Perception et production des voyelles nasales du français par des hispanophones d'Espagne et de Colombie.

par David Alejandro Bustamante Arango

Thèse de doctorat en Phonétique, phonologie et sciences de la parole

Sous la direction de Pierre Hallé et de Claire Pillot-Loiseau.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Sciences du langage (Paris ; 2019-....) , en partenariat avec Laboratoire de phonétique et phonologie (Paris) (laboratoire) depuis le 13-11-2013 .


  • Résumé

    Cette thèse a pour objet la perception et la production des voyelles nasales du français par des apprenants du français hispanophones espagnols et colombiens. Dans six expériences de perception des voyelles orales et nasales françaises, nous testons ces deux populations d’hispanophones pour quatre niveaux de français : sujets n’ayant jamais étudié ou parlé le français (25 espagnols et 20 colombiens), et apprenants du français de trois niveaux (débutant, intermédiaire et avancé : 30 apprenants espagnols et 26 colombiens). Les résultats des expériences de discrimination sont interprétés dans le cadre du modèle PAM (Perceptual Assimilation Model). Pour les voyelles orales, les contrastes /e/-/i/, /y/-/i/, /ø/-/ɛ/ sont les mieux discriminés (TC, two categories assimilation), suivis par /ø/-/o/ puis /y/-/u/, avec un avantage des sujets espagnols sur les colombiens. Comme /y/ est massivement assimilé à /u/, le contraste /y/-/u/ est de type SC (single category assimilation) ou CG (category goodness assimilation), donc difficile ; comme /ø/ est assimilé soit à /e/ soit à /o/, voire /u/, le contraste /ø/-/o/ est un cas hybride, tantôt SC ou CG, tantôt TC, de difficulté intermédiaire. Le trait [+rounded] étant associé aux voyelles postérieures en espagnol, il se peut que les hispanophones interprètent /y/ et /ø/ comme des voyelles postérieures fermées. Les résultats de discrimination des contrastes nasale vs. orale “correspondante” (/a/-/ɑ̃/, /ɛ/-/ɛ̃/, /ɔ/-/ɔ̃/, /o/-/ɔ̃/) suggèrent que les sujets hispanophones sont tous sensibles à la présence/absence du trait nasal, mais des difficultés sont observées pour le contraste /o/-/ɔ̃/, où /ɔ̃/ est le plus souvent assimilé à /o/. La distance des pôles spectraux est par ailleurs la plus petite pour /o/-/ɔ̃/. Les résultats de l’expérience de discrimination des contrastes entre voyelles nasales montrent que les contrastes /ɛ̃/-/ɑ̃/ et /ɑ̃/-/ɔ̃/ sont les plus difficiles pour les apprenants hispanophones, notamment les Colombiens. Le contraste /ɛ̃/-/ɔ̃/ est le plus facile. Pour les Espagnols, le degré de difficulté est le même pour /ɛ̃/-/ɑ̃/ et /ɑ̃/-/ɔ̃/ ; pour les Colombiens, /ɑ̃/-/ɔ̃/ est plus difficile que /ɛ̃/-/ɑ̃/. Ces résultats sont prédits par les assimilations. Pour les deux groupes, /ɛ̃/ est systématiquement assimilé à /a/ et /ɔ̃/ à /o/, ce qui explique la bonne discrimination de /ɛ̃/-/ɔ̃/. Par contre, /ɑ̃/ est assimilé soit à /a/ soit à /o/, avec un net avantage pour /o/ chez les Colombiens expliquant l’asymétrie observée pour /ɛ̃/-/ɑ̃/ vs. /ɑ̃/-/ɔ̃/ entre Espagnols et Colombiens. Les résultats des expériences de catégorisation à choix forcé des voyelles nasales montrent que /ɛ̃/ et /ɑ̃/ sont les voyelles les plus difficiles à identifier et ce à un même degré de difficulté pour tous les apprenants hispanophones. En production, les résultats de la tâche de lecture des voyelles nasales montrent que les apprenants, surtout les Colombiens, produisent des voyelles plus longues que les Français. La proportion de nasalité est plus importante pour les natifs que pour les apprenants. La mesure formantique du début des voyelles nasales, considéré comme non nasalisé, permet d’observer une variabilité importante chez les apprenants pour /ɛ̃ / et /ɑ̃/ : la cible articulatoire sous-jacente de /ɛ̃/ serait plus proche de /ɛ/, et celle de /ɑ̃/, plus proche de /a/.

