Attractivité cognitive des fake news et contre-argumentation.

par Sacha Yesilaltay

Projet de thèse en Sciences cognitives

Sous la direction de Hugo Mercier.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de Cerveau, cognition, comportement , en partenariat avec Institut Jean-Nicod (Paris) (laboratoire) et de Ecole normale supérieure (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-09-2018 .


  • Résumé

    La prolifération des informations fausses sur la toile menace le bon fonctionnement de notre système démocratique (comme la désinformation lors de la campagne présidentielle américaine) et présente des risques sanitaires (la montée du mouvement anti-vaccins) et écologiques nouveaux (le dénie du réchauffement climatique). Deux axes de recherche sont envisagés lors de la thèse dans le but de mieux comprendre ce phénomène et le contenir. Le premier est théorique et consiste à étudier les déterminants cognitifs qui facilitent la diffusion des fake news en s'intéressant à la nature de ces informations et aux dispositions cognitives facilitant leur diffusion. Le second axe est quant à lui plus appliqué, en ce qu'il consiste à concevoir des méthodes de révision de croyance utilisables sur internet en développant un système de génération automatique de contre-arguments. L'adhésion à des croyances fausses s'explique communément par une crédulité débridée. Toutefois, cette explication n'est pas confirmée par les données expérimentales, c'est pourquoi nous lui préférons une alternative plus parcimonieuse : celle de l'attractivité cognitive. Des études récentes montrent qu'une information peut se trouver massivement transmise au sein d'une population, sans pour autant que les personnes la tiennent pour vraie. De nombreux facteurs, liés aux propriétés intrinsèques d'une information, peuvent souvent suffire à lui conférer une « attractivité » importante. La littérature sur la transmission culturelle —inspirée de la théorie de l'attraction culturelle de Sperber— a ainsi mis en évidence que les informations négatives, dégoutantes, ou menaçantes, sont mieux mémorisées et plus susceptibles transmises que les autres. Notre intention est d'évaluer la contribution de ces biais de transmission à la transmission des fake news à l'aide d'études expérimentales pour mesurer l'envie de transmettre, la plausibilité, ainsi que la mémorabilité estimée de plusieurs fake news. Les résultats obtenus aux tâches de mémorisation seront utilisés pour construire des chaînes de transmission d'informations, dont la recherche récente a montré qu'elles étaient particulièrement bien adaptées à la modélisation de la transmission de l'information, et aux transformations qu'elle y subit. Contrer les fake news et autres idées délétères demande souvent de substituer des idées contre-intuitives mais vraies à ces idées fausses mais souvent intuitives. Le problème, dès lors, devient de dépasser l'obstacle créé par le caractère contre-intuitif des idées pour favoriser l'acceptation par ex. de faits scientifiques. Une solution prometteuse consiste à mobiliser les capacités de raisonnement des personnes dans un contexte dialogique. Il est solidement établi aujourd'hui que les individus sont de piètres raisonneurs solitaires. En revanche, la possibilité de confronter ses intuitions et ses arguments à des interlocuteurs sceptiques en contexte de discussion de groupe augmente considérablement leurs performances dans diverses tâches comme la résolution de problèmes logiques, la prise de décisions de justice, ou encore l'élaboration de jugements à propos de la vaccination. A contrario, l'exercice des facultés de raisonnement sur la toile se fait dans un certain isolement dans la mesure où les arguments produits ne sont que rarement contrecarrés par la production d'arguments en provenance d'un contradicteur. Un manque de feedback fortement problématique, puisqu'il entretient notre tendance naturelle à nous comporter comme les avocats de nos conclusions, et qui nous empêche de tirer parti de la vigilance épistémique de nos pairs qui nous motive à produire des arguments de meilleure qualité. Dans ce contexte, notre but est de reconstituer artificiellement le cadre dialogique et argumentatif pour lequel nos facultés de raisonnement sont naturellement calibrées, afin d'inciter les internautes à surmonter leurs intuitions fausses, et faciliter leur orientation vers des positions mieux justifiées. Le protocole expérimental se déroulerait en 3 temps : (i) construction d'une base de données regroupant un ensemble d'arguments et de contre-arguments, (ii) évaluation de leur pouvoir de conviction par des juges indépendants, puis (iii) mesure de leur impact sur les opinions des participants dans un contexte interactionnel, mesuré par la différence entre une position initiale et une position finale, post-argumentation.

  • Titre traduit

    Cognitive attractivity of fake news and counter-argumentation.


  • Résumé

    The thesis will be a practical application of the argumentative theory of reasoning to the problems raised by the spread of fake news. We will investigate the cognitive mechanisms that underlie the transmission of false information and their evaluation. In parallel, the efficiency of counter-argumentation will be tested so as to change people false beliefs.