Avec ou sans équivalent : une analyse lexicométrique des anglicismes en corpus journalistique entre France métropolitaine et Québec de 2000 à 2015

par Cécile Planchon

Projet de thèse en Langue et linguistique anglaise

Sous la direction de Bruno Poncharal et de Jean Quirion.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité en cotutelle avec l'Université d'Ottawa , dans le cadre de École doctorale Études anglophones, germanophones, et européennes (2009-.... ; Paris) , en partenariat avec Langues, Textes, Arts et Cultures du Monde Anglophone (laboratoire) et de Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) depuis le 30-11-2013 .


  • Résumé

    Cette étude repose sur l’impact d’un changement de paradigme définitoire sur l’utilisation des anglicismes dans la presse écrite francophone. Construite autour d’une opposition entre anglicismes en général et anglicismes avec équivalent en français, elle analyse en diachronie (2000-2015) les différences rencontrées selon le contexte sociolinguistique (France-Québec) et la nature (« de référence » ou « populaire ») du journal. Elle tente de contribuer à la recherche sous trois aspects différents : (1) Tout d’abord, nous avons suivi les conseils de Humbley (2010) qui appelait à une mise à jour des études comparatives de corpus sur les anglicismes car « peu de langues ont connu une politique linguistique aussi déterminée à l’encontre des anglicismes que le français » (2010 : 1) et que « les changements intervenus au niveau de l’usage de l’anglais […] sont de nature d’avoir des répercussions directes sur la langue elle-même » (2010 : 2). Ainsi, nous avons travaillé à partir d’un corpus formé de toutes les publications de quatre journaux français et québécois sur une période de quinze ans (2000-2015) afin de pouvoir observer le phénomène en diatopie et en diachronie. (2) Notre étude est la seule à illustrer, au sein d’un même travail, l’impact qu’un changement de définition peut avoir sur la fréquence d’utilisation et la spécificité géographique. Nous montrons ainsi, grâce à une étude en deux étapes, que notre analyse centrée uniquement sur les anglicismes pour lesquels il existe un équivalent en français (qualifiés d’« inutiles » par Forest et Boudreau 1998, de « fautifs » par De Villers 2009) enregistre une réduction drastique de la fréquence d’utilisation par rapport à notre analyse englobant tous les anglicismes et met à jour des différences de traitement de l’anglicisme selon la région. Elle permet également de mettre en exergue le fait que près de deux anglicismes sur trois relevés dans un corpus n’ont pas d’équivalent en français et sont donc inévitables. (3) Notre recherche est, à notre connaissance, l’une des pionnières dans l’analyse comparative basée sur la nature des journaux. Nous avons pour cela sélectionné un journal de « référence » et un autre plus « populaire » pour chacune de nos deux zones géographiques. Pour répondre à nos questions de recherche, nous avons constitué un corpus qui est, à notre connaissance, l’un des plus riches jamais utilisé pour une étude sur les anglicismes. Fort de plus de 330 millions de mots, il regroupe les publications de 2000 à 2015 de quatre quotidiens différents: Le Monde et Le Parisien pour la France, Le Devoir et La Presse pour le Québec. De plus, la liste témoin que nous avons utilisée regroupe 5416 anglicismes que nous avons relevés dans quatre dictionnaires généraux (Le Petit Robert 2016 et Le Multidictionnaire de la langue française-5e édition 2015) et spécialisés (Le Dictionnaire des anglicismes de Höfler et Le Colpron, dictionnaire des anglicismes-4e édition) de France et du Québec, et surpasse très largement les travaux précédents afin de présenter une vision d’ensemble plus poussée que d’ordinaire. Premièrement, les résultats que nous obtenons montrent qu’en général, la fréquence d’utilisation est très faible (0,72% pour tous les anglicismes ; 0,28% pour les anglicismes avec équivalents) que ce soit en France ou au Québec, ce qui est plutôt conforme aux conclusions des études précédentes. Il y a cependant des nuances en termes de tendance sur quinze ans. Nous observons que le taux d’anglicisme est deux fois et demi plus faible selon que l’on considère qu’un anglicisme doit avoir un équivalent ou non. Cela montre que la définition du concept d’« anglicisme » a un impact incontestable sur la fréquence affichée. Deuxièmement, nous observons une évolution à la baisse pour les journaux du Québec, Le Devoir en tête et particulièrement pour les anglicismes avec équivalents, alors qu’elle est en hausse en France, surtout pour Le Parisien. Troisièmement, nous montrons qu’il existe une différence au niveau de la nature du journal en France et au Québec, mais particulièrement avec Le Parisien qui utilise de loin le plus d’anglicismes, notamment ceux avec équivalents.

  • Titre traduit

    With or without equivalents : A lexicometric analysis of anglicisms in the written press between France and Quebec, from 2000 to 2015.


  • Résumé

    This study addresses the impact of a definition paradigm shift on the use of anglicisms in the French-speaking written press. Built around a diachronic analysis (2000-2015) of the differences linked to the sociolinguistic context (France vs Quebec) and the nature of the newspaper (“of record” vs “popular”), it aims at contributing to the literature though three different aspects: (1) First, we followed Humbley (2010)’s advice which called for an update of comparative corpus studies on anglicisms because “very few languages have experienced a more anglicism-oriented language policy than French” (2010: 1) and because “changes related to the usage of English […] were inherently bound to directly impact the language itself” (2010: 2). Aiming at observing the phenomena in diatopy and diachrony, we decided to work with a corpus made up of all the articles published by four newspapers from France and Quebec over a period of 15 years (2000-2015). (2) Our study is the only one to highlight the impact that a change in the definition of “English borrowing” can have on the frequency of usage and geographical specificity. Through an opposition with/without French equivalents, we show that our second analysis – focused only on anglicisms for which French provides an equivalent (those Forest & Boudreau (1998) consider “useless” or “erroneous” (de Villers, 2009) – reveals a drastic drop in the usage frequency compared to the first analysis based on all anglicisms. It unveils differences in terms of anglicism usage according to the geographical area and proves that, out of three anglicisms that are extracted in our corpus, two have no equivalent in French and are de facto unavoidable. (3) Our research is, to our knowledge, one of the first in comparative study to use the nature of newspapers as a variable. We selected a newspaper “of record” and a newspaper more “popular” for each of our two geographical areas. To answer our research questions, we built one of the largest corpora ever used for a study on anglicisms. With more than 330 million words, it gathers all the articles published by four different newspapers for the years 2000, 2005, 2010 and 2015: Le Monde and Le Parisien for France, and Le Devoir and La Presse for Quebec. We also built a list of keywords composed of 5416 anglicisms listed in two general dictionaries (Le Petit Robert 2016 and Le Multidictionnaire de la langue française-5th edition 2015) and two specialized dictionaries (Höfler’s Dictionnaire des anglicismes-1982 and Le Colpron, dictionnaire des anglicismes-4th edition). By going far beyond what previous studies have done, it offers a much more advanced overview than usual. First, our results show that the usage frequency is generally very low (0.72% for all anglicisms; 0.28% for anglicisms with equivalents only) both in France and Quebec, which is consistent with the findings of previous studies. However, we find nuances in terms of trend over 15 years. We show that the frequency rate for anglicisms with equivalents is 2.5 times lower than the frequency rate for all anglicisms. This proves that the definition of the very concept of “anglicism” directly influences the frequency of usage. Second, we observe that results for Quebec newspapers –especially for Le Devoir, and when anglicisms with equivalents are concerned – are slowly decreasing over time whereas they increase for the two French newspapers, mainly for Le Parisien. Third, we show that the nature of the newspaper plays a role, both in France and Quebec, but especially in Le Parisien which uses far more anglicisms that the other three, and especially when it comes to anglicisms with equivalents.