  • Titre traduit

    Perception and production of French nasal vowels by Spanish speakers from Spain and Colombia


  • Résumé

    This thesis focuses on the perception and production of French nasal vowels by Spanish and Colombian learners of French. In six perception experiments of French oral and nasal vowels, we tested these two populations of Spanish speakers at four levels of French: subjects who have never studied or spoken French (25 Spanish and 20 Colombian), and learners of French at three levels (beginner, intermediate and advanced: 30 Spanish and 26 Colombian learners). The results of the discrimination experiments are interpreted within the framework of PAM (Perceptual Assimilation Model). For oral vowels, the contrasts /e/-/i/, /y/-/i/, /ø/-/ɛ/ are best discriminated (TC, two categories assimilation), followed by /ø/-/o/ and then /y/-/u/, with an advantage of Spanish subjects over Colombians. As /y/ is massively assimilated to /u/, the /y/-/u/ contrast-type is SC (single category assimilation) or CG (category goodness assimilation), thus difficult; as /ø/ is assimilated to either /e/ or /o/, or even /u/, the /ø/-/o/ contrast is a hybrid case, sometimes SC or CG, sometimes TC, of intermediate difficulty. Because the [+rounded] feature is associated with posterior vowels in Spanish, Spanish speakers may interpret /y/ and /ø/ as closed posterior vowels. The discrimination data for the contrasts between nasal vowels and their oral “counterparts” (/a/-/ɑ̃/, /ɛ/-/ɛ̃/, /ɔ/-/ɔ̃/, /o/-/ɔ̃/) suggest that Spanish-speaking subjects are all sensitive to the presence/absence of the nasal feature but encounter difficulty for the /o/-/ɔ̃/ contrast, where /ɔ̃/ is most often assimilated to /o/. The distance between spectral poles is otherwise smallest for /o/-/ɔ̃/. The discrimination data for the contrasts between nasal vowels show that the /ɛ̃/-/ɑ̃/ and /ɑ̃/-/ɔ̃/ contrasts are the most difficult for Spanish-speaking learners, especially Colombians. For the Spanish speakers, the /ɛ̃/-/ɔ̃/ contrast is the easiest and the degree of difficulty is the same for /ɛ̃/-/ɑ̃/ and /ɑ̃/-/ɔ̃/; for Colombians, however, /ɑ̃/-/ɔ̃/ is more difficult than /ɛ̃/-/ɑ̃/. These results are predicted by the observed assimilations. For both groups, /ɛ̃/ is consistently assimilated to /a/ and /ɔ̃/ to /o/, which explains the good discrimination of /ɛ̃/-/ɔ̃/. On the other hand, /ɑ̃/ is assimilated to either /a/ or /o/ with a clear advantage for /o/ for Colombians, explaining the asymmetry observed for /ɛ̃/-/ɑ̃/ vs. /ɑ̃/-/ɔ̃/ between Spanish and Colombians. The results of the forced-choice categorization experiments of nasal vowels show that /ɛ̃/ and /ɑ̃/ are the most difficult vowels to identify, with the same degree of difficulty for all Spanish-speaking learners. In production, the results of the nasal vowel reading task show that learners, especially Colombians, produce longer vowels than French speakers. The proportion of nasality is greater for native speakers than for learners. Formant measurements at the onset of nasal vowels, assumed to be non-nasalized, suggest a large variability among learners for /ɛ̃/ and /ɑ̃/: the underlying articulatory target of /ɛ̃/ would be closer to /ɛ/, and that of /ɑ̃/, closer to /a/.