Temps et espaces de la violence interne Revisiter les conflits kurdes en Turquie à l’échelle locale (du XIXe siècle à la guerre des années 1990)

par Adnan Çelik

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Hamit Bozarslan et de Michel Naepels.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales , en partenariat avec Paris, EHESS (établissement de préparation de la thèse) depuis le 10-10-2013 .


  • Résumé

    La présente thèse a pour objet les conflits intra-kurdes à travers le double prisme de l’échelle locale et de la longue durée. Elle part d’une interrogation sur la guerre entre le PKK et l’État turc durant laquelle certains habitants ont choisi de s’engager aux côtés de la guérilla, d’autres de collaborer avec l’État en devenant korucu, d’autres encore, très minoritaires, de s’engager dans l’organisation islamiste Hizbullah. Par l’étude comparatiste des localités de Lice, Kulp et Silvan (au nord-est de Diyarbakır) des années 1830 aux années 1990, elle vise à apporter un éclairage détaillé, situé, et ancré localement des phénomènes de déstructuration et restructuration qui ont affecté les Kurdes de Turquie. Son approche se situe à la croisée de l’histoire et de l’anthropologie, combinant l’étude des sources écrites et l’enquête ethnographique, notamment à travers la réalisation d’une centaine d’entretiens, effectués entre 2013 et 2017 principalement dans les villages et chefs-lieux des trois terrains étudiés. L’axe principal de la recherche vise à exposer comment les clivages et conflits intra-kurdes ont été influencés et déterminés à partir d’une série de facteurs (dynamiques locales, appartenances tribales, recompositions internes à certaines familles, effets de socialisation et de politisation etc.). Les nœuds et interactions entre les dynamiques conflictuelles internes aux sociétés kurdes et la manière dont les politiques du pouvoir central entrent en jeu dans ces configurations sont un des axes de réflexion privilégiés. La perspective mobilisée s’appuie largement sur les sources orales et s’efforce de produire une histoire commune ou connectée se démarquant des historiographies kurdo-centrées et/ou « sunno-centrées », en incluant les diverses communautés ethniques ou religieuses habitant ou ayant habité la région. Elle accorde une attention particulière aux histoires et mémoires « mineures », aux formes de résistance discrètes, ainsi qu’au au rôle de la construction et de la transmission de la mémoire dans la persistance ou dans la reconfiguration des conflictualités internes. Les résultats de cette recherche, attentifs aux phénomènes de temporalité et de subjectivité, permettent de mettre en lumière la variété des facteurs d’engagement et des loyautés impliquées dans les situations de violence opposant différents acteurs kurdes entre eux.

  • Titre traduit

    Times and spaces of internal violence Revisiting Kurdish conflict in Turkey at the local level (From nineteenth century to the years of war on the 1990s)


  • Résumé

    This dissertation explores the internal conflicts in Kurdish society from local context and long term perspectives. It departs from an interrogation on the war between the PKK and the Turkish state, during which some residents took sides with the guerillas, others chose to collaborate with the state by becoming korucu, yet a small portion of others got involved in the Islamist organisation Hizbullah. Through a comparative examination of the three localities Lice, Kulp and Silvan (in the north-east of Diyarbakir) from 1830s to 1990s, the present research aims at providing a detailed, situated, and locally anchored account of the phenomena of destructuration and restructuration that have affected the Kurds of Turkey. The approach adopted in the study is at the intersection of history and anthropology, combining the examination of the written sources and ethnographic survey, particularly through a series of interviews realised between 2013 and 2017 in the villages and main localities of the field of this study. The principal dimension of the research tries to clarify how the intra-Kurdish cleavages and conflicts were influenced and determined by a series of factors (local dynamics, tribal affiliation, internal recomposition in some families, the impact of socialisation and politicisation, etc.). Of great importance in the study are the interactions between the conflicting dynamics internal to Kurdish societies and the manner in which the politics of the central power step in to influence these configurations. The perspective adopted in the study relies largely on oral sources and tries to produce a shared or connected history, thus detaching itself from Kurdish-centred and/or “sunnite-centred” historiographies, by including diverse ethnic and religious communities living or having lived in the region. Special attention is devoted to “minor” histories and memories, in the form of secret resistance, as well as to the role of constructing and transmitting the memory in the persistence or reconfiguration of internal conflicts. The results of this research, sensitive to the phenomena related to temporality and subjectivity, help to clearly see the variety of factors in the involvement and loyalties that are influential in situations of violence with different Kurdish actors opposing each other.