Le droit face à l'art corporel : du corps comme oeuvre d'art

par Ophélie Wang

Thèse de doctorat en Droit public

Sous la direction de Michel Vivant.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2013 .


  • Résumé

    Le corps humain est souvent utilisé dans l’art contemporain sans la médiation de la représentation : sous forme de performances, d’installations utilisant des éléments ou produits du corps, etc. Ces nouvelles pratiques artistiques déstabilisent les règles de droit et les catégories juridiques établies. D’une part, la création des œuvres d’art corporel se heurte à la protection juridique du corps humain. Si la création d’œuvres d’art corporel repose sur une large liberté de fait lorsque l’artiste utilise son propre corps, cette liberté est susceptible d’être restreinte dès lors qu’intervient le corps d’autrui (modèle ou interprète) ou la présence d’un public. De plus, la notion de liberté de création artistique ne permet pas, ni ne devrait permettre, de ménager un espace de liberté exceptionnelle du fait de la finalité artistique de pratiques corporelles dangereuses ou interdites. L’art corporel interroge ainsi le statut du corps à l’aune du caractère artistique de ces pratiques. D’autre part, le produit du processus de création, l’œuvre d’art corporel, est un objet ambigu qui se situe entre chose et personne. Du fait de son caractère incarné, l’œuvre d’art corporel est imparfaitement protégée par le droit d’auteur et se heurte à des difficultés pour circuler sur le marché de l’art. Elle peut certes être finalement réintégrée à ce marché par des stratégies qui permettent de séparer l’œuvre du corps de l’artiste ou de l’interprète (photographie, reconstitution). Toutefois elle nous invite aussi à interroger de façon plus large la notion juridique d’auteur, voire celle de sujet, pour mieux y intégrer une dimension corporelle.

  • Titre traduit

    Law and Body Art : the Body as a Work of Art


  • Résumé

    The human body is often used in contemporary art without the mediation of representation such as in the form of performances, installations using bodily elements or products, etc. These new artistic practices can destabilise legal rules and categories. Firstly, the creation of works of body art is faced with the legal protection of the human body. If the creation of body art is based on a broad de facto freedom when the artist uses his or her own body, this freedom is likely to be restricted when another body is involved (model or performer) or when an audience is present. In addition, freedom of artistic creation does not, and should not, allow for a space of freedom as an exception because of the artistic purpose of dangerous or prohibited bodily practices. Body art thus questions the status of the body in relation with the artistic nature of these practices. Secondly, as a product of the creative process, the body art work is an ambiguous object that stands between object and subject. Due to its embodied nature, it is imperfectly protected by copyright and faces difficulties regarding its circulation on the art market. It can admittedly be reintegrated into this market through strategies that make it possible to separate the work from the body of the artist or performer (photography, re-enactment). However, in a broader way, it also invites us to question the legal notion of authorship, or even that of the subject, in order to better take into account their bodily dimension.