Rêve et errance, pour une expérience de l'espace interstitiel. Gysin, Hedayat, Al Koni, Volodine.

par Khalil Khalsi

Projet de thèse en Littératures française et francophone

Sous la direction de Xavier Garnier et de Simon Harel.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité en cotutelle avec l'Université de Montréal , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (Paris) (laboratoire) et de Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) depuis le 31-10-2013 .


  • Résumé

    « Rêver », de l’ancien français esver : « errer », désigne la capacité imaginative qui, par un libre échange avec la part inconsciente du sujet, fait errer ce dernier hors de la conscience. Pensée de l’intermédiaire, le rêve est considéré par divers champs de connaissance comme une interface d'individuation. Il devient consubstantiel à l’errance lorsque le rêveur, acceptant ce dialogue intérieur — et s’exilant hors de la conscience normative —, part à la recherche d’expériences intérieures, quasi-mystiques (Bachelard). Durant cet itinéraire gouverné par la « pulsion d’errance » (Maffesoli), le rêveur-errant ne s’arrête qu’à des « relais » (Deleuze & Guattari), à des stations spatiales et/ou mentales, territoires de l’expérimentation laquelle, déjouant les truismes et les évidences, réassemble les symboles du réel dominant afin d’en produire un discours alternatif. Mon hypothèse est que ces stations constituent des lieux imaginaux (Corbin), des « espaces interstitiels » (ou « interstitiums »), qui se créent entre les différents mondes que se représente le rêveur-errant, esquissant les possibilités autres du moi. De l’expérience de ces devenirs, le sujet se prend dans une fiction qui le questionne et tend à l'individuer en redéfinissant continuellement son rapport au monde. Mon support d’étude sera constitué de fictions restituant des récits de ce type d’expériences interstitielles : Poussière d’or d’Ibrahim Al Koni, The Process de Brion Gysin, La Chouette aveugle de Sadegh Hedayat et Le Port intérieur d’Antoine Volodine. À partir de ce corpus transculturel contemporain, mon objectif est de conceptualiser l’interstitium où le rêveur-errant puise un potentiel de métamorphose. Il s'agit d'un laboratoire où résonner avec une conscience autre, ainsi que l'entend l'école de Genève, notamment par la pensée indéterminée (Poulet). Je propose alors que, selon la logique modale, le rêveur-errant entre en contact avec une infinité de « je » et mondes possibles (Pavel, M.-L. Ryan). Pour ce faire, l’Image onirique est à étudier comme interface d’objectivation-subjectivation, à valeur prophétique (Bachelard, Simondon), et l’interstitium à considérer comme un espace mental où le sujet fait l’expérience de sa propre multiplicité, de quoi paradoxalement consolider son rapport au monde par une subjectivité traversante et transversale.


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