Sciences sociales et politiques publiques: les dispositifs de lutte contre les sectes en France Histoire et sociologie d'une ingénierie de gouvernement

par Laure Gicquel

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Olivier Ihl.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de Sciences de l'homme, du Politique et du Territoire , en partenariat avec Pacte, Laboratoire des sciences sociales (laboratoire) et de Sciences Po Recherche (equipe de recherche) depuis le 01-10-2012 .


  • Résumé

    En France, le phénomène sectaire est, depuis les années 1970, période durant laquelle la notion de secte a pris sa connotation péjorative, un objet de politiques publiques controversé. En effet, suite à la fondation et la mobilisation d'associations anti-sectes, conjointement avec le déclenchement de plusieurs scandales concernant les sectes, en 1982, le Premier Ministre charge le député Alain Vivien de l'étude des «problèmes posés par le développement des sectes religieuses(…) [afin de] proposer des mesures propres à garantir la liberté d'association au sein de ces sectes tout en préservant les libertés de l'individu». Le but de ce travail est donc d'étudier l'institutionnalisation de la lutte contre les sectes à partir de cette période, en effectuant tout d'abord une recherche approfondie sur la naissance et le développement des dispositifs, mesures législatives et manifestations associatives liés à celle-ci, ainsi que sur le processus de mise à l'agenda du problème sectaire. Parallèlement à cette étude, nous souhaitons mener une recherche sociologique comparée sur la composition des mouvements associatifs en région Rhône-Alpes impliqués dans cette lutte et sur leur composition actuelle. Dans un deuxième temps, l'analyse de l'action des commissions parlementaires sur les sectes depuis 1995, de la MILS puis de la MIVILUDES, ainsi que des décisions de justice rendues à l'encontre des sectes, notamment autour de l'affaire Vuarnet en 1995, permettra de mettre en évidence les diverses influences théoriques et politiques auxquelles elles sont sujettes ainsi que les évolutions possibles de leurs missions. Enfin, dans un troisième temps, une étude de l'impact des politiques publiques mises en place sur les mouvements ciblés, à travers des entretiens au sein de ceux-ci, permettra de définir l'efficience des différentes mesures prises. En liant une étude de l'action publique à une recherche sur le monde associatif autour de la question des sectes, l'idée de ce travail est d'abord d'examiner la construction des politiques publiques et l'institutionnalisation autour d'un problème sectaire constitué récemment, aux frontières floues, en mettant en exergue les sciences de gouvernement qui jouent un rôle majeur dans cette construction. En effet, l'expertise scientifique, fer de lance des commissions sur les sectes, permet d'orienter et de justifier l'action publique de lutte contre les sectes. L'analyse de ce processus serait ensuite associé à une définition des enjeux sociaux liés à l'action des associations à l'origine de la mise en évidence du problème, pour permettre d'adapter l'action institutionnelle à l'évolution des sectes. La problématique de cette thèse est donc la suivante : De quelle manière, et sous l'impulsion de quels acteurs sont nées les politiques publiques anti-sectes ? De quelle manière se développent-elles aujourd'hui, quels enjeux et objectifs sont liés à ce développement ?

  • Titre traduit

    Social Sciences and Public Policy : the Cult Vigilance Plan in France History and Sociology of a Government Engineering


  • Résumé

    From the 1970s and the emergence of large new religious movements, often labeled as cults, and the creation of political mechanisms in France to answer the demands of anti-cult associations, to the current situation around the subject of jihad and deradicalisation, the anti-cult policy has undergone many changes. This thesis describes the creation and the renewal of the anti-cult policy, through a public policy analysis based mainly on interviews with the members of the anti-cult movements but also with members of religious groups formerly labeled as cults.