation du social, inscrit dans une époque, un espace, une culture donnés, circonstanciés, expression d'une norme répétée tout aussi étroite. Le corps réel, acteur du lien, ces mères le découvrent après les retrouvailles. Il peut être dit « percevant », au sens de Merleau-Ponty (1945, 1964) et Evans (1982). C’est à partir de lui que s’élabore le lien réel à l’enfant. Ce lien d’ailleurs a persisté après la séparation, mais plus ou moins fantasmé, il se manifeste pour compenser l’absence et la honte, en réaction à la norme culpabilisante, par la production de « souvenirs-expériences » symboliques, inévitablement monologiques. Après les retrouvailles, la dimension symbolique du lien évolue, car s’abolit dans l’esprit des enfants, comme des mères, avec la compréhension de leur vécu grâce à l'échange, l’image sociale de « mère abandonneuse ». Face à cet immense corps, enfin revenu, de leur petit enfant, « en chair et en os », la mère découvre que l’hérédité biogénétique ne suffit pas à réenraciner le lien distendu. Le « temps partagé », fondement du corps relationnel, a manqué. Elles entreprennent alors, comme elles peuvent vu la difficulté, linguistique, culturelle, de la communication, de réinventer ce corps relationnel, dans sa dimension participative et émotionnelle, ici et maintenant. Leur identité de mère devient alors plurielle. En conclusion, nous proposons de considérer la notion de « corps relationnel » aux trois différents âges de participation.

  • Titre traduit

    A generation of South Korean biological mothers (1970-1980) in transnational adoption. An approach of kinship studies by the relational body.


  • Résumé

    Taking note of the dead end of Culturalism, and furthering the works of Viveiros de Castro, Marilyn Strathern and Enric Porqueres i Gené, this thesis aims at considering the body as the real subject of the kinship link, an hypothesis which would allow an access to a meaning of the biologic as unreducible to its biogenetic dimension, and so avoiding a 'culturalization'. The present thesis bases itself on an empirical study made in situ amongst South-Korean biological mothers belonging to the 70-80ies generation. The main characteristic of this study, compared to other existing ones, consists in the fact that these mothers, met again their earlier several decades transnationally adopted child(ren), and that this study accompanies them in the discovery of their own body as being the real subject, actor, on the basis of whom, in and through the relationship, the tie with the child works out, beyond all their grief. Several lessons haven been drawn. First, the mother's body is to be regarded both as perceived body and perceiving body, on the basis of the naturing body. The perceived body, with whom the biological mother identifies herself – or not – affords her, of course, an identity, but a wrong one in that she does not thus participate in a real kinship tie. This perceived body is but a representation animated by the collective psyche through language, and acting as prejudice. That body is not a living actor, enacting the link, but a fossilized product of the naturalization of the social, embedded in a particular given time, place, and culture, very situated, an expression of a repeated norm, as much restricted. The real body, the one who is the actor of this link, will be discovered after the reunion. This one may be called « perceiving », in the merleau-pontian (1945, 1964) sense, and the one given by Evans (1982). It is on its basis that the real link, tie, with the child will work out. This link, besides, persisted after the adoption separation, but in a more or less fantasized way, manifesting itself as a sort of compensation for the absence and the shame, in a reaction against the culpabilization by the norm, via the production of symbolic « experience- memories », unavoidingly monologic. After the reunion, the symbolic dimension of the link will evolve, on the basis that may be abolished that social image of an « abandoning mother », through the comprehension, by mother as well as child, of what they lived through, as they go on sharing through dialogues. Facing this, at last coming back, huge body of their, once, little child, « in the flesh », these mothers will discover that biogenetical heredity does not suffice for rooting again the distended ties: the « shared time », which is the very foundation of the relational body, lacked. They will then undertake, as well as they can, in view of the difficulty, linguistic, cultural, of the communication, to reinvent this relational body in its partitive, emotional dimension, here and now. Their identity as mother becomes then plural. As its conclusion, this thesis proposes to consider the notion of « relational body » at the three different ages of participation.