Les chaînes opératoires métallurgiques du cuivre, spécifiques à Ayn Soukhna, Ancien/Moyen Empire. Alliage volontaire d'arsenic
| Auteur / Autrice : | Georges Verly |
| Direction : | Pierre Tallet, Patrick Degryse |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Histoire de l'Antiquité |
| Date : | Soutenance le 01/07/2024 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Mondes anciens et médiévaux (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Orient et Méditerranée (Ivry-sur-Seine, Val de Marne ; 2006-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Florian Téreygeol |
| Examinateurs / Examinatrices : Claire Somaglino, Thomas Faucher | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Florian Téreygeol, Bérangère Redon | |
| DOI : | 10.70675/e35c472dz1e9dz40ecz852bze9ba6b7fa098 |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Le site d'Ayn Soukhna se distingue dans le paysage archéologique égyptien comme un témoignage précurseur d'innovations métallurgiques, notamment par la mise en évidence d'un procédé de réduction novateur et la production intentionnelle d'alliages cuivreux arséniés. En tant que port intermittent, Ayn Soukhna révèle une richesse unique de données sur six chaînes opératoires métallurgiques, distinctes à l'Ancien Empire et au tout début du Moyen Empire, incluant deux méthodes de fusion pour l'Ancien Empire et quatre combinant réduction et fusion pour le début du Moyen Empire. Cette diversité offre une perspective incomparable sur les pratiques métallurgiques, allant de la collecte de minerais jusqu'au recyclage, dans un contexte chronologiquement précis.La conservation exceptionnelle du site, favorisée par son statut de port intermittent et les conditions désertiques, permet d'étudier des ateliers et structures dans différents états de conservation, offrant une fenêtre sur une technologie métallurgique « figée » en attente de reprise d'activité. Cette situation unique offre un aperçu précieux des méthodes de production stratégiques, gérées par l'État, qui intègre à la fois des traditions de l'Ancien Empire et des innovations du début du Moyen Empire.La gestion étatique souligne une sélection rigoureuse et adaptée des matériaux, influencée par les conditions environnementales et géologiques locales. Les techniques de production bénéficient de cette adaptation, notamment dans la morphologie spécifique des fours de réduction, conçus en fonction de la qualité des minerais disponibles. Les procédés de réduction à Ayn Soukhna sont particulièrement remarquables, évitant l'usage de minerais broyés ou de charbon de bois, et ne nécessitant ni haute température, ni soufflerie forcée, ni production de scories liquides. Ce procédé ingénieux permet une réduction efficace, une décarbonisation et une sauvegarde des billes de cuivre de l'oxydation, grâce à une structure en L optimisée pour un contrôle précis de la température et des conditions oxydoréductrices.Les analyses p-XRF ont joué un rôle clé dans la compréhension des pratiques métallurgiques, révélant une absence d'arsenic dans les processus primaires, mais confirmant son ajout intentionnel dans la métallurgie secondaire pour créer des alliages spécifiques. Cette découverte souligne un choix délibéré des métallurgistes de l'époque, marquant une étape importante dans l'évolution des techniques métallurgiques.L'importance d'Ayn Soukhna dépasse la simple production de cuivre, révélant un système étatique sophistiqué pour la gestion de la métallurgie, de l'extraction au recyclage. Ce système met en évidence la planification minutieuse des expéditions, la standardisation des procédures, et le contrôle de la production, illustrant une gestion méticuleuse qui impacte directement la morphologie des outils et la téléologie des structures utilisées par les métallurgistes.Ayn Soukhna, en tant que site majeur pour l'économie égyptienne antique, nous éclaire sur un pan technologique jusqu'alors méconnu, démontrant non seulement l'avancée des techniques de production primaire et secondaire, mais aussi le rôle crucial de la planification et du contrôle étatique dans l'optimisation des ressources et des procédés métallurgiques. Ce site illustre de manière exceptionnelle l'ingéniosité et la capacité d'innovation des anciens Égyptiens dans le domaine de la métallurgie, reflétant une profonde maîtrise des matériaux et des procédés de fabrication, essentielle à la réalisation d'outils et d'objets métalliques spécifiques à leur époque.