De la cuisine à l'offrande : symboliques alimentaires en Méso-Amérique (1200 av J.-C.-1521 ap. J.-C.)

par Pauline Mancina

Projet de thèse en Histoire de l'Art et Archéologie

Sous la direction de Christian Duverger.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale Histoire de l’art et archéologie (1992-.... ; Paris) depuis le 28-11-2013 .


  • Résumé

    Parmi les traits culturels communs à l’ensemble de la Méso-Amérique, un nombre important concerne l’alimentation et les techniques qui lui sont associées. Souvent considérée comme une activité domestique triviale, elle est néanmoins un témoignage des changements économiques, politiques, sociaux et culturels. La cuisine contribue à fonder l’identité des peuples : en effet, le passage d’un aliment à une préparation culinaire est marqué par une transformation dont les tenants sont propres à chaque culture. C’est par le filtre de la réflexion humaine que sont conçus les plats, de la tortilla quotidienne au tamal des fêtes religieuses. La Méso-Amérique étant une vaste aire culturelle qui couvre en partie ou complètement sept pays sur plus de 2700 ans, son étendue chronologique et géographique nous invite à nous poser les questions suivantes. Existe-t-il d’autres caractéristiques relatives à l'alimentation que celles énoncées par Kirchhoff dans sa définition de la Méso-Amérique ? Peut-on distinguer des groupes culinaires spécifiques à une culture ou à une région ? Si les coutumes alimentaires tant quotidiennes que festives nous sont parvenues, c’est grâce aux travaux des hommes d’Eglise envoyés en Nouvelle Espagne pendant la Conquête (1519-1521), et en particulier ceux de Bernardino de Sahagún. Ses chroniques décrivent avec précision les différents plats consommés ainsi que les circonstances auxquelles ils sont associés. A la lumière de ses explications concernant la pensée aztèque, le discours symbolique contenu dans les pratiques culinaires est apparu comme évident ; c’est pourquoi il a fait l’objet de notre mémoire de Master. Pour ce travail de thèse, nous avons souhaité continuer d’explorer cet axe de recherche mais à plus grande échelle, en étendant le déchiffrage des concepts portés par les actes culinaires à toutes les cultures de Méso-Amérique. Nous tenterons de dégager l’idéologie véhiculée à travers ces usages en s’appuyant notamment sur les données archéologiques, puisque les chroniques ne peuvent nous éclairer, avec une relative certitude, que sur la fin de l’époque V (1300-1519). L’intérêt de l’amplitude du cadre d’étude est de comprendre l’évolution des concepts à travers la cuisine : observe-t-on une continuité géographique, chronologique ou culturelle dans la sémantique alimentaire ? Peut-on mettre en évidence des ruptures ? Si l’anthropologie de l’alimentation a majoritairement pris pour objet d’étude l’Afrique, l’Europe et l’Asie, elle s'est penchée tardivement sur le continent américain mais encore de manière insuffisante pour la période préhispanique. De nouvelles études ethnologiques voient le jour et tentent de pallier ce manque d’informations. D’autre part, nous souhaiterions aborder l’archéologie de la cuisine afin de rassembler, synthétiser et analyser les nombreuses données archéologiques, anthropologiques, zoologiques et botaniques qui n’ont pas été mises à profit dans ce domaine. Il serait également utile de confronter les méthodes d’analyses archéométriques afin de déterminer leur efficacité et leur pertinence en fonction du matériel et du contexte. Associer les approches archéologique et anthropologique semble essentiel pour avoir une meilleure compréhension de la pensée préhispanique par le biais d’une nouvelle fenêtre d’observation. La cuisine, comme l’a démontré Lévi-Strauss, constitue un langage à part entière à ne pas négliger.

  • Titre traduit

    From cooking to offering : food symbolism in Mesoamerica (1200 B.C. – 1521 A.D.)


  • Résumé

    Among the cultural features shared by the whole Mesoamerica, an important number of them concerns food and the techniques relative to it. Often considered as a trivial household activity, it is nevertheless a testimony to economical, political, social and cultural changes. Peoples’ identity was partly grounded on cooking. Indeed, the transition from raw food to culinary dishes is marked by a processing proper to every single culture. Human thinking filter determines meals conception, from the daily tortilla to the religious feasts tamal. Mesoamerica is a wide cultural area covering partly or completely seven countries for more than 2700 years. Its chronological and geographic extent makes inquire into theses following issues : the existence of other cultural features regarding food than those enumerated by Kirchhoff in his definition of Mesoamerica; a possibility to distinguish culinary clusters specific to a culture or a region. Data about every day and festive food customs got to us thanks to works of churchmen sent to New Spain during the Conquest (1519-1521), and especially to those of Bernardino de Sahagún. His chronicles thoroughly describe the array of eaten dishes as well as related circumstances. In the light of his explanations about Aztec thought, the existence of symbolism in culinary practices turned obvious; that’s why I chose this topic for my Master Degree work. For doctoral thesis, I wish to continue exploring this line of research but on a larger scale. I envisage extending the deciphering of concepts carried by culinary acts to all the cultures of Mesoamerica and I would try to highlight the ideology conveyed by these uses. Through the chronicles are able to enlighten us about late period V (1300-1519) only and with a relative certainty, we need archaeological data to investigate the first four periods. We also need them to confirm the information coming from written sources dated 16th century. The interest of the amplitude of the study framework is to understand the evolution of the concepts by the means of cooking. I wonder if is a geographic, chronological or cultural continuity can be detected in food semantic, as well as any eventual ruptures and the reasons of the later. Anthropology of food used to focus its research on Africa, Europe and Asia. Lately it has started looking into the situation of the American continent. Nevertheless it appears that the prehispanic period remains not explored enough. New ethnological studies see the day and attempt to cover lack of information. On the other hand, I would broach archaeology of cooking in order to gather, summarize and analyse numerous archaeological, anthropological, zoological and botanical data, which haven’t been work out yet on in this field. It would also be useful to compare the maximum of archaeometrical methods to determine their efficiency and their pertinence in accordance with material culture remains and stratigraphic context. Maching archaeological and anthropological approaches seems to be essential to have a better comprehension of prehispanic thought through a new point of observation. Cooking, as Levi-Strauss stated, is a language in its own right not to be ignored.