La théorie des pratiques sociales en alimentation : adaptation théorique et études de cas des approvisionnements et préparations de repas à Dijon et Oslo
| Auteur / Autrice : | Jean-Loup Lecoeur |
| Direction : | Claude Compagnone, Virginie Amilien, Matthieu Duboys de Labarre |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie, démographie |
| Date : | Soutenance le 21/06/2024 |
| Etablissement(s) : | Bourgogne Franche-Comté |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Droit, Gestion, Economie et Politique (Dijon ; Besançon ; 2017-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | établissement de préparation : L'Institut Agro Dijon (2022-....) - Université de Bourgogne (1970-2024) |
| Laboratoire : Institut national de la recherche agronomique (France). Centre d'économie et sociologie appliquées à l'agriculture et aux espaces ruraux (Dijon) | |
| Jury : | Président / Présidente : Franck Cochoy |
| Examinateurs / Examinatrices : Claude Compagnone, Virginie Amilien, Matthieu Duboys de Labarre, Chantal Crenn, Isabelle Darmon, Marie-Pierre Julien | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Chantal Crenn, Isabelle Darmon | |
| DOI : | 10.70675/e02fa390z0d03z480bz824ezd80bb82b3c32 |
Mots clés
Résumé
Cette thèse porte sur les pratiques alimentaires (approvisionnement, préparation des repas, repas), et vise à rendre compte de leur dynamique. Elle s’inscrit dans la continuité de la théorie des pratiques sociales (Social Practice Theory, SPT), cherchant à la fois à la compléter pour l’adapter à l’étude de l’activité alimentaire et à l’amender concernant certaines de ses limites.L’étude se base sur deux terrains : à Oslo (Norvège) et Dijon (France), où respectivement neuf individus/ménages ont été recrutés dans des lieux qui laissent penser qu’ils sont plutôt sensibles aux questions environnementales (marché, magasin bio). La méthodologie comprend trois phases de travail dans chaque pays, durant lesquelles j’ai réalisé avec chaque enquêté un entretien semi-directif et des observations participantes en faisant des courses, de la cuisine et des repas. Ces deux terrains permettent de contraster les contextes culturels, économiques et urbains dans lesquels sont pris les individus, et ainsi de mettre en lumière les facteurs qui conditionnent les pratiques alimentaires.La première partie discute des différentes approches mobilisées. Le cœur théorique de la thèse est la théorie des pratiques sociales, qui aborde l’étude du social ni par les individus ni par les groupes, mais par les pratiques elles-mêmes (s’approvisionner, préparer un repas…), vues comme des comportements partagés et routiniers. Cette approche, ses apports et ses limites sont discutés. Il apparaît cependant que cette approche doit être complétée pour mieux s’articuler à l’alimentation, et pour être mobilisable sur le terrain. Pour ce faire, les régimes d’engagement de Thévenot sont convoqués. Ils permettent la prise en compte de ce qui n’est pas routinier, et les variations de format d’action déployées par les individus au quotidien. La sociologie de l’alimentation est aussi mise à contribution pour préciser certains aspects des pratiques alimentaires. La proposition centrale consiste à étudier les pratiques idiosyncrasiques, c’est-à-dire les formes individuelles et routinières des pratiques, qui font le lien entre individu et collectif.La seconde partie est centrée sur les pratiques d’approvisionnement, et ouvre sur un compte rendu des pratiques idiosyncrasiques des enquêtés sur ce plan. Les enjeux de logistique, de valeurs, d’agencement des courses dans le flux des pratiques quotidiennes sont discutés pour rendre compte de la formation de ces pratiques. Les différents lieux d’approvisionnement sont ensuite analysés comme des pratiques (faire ses courses au supermarché, au marché…). Les conséquences de l’étude des idiosyncrasies sont soulignées, et permettent d’identifier notamment des schémas d’approvisionnement.La troisième partie suit la même logique, et concerne la préparation des repas et les repas eux-mêmes. Après une description des pratiques idiosyncrasiques des individus, j’entreprends une décomposition de ces pratiques très variables en sous-catégories, dont les recettes. Une esquisse de sociologie des recettes est proposée, dans la droite ligne de la SPT, et s’interroge sur la façon dont celles-ci recrutent des praticiens et voyagent. Une discussion plus générale sur les pratiques alimentaires et leurs dynamiques (donc, leur persistance et leur changement) s’ensuit, articulant bifurcations, trajectoire sociale et confrontation au monde (adaptation aux aléas quotidiens).La conclusion revient sur les apports et limites de l’approche en termes d’idiosyncrasies développée, et ouvre sur une réflexion relative à la transition alimentaire et à la façon dont la sociologie, tout particulièrement la SPT, pourrait envisager cette question.