Pierre Monbeig et la formation de la géographie brésilienne : une science dans le contexte du capitalisme tardif (1925-1957). Érosion des valeurs littéraires, tentation de l’action et systématisation de la méthode

par Larissa Alves De Lira

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Marie-Vic Ozouf-Marignier et de Manoel Fernandes de sousa neto.

Thèses en préparation à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Universidade de São Paulo (Brésil) , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 04-12-2013 .


  • Résumé

    Cette thèse a pour objectif d’analyser l’émergence d’une école brésilienne de Géographie, dont les bases ont été posées par le géographe français Pierre Monbeig. Ses années de formation à la Sorbonne, les années vécues au Brésil, jusqu’aux années où il a publié ses principales contributions sur ce pays (1925-1957), délimitent la période du processus de formation de la géographie brésilienne sous sa direction, vue comme un parcours à la fois matériel et symbolique. Une géohistoire des savoirs, qui prend pour axes d’analyse les sphères des lenteurs, de la circulation et des ruptures, est la méthode qui a été employée pour appréhender une trajectoire touchée par les mouvements profonds de la constitution des sciences, ainsi que les conjonctures qui éclipsent les tendances de la première moitié du XXème siècle. Ces mouvements de longue durée sont l’érosion des valeurs littéraires qui ont dominé les sciences françaises à la fin du XIXème siècle ; la tentation de l’action et de l’engagement qui mobilisent de plus en plus les sciences ; et une progressive explicitation des méthodes scientifiques. Face à la conjoncture et aux déterminismes spécifiques au Brésil, à la formation de l’État national, à la crise des oligarchies et à l’avancée du capitalisme tardif, les réponses sont singulières, et les transformations que la géographie de Pierre Monbeig va subir dans cet espace sont à la fois institutionnelles, théoriques et temporellement spécifiques. Ainsi, Monbeig élabore des raisonnements qui sont influencés par la compréhension des processus géographiques de la modernisation, par la logique spatiale de sous-développement des territoires, et indirectement par une théorie géographique adaptée aux conditions du capitalisme brésilien que nous appelons géohistoire du capitalisme périphérique. Enfin, il faudra souligner que de telles contributions épistémologiques, si elles ne se sont pas annoncées comme en rupture avec les héritages de la géographie française constituent un apport pour les sciences humaines à partir la géographie développée au Brésil, apport peu reconnu dans les débats historiographiques.

  • Titre traduit

    Pierre Monbeig and the formation of Brazilian geography. A science in the context of late capitalism (1925-1957) : erosion of literary values, temptation of action and systematization of the method


  • Résumé

    This thesis aims at investigating the emergence of a Brazilian school of Geography whose foundation was built by the French geographer Pierre Monbeig. His years studying at Sorbonne, his yeas spent in Brazil, and even the year in which he published his first contributions on this country (1925-1957) define the period in which Brazilian geography came to be, under his leadership; this was, at the same time, a material and a symbolic process. This research used a geohistory of knowledge that analyses the spheres of slowness, circulation, and ruptures to study a trajectory that is influenced by deep movements of the constitution of the sciences, as well as circumstances of the sciences that eclipse the long-lasting tendencies in the first half of the twentieth century. These long-lasting movements are characterized here as: erosion of literary values, which dominated French sciences in the end of the nineteenth century; temptation to action and engagement, in the form of a tendency towards a growing application of sciences; and a progressive clarification of the scientific method. In face of the situation and of Brazil-specific determinisms, the formation of the national State, the crises of oligarchies, and the advancement of late capitalism, the answers of a science in context of recovering its inheritances, but also of displacement, to these trends are singular and the transformations that Pierre Monbeig's geography goes through in this space are institutional, theoretical and temporally specific to that time. Thereby, Monbeig elaborates reasonings that, without denying latent heritage and tension, are direct results of understanding geographical processes of modernization and of the spacial logic of underdevelopment in territories in process of colonization, and by indirect results of a geographical theory adapted to the conditions of Brazilian capitalism, which we denominate a geohistory of the peripheral capitalism based on systemic reasoning. Finally, it is important to point out that these epistemological contributions were not announced as a break with the French geography the author adopts; they constitute, to the humanities, a critical source of information for Geography as it was developed in Brazil, which gets little recognition in historiographic debates.