Le corps, les média et les systèmes d'écriture dans la pensée de Friedrich Kittler.

par Frederique Vargoz

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Éric Dufour.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) , en partenariat avec Philosophie, Pratiques, Langages (laboratoire) depuis le 30-11-2013 .


  • Résumé

    Pour Friedrich Kittler, déjà avec la machine à écrire, l’écriture n’est plus rêvée comme l’expression d’un sujet ou comme trace d’un corps, mais comme le produit d’un système différentiel de signes, sélection faite à partir du stock dénombré et ordonné d’un clavier. Ce principe d’un codage en éléments discrets et combinables nous mènerait selon lui jusqu’à la machine de Turing, qui n’en serait que l’extrême simplification. La rupture entre les premières machines média-techniques et les média informatisés vient de la standardisation du traitement des données. Des média différents tels que la télévision, la radio, le téléphone et les envois postaux sont aujourd'hui codés sous une forme standardisée en bits. Ils arrivent dans les foyers sous forme de signaux de sorties qui peuvent transformer par l’intermédiaire d’un ordinateur un quelconque algorithme en effets de surface ( interfaces sonores, textuelles, ou visuelles), à « en faire perdre les sens aux utilisateurs ». A chaque époque, les média, qui désignent l'ensemble des techniques de stockage, transmission et traitement de l'information, informent non seulement les sensibilités et les corps, mais permettent aussi de modéliser le fonctionnement de ces corps, influençant ainsi les discours sur ces mêmes corps. Les médias signent-ils, comme l’affirme Kittler, l’avènement d’un «homme-machine », producteur et récepteur d’informations, décomposable par la physiologie et les techniques de communication ? A chaque époque, les médias et leurs usages obligent à redéfinir ce qu’est un auteur, un lecteur et un spectateur. La théorie des média de F. Kittler nous propose un nouveau matérialisme, organisé autour des dispositifs particuliers que sont les média, dont il va falloir identifier les différences spécifiques. Ce nouveau matérialisme naît d'une connaissance approfondie de et d'un débat permanent avec la philosophie française que l'on a pu appeler post-structuraliste (M. Foucault, J. Lacan, J. Derrida), relue dans une perspective média-technique. Les question du sujet, de l'auteur, auxquelles F. Kittler s'est confronté par sa lecture de la philosophie française sont donc abordées par lui dans une nouvelle perspective, et mon travail de recherche se propose d'étudier la spécificité de cette réception allemande de ce que l'on a pu nommer la "French theory". Nous nous interrogerons sur les caractéristiques de ce nouveau matérialisme, élaboré à travers le prisme d'une réception allemande de M. Foucault et J. Derrida.

  • Titre traduit

    The body, the media and the discourse networks in the works of Friedrich Kittler.


  • Résumé

    F. Kittler defines the media as all the technologies who select, store and product data and signals. His work focuses on the disruptions brought by the birth of the technological media (gramophone, film and typewriter), which puts an end to the monopoly of writing, which was the only medium describing and storing the reality. The typewriter already transformed the nature of writing, which is no more the expression of a subject or the print of a body, but a selection made from a stock of discrete signals on a keyboard. According to F. Kittler, this principle of the encoding in discrete elements would lead us from the typewriter until Turings machine and would transform reality into an encoded text, which has to be decoded, no more by readers, but by machines. At each era, the media modify the sensibilities and the bodies, but represent also a model to think and understand these bodies, influencing the way sciences and discurses are describing them. At each era we should also new define what a writer, an author or a reader are. Should we speak like F. Kittler of the birth of a subject machine ? Kittler's theory of media proposes a new materialism, which is organized around a group of particular devices which are called "media", and need to be precisely defined. This new materialism emerges from a thoroughly lecture of the french philosophers M. Foucault, J. Derrida et J. Lacan and we will study the specificity of the german reception of what has be called the "French theory". Should we read this new materialism at the light of the philosophical tradition of materialism ? What brings media theory and french post-structuralism to this tradition ?