Ordre et liberté : être conservateur face à la question sociale et à la montée de l'Etat moderne, en France et aux Etats-Unis, années 1890-Première Guerre mondiale

par Charles Lenoir

Thèse de doctorat en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Pap NDiaye et de Nicolas Roussellier.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2013 .


  • Résumé

    La période qui s’étend des années 1890 jusqu’à la Première Guerre mondiale est le moment où se développe un conservatisme social qui vise à préserver les fondements de l’ordre économique et social issu de la révolution industrielle. Ce conservatisme social se caractérise par une vision alternative de la réforme reposant sur l’initiative privée et la responsabilisation de l’individu. Cela s’explique par une réticence, voire une hostilité, à l’égard de l’interventionnisme d’État vu comme une porte ouverte au socialisme, force montante de la fin du XIXe siècle. Ce courant de pensée à l’origine du conservatisme moderne entraîne la convergence idéologique entre conservateurs et libéraux sur la base de la défense d’un ordre libéral dont les institutions et l’organisation sociale sont légitimés par l’histoire. Cela est particulièrement visible en France et aux États-Unis où, en dépit de l’absence d’un parti conservateur, un rapprochement idéologique s’effectue entre des forces divisées par les clivages politiques traditionnels : gauche et droite du côté français et Républicains et Démocrates du côté américain. Cependant, cette convergence sur le plan des idées n’entraîne pas systématiquement la disparition des clivages en question. Le recours à l’histoire comparée entre ces deux pays permet de mettre à jour un conservatisme social partagé de part et d’autre de l’Atlantique, sans toutefois occulter les spécificités nationales. Cette démarche remet en cause la lecture d’une histoire politique trop souvent étudiée en vertu d’une forme d’exceptionnalisme et non dans l’idée d’une confrontation à des transformations communes de l’ordre économique et social dans l’espace atlantique.

  • Titre traduit

    Order and Liberty. Being conservative on the social question and the rise of the modern state in France and the United States, 1890s-First World War


  • Résumé

    The period from the 1890s to the First World War was the time when a social conservatism emerged and aimed at preserving the foundations of the economic and social order resulting from the industrial revolution. This social conservatism was characterized by an alternative vision of reform based on private initiative and the empowerment of the individual. This was due to a reluctance, even hostility, towards state interventionism seen as an open door to socialism which was a rising force at the end of the 19th century. This conservative thinking movement was at the origin of modern conservatism and led to the ideological convergence between conservatives and liberals. It was based on the defense of a liberal order whose institutions and social organization were legitimized by history. This is particularly obvious in both France and the United States where a conservative party was absent, but an ideological rapprochement took place between forces divided by traditional political cleavages: left and right on the French side and Republicans and Democrats on the American side. However, this ideological convergence did not systematically lead to the disappearance of these cleavages. The use of comparative history between these two countries reveals a shared social conservatism on both sides of the Atlantic, even if national specificities did not evaporate. This approach challenges the reading of a political history too often studied in both countries as a form of exceptionalism and not as a confrontation with common transformations of the economic and social order in the Atlantic area.