Réseaux socionumériques et dispositifs mitoyens : managérialisme et quantophrénies sociales, de la gestion de l'individualité à sa capitalisation.

par Florent Botella

Projet de thèse en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Franck Rebillard.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec Communication, information, médias (Paris) (laboratoire) depuis le 23-11-2013 .


  • Résumé

    Ce travail de recherche entend s'inscrire dans une démarche d'analyse de l'implantation sociale et idéologique des médias socionumériques, depuis les différentes logiques (sociales, culturelles, politiques, économiques) qu'ils ont initialement épousées, jusqu'à leur éventuelle intervention dans le déplacement, le déclin, ou – au contraire – le renforcement de certaines de ces logiques. La thèse défendue ici réside dans l'idée que si l'on entend par révolution une transformation radicale de l'ordre social, moral et économique, via une évolution profonde des idées, pratiques, opinions, des courants scientifiques et des inventions, si l'on admet qu'une certaine branche du libéralisme, ainsi que le capitalisme, adossés à l'idée d'une « société de l'information », sont les principales logiques occupant actuellement une position hégémonique au sein des sociétés dites « occidentales » (ce qui signifie, en substance, que les représentations du monde afférentes à ces logiques sont davantage diffusées, partagées et donc éventuellement admises que celles des logiques concurrentes), alors il devient possible de déconstruire la rhétorique révolutionnaire développée par les médias socionumériques ainsi que de nombreux discours médiatiques, politiques et intellectuels qui les accompagnent, et d'affirmer qu'ils concourent même plutôt à la reproduction des groupes sociaux en position hégémonique et de leur répertoire de représentations du monde. Dès lors que l'on prend note des déplacements hégémoniques amorcés au début des années 1970 et de leur prise de consistance progressive dans les décennies suivantes (néolibéralisme, « nouvel esprit du capitalisme », « société de l'information ») et que l'on renonce à une version datée et donc partiellement incorrecte (à tout le moins dans les sociétés occidentales) de l'hégémonie – reposant davantage sur les institutions, des rôles sociaux stables et hérités, une économie relativement programmée, un travail standardisé, etc. – l'inscription des médias socionumériques au sein d'une rhétorique essentiellement hégémonique devient pleinement démontrable : - dans la panoplie d'appuis pragmatiques et de ressources pour l'action suggérés par les fonctionnalités de ces dispositifs lorsqu'ils viennent équiper des pratiques sociales et potentiellement y injecter leurs propres logiques (matière sociale morcelée en variables numériques à gérer, accroître et capitaliser pour une meilleure « expérience », par exemple) - dans l'ensemble des représentations diffusées ou actualisées intensivement auprès des usagers, via les para-interfaces et les affordances, et qui dessinent un social et des individus largement marqués du sceau de l'acception hégémonique (social psychologisé, débarrassé de ses déterminants, simple produit d'interactions communicationnelles, individus mus par une démarche rationnelle en finalité, maximisant leur utilité dans chaque action, homo œconomicus) - dans la reconfiguration de la sphère publique et de ses codes (et donc potentiellement des trajectoires sociales et politiques des idées), induite par l'émergence de ces nouveaux acteurs, dès lors que les discours et les espaces de médiation qu'ils proposent sont constitués en ressources informationnelles et communicationnelles par une part significative de la population* (nouvelles figures de l'autorité, nouveaux critères de jugement, transformation de l' « ordre du visible » et du « médiatiquement recevable »).


  • Pas de résumé disponible.