Flaubert : le libéralisme en littérature

par Nobuyuki Hirasawa

Thèse de doctorat en Langue et Littérature Françaises

Sous la direction de Gisele Seginger.

Soutenue le 16-12-2021

à l'Université Gustave Eiffel , dans le cadre de Ecole doctorale Cultures et Sociétés (Créteil ; 2015-....) , en partenariat avec Centre de recherche Littératures, savoirs et arts (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) (laboratoire) et de Centre de recherche Littératures, savoirs et arts (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) (laboratoire) .

Le président du jury était Philippe Dufour.

Le jury était composé de Gisele Seginger, Norioki Sugaya, Françoise Mélonio, Keiji Suzuki, Juliette Azoulai.

Les rapporteurs étaient Norioki Sugaya, Françoise Mélonio.


  • Résumé

    Marqué par le « libéralisme en littérature » (Hugo, « Préface » d’Hernani, 1830), Flaubert se définit lui-même comme un « libéral enragé » (lettre du 30 mars 1857 à Melle Leroyer de Chantepie) : avide de liberté dans l’art et la société, Flaubert s’opposera à toutes les limites que l’on veut imposer à cette liberté. Cette étude cherchera donc à analyser l’expression de ce libéralisme de Flaubert dans ses œuvres romanesques.La première partie examine l’origine du libéralisme de Flaubert au travers de ses œuvres de jeunesse et des contextes correspondants (familial, scolaire et littéraire). On essaie ainsi de retracer la formation éthique du jeune Flaubert, déjà artiste indépendant et libéral. Les parties suivantes abordant ses trois romans modernes, Madame Bovary, L’Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet, en dégagent une problématique libérale en s’intéressant notamment à leurs dimensions critiques et socio-historiques.La deuxième partie est une analyse socio-politique de Madame Bovary. En 1851-1852, Louis-Napoléon Bonaparte avait légitimé son Coup d’État et le rétablissement de l’Empire par ce suffrage universel qu’idéalisaient les démocrates. Devant un vote démocratique qui menace la démocratie, Flaubert a pris conscience du danger de la tyrannie de l’opinion publique. La critique des idées reçues, c’est-à-dire du discours médiatisé et idéologique, devient dès lors l’une des formes de l’engagement libéral de Flaubert. C’est dans cette perspective du libéralisme qu’on lira Madame Bovary, roman non seulement sur l’imaginaire collectif, les idées reçues, le pouvoir et le danger des représentations, mais aussi sur l’esprit d’une époque (G. Séginger