Le sens des bêtes. Rhétoriques l'anthropomorphisme au XIXe siècle.

par Elisabeth Plas

Projet de thèse en Littératures française et francophone

Sous la direction de Paolo Tortonese.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherches sur les Poétiques du XIXe siècle (Paris) (laboratoire) et de Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) depuis le 25-09-2013 .


  • Résumé

    Ce travail propose de lire un moment de l’histoire littéraire française à travers le prisme de l’animal, et plus particulièrement de ses représentations anthropomorphes. À partir de la littérature et de la pensée du xixe siècle, il s’agit de complexifier une définition restrictive de la notion d’anthropomorphisme en réfléchissant au statut de l’animal dans l’imaginaire romantique. L’anthropomorphisme est traditionnellement considéré comme une perception du monde naïve et spontanée et cette tendance à douer les choses et les êtres d’émotions, d’intentions ou de réactions supposées propres aux hommes repose sur un raisonnement analogique qui est à l’origine de genres littéraires aussi universels que la fable ou d’autres types d’apologues, qui héritent de ce préjugé de simplicité : l’anthropomorphisme serait ce mode de représentation non réaliste, divertissant voire comique, qui n’instruit qu’au prix d’une distorsion de la réalité. Au xixe siècle émerge une nouvelle conception de l’animal, en rupture avec celle de l’âge classique. L’histoire naturelle et la pensée romantique découvrent des parentés profondes entre l’homme et l’animal, qui donnent à l’anthropomorphisme un fondement épistémologique et philosophique, mais aussi affectif et politique, puisque l’idée d’une continuité entre les vivants est l’un des piliers de l’argumentation républicaine en faveur de la protection, puis du droit des animaux, depuis la période révolutionnaire. À partir d’un corpus littéraire, philosophique et scientifique, et d’une attention à l’histoire des animaux, de leur statut et de leurs traitements, ce travail voudrait dresser un panorama des paradigmes analogiques par lesquels les hommes ont pensé leurs liens aux animaux dans la première moitié du xixe siècle. Cette période apparaîtra ainsi comme un moment important de la reconfiguration du symbolisme animal, qui invente une forme d’allégorie réaliste, conciliant souci de l’animal et confiance en l’analogie.


  • Résumé

    This work attempts to read a moment of French literary history through the lens of animals, and more specifically anthropomorphic representations of them. From the 19th literature and thought, it will put forward a less restrictive definition of the notion of anthropomorphism by considering the status of animals in the romantic imaginary. Anthropomorphism is traditionally perceived as a naïve and spontaneous perception of the world. This tendency to endow things and beings with emotions, intentions or reactions supposedly inherent to humans is based on an analogical thinking that underlies literary genres as universal as fables or other kinds of apologues, that are also seen as simple, as if anthropomorphism was only this non-realistic, entertaining and even comical, mode of representation, that educates only thanks to a distortion of reality. During the 19th century, a new conception of animals emerges, breaking with the classical era. Natural history and romantic philosophy discover deep similarities between men and animals, that provide anthropomorphism with an epistemological and philosophical basis, but also affective and political ones, since the idea of a continuity between the being is one of the pillars of republican thinking on animal protection and animal rights since the Revolution. Looking at literary, philosophical and scientific texts, but also at the history of animals, at their status and treatments, this work would like to provide an overview of analogical paradigms through which men have conceived their relationships with animals over the first half of the 19th century. This period will therefore appear as an important moment of the reconfiguration of animal symbolism, inventing a type of realistic allegory, combining the concern for animals and a faith in analogical thinking.