Une Terre en migrations : enquête dans les littératures francophones contemporaines
| Auteur / Autrice : | Marion Grange |
| Direction : | Marielle Macé, Xavier Garnier |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Littérature : théorie, histoire |
| Date : | Soutenance le 02/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Jury : | Président / Présidente : Yolaine Parisot |
| Examinateurs / Examinatrices : Yolaine Parisot, Ninon Chavoz, Raphaëlle Guidée, Tiphaine Samoyault | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Ninon Chavoz, Raphaëlle Guidée | |
| DOI : | 10.70675/6e75f4ffzd2d6z44c8z9cabz01f5a8838f1a |
Résumé
La crise écologique, et ce que l’on a nommé en Europe, à partir de 2015, la « crise migratoire », se détachent comme les deux grands écueils de l’habitation contemporaine, faisant signe l’une et l’autre vers une Terre de plus en plus inhospitalière. Plus encore, les deux « crises » se nouent aujourd’hui d’une manière nouvelle. Alors que les limites planétaires se font sentir et que l’ancienne « Terre des hommes » a pris le visage méconnaissable de Gaïa, figure mouvante et réactive, tissée d’une multitude d’agents incontrôlables, l’humanité et les vivants se trouvent collectivement embarqués dans une condition migratoire inédite, en quête d’une Terre « où atterrir » (Bruno Latour). La thèse part de cette image de la « perte de la Terre » qui fait symptôme dans le champ contemporain des pensées de l’écologie, et se demande « qui perd (ou a perdu) quoi, sur quelle Terre. Depuis les littératures francophones, et en dialogue avec les sciences sociales et les études postcoloniales, elle mène une enquête sur la transformation des imaginaires terrestres, au croisement des enjeux écologiques et migratoires. On nomme « gaïagraphies » les textes qui, en littérature ou au sein des humanités environnementales, s’attachent à appréhender une Terre qui se retire, de Patrick Chamoiseau à Kossi Efoui, de Bruno Latour à Donna Haraway, en passant par Rachel Carson, Fabienne Raphoz, Aimé Césaire, Édouard Glissant ou Michel Deguy. Avec elles, on interroge les migrations terrestres au prisme d’un double élargissement. Un élargissement temporel : on plonge dans la période coloniale, époque de migrations conquérantes et de déportations transatlantiques, pour mettre au jour les imaginaires migratoires et écologiques (coloniaux et décoloniaux) qu’elle a contribué à forger, et qui continuent d’agir dans le présent. Un élargissement des formes de vie considérées : on se penche, au-delà des seules migrations humaines, sur les migrations des vivants ; on interroge alors le sens et la portée de propositions littéraires qui s’attachent à penser l’humain à travers l’oiseau qui migre, ou à emprunter le détour de la graine qui voyage. Dans cette traversée des imaginaires de la « zone critique » – des sols abîmés aux souterrains, sous-marins et sous-bois, du ciel cosmique aux îles reliées en archipel, Gaïa émerge comme Terre en perpétuelles migrations, créole et décoloniale, sans cesse remodelée par les voyages des vivants migrateurs.