La contribution de l'action normative des organisations internationales au développement des sources du droit international.

par Pierre Durand

Projet de thèse en Droit international

Sous la direction de Sébastien Touzé et de Andrea Hamann.


  • Résumé

    Les « sources du droit » ont plusieurs fonctions. Elles ont d’abord une fonction ontologique et fondamentale. Ce concept sert à définir ce qui entre dans la catégorie « droit » et donne un critère pour circonscrire cette catégorie. Elles ont également une fonction poïétique et normative. Elles proposent un outil pour comprendre comment les normes juridiques sont générées et comment elles développent leurs effets normatifs. Évidemment, la théorie classique des sources du droit international fondée sur le consentement étatique et dérivée de l’article 38 du Statut de la CIJ ne permet pas a priori de comprendre les normes produites par les organisations internationales. La doctrine internationaliste peut être distinguée entre une position formaliste qui insiste sur les procédés de formel de détermination de l’obligatoriété de la règle et une position prônant la « déformalisation » du droit international et insistant sur les effets des actes normatifs plutôt que sur leurs modes de formation. Suite à la reconnaissance de la personnalité juridique des organisations internationales, il est devenu nécessaire de reconnaître leur capacité de participer à la formation du droit international et de produire des normes. Toutefois, la capacité d’une OI d’adresser des actes de langages ayant pour but d’influencer le comportement de leurs destinataires prend des formes très diverses. En effet, l’étude de la production normative des OI montre que le lien originel entre le consentement de l’État à sa participation dans l’OI et la volonté exprimée par les organes de celle-ci de produire une norme peut se détendre au gré de la délégation de compétence à l’organisation. Ce projet de recherche tend à décrire et comprendre les différents moyens dont dispose l’OI pour exprimer une volonté propre de manière autonome d’adresser des normes à ses États membres ou à des tiers – États ou individus. L’argument principal tient dans le fait que cette capacité comprend deux réalités distinctes. D’une part, les produits normatifs des organisations internationales peuvent être signifiés via des obligations juridiques. Cette forme de « législation » est autonormative, lorsque l’OI agit en tant que sujet de l’ordre juridique international et utilise les sources de l’article 38. Elle est hétéronormative lorsqu’elle vise les États membres et se produit au moyen d’actes unilatéraux endogènes à son ordre juridique interne. D’autre part, la majorité des actes créés par les OI ne revêtent pas de caractère obligatoire. Bien qu’a priori juridiquement neutres, ils peuvent être compris comme accessoires de la normativité juridique. Ils peuvent en effet servir à l’interprétation d’obligations juridiques préexistantes. Surtout, ces actes normatifs non contraignants peuvent être effectifs de manière autonome.

  • Titre traduit

    The contribution of International Organisations’ Norm-Making to the development of the Sources of PIL


  • Résumé

    “Sources of law” have many functions. They first have an ontological and fundamental function. The concept helps define what enters in the category ‘law’ and give us criteria to circumscribe this category. They also have a poietic and normative function. They provide us with tools to understand how legal norms are generated and how they develop their normative effect. Obviously, the classical state consent-based theory of the sources of international, derived from the infamous art. 38 of the ICJ Statute does not coincide with all the norms that are produced by IOs. The contention is that the theories of the sources of international law can be categorized between the formalist theories that keep a formal understanding of what is law and the theories of “deformalisation” that aim at surpassing the formal character of legal acts and at studying the effect of normative products rather than their process of generation. Following the recognition of international organizations’ legal subjectivity, it became only necessary to recognize their ability to participate in international law-making in their own name . They therefore developed a capacity to produce norms. However, the capacity to address acts of language that aim at prompting their addressees to adopt a given behaviour takes many forms. Indeed, the study of IOs norms production shows that the link between the original will of a State to take part in the IO and the proper will of the IO to produce a norm may loosen, the more competences are recognized to the IO. This project aims at describing and understanding the many ways an IO may autonomously express a volonté propre to address norms to its member states or third parties – States or individuals. The main contention is that international organizations’ norm-making overlays two distinct realities. On the one hand, if the emphasis is put on processes of norm-generation, normative products of IOs may create new legal obligations. They are therefore legal acts that are part of the international legal order and that modify its content and structure. On the other hand, if the focus is shifted on the effect of the normative products of IOs, they may be regarded as legal facts since they do not create enforceable legal obligations on their own. The main contention is that international organizations’ norm-making overlays two distinct realities. On the one hand, normative products of IOs may create new legal obligations. This form of ‘legislation’ is autonormative when the IO acts as a subject of the international legal order and utilizes the sources enshrined in Art. 38. It is heteronormative when it is directed at Member States and happens through unilateral acts which are endogenous of its internal legal order. On the other hand, the majority of IOs’ normative acts do not possess obligatory character. Though they seem juridically neutral, they can be understood as an accessory of legal normativity. Indeed, they may be tools for the interpretation of pre-existing legal obligations. Above all, the non-binding normative acts may autonomously be effective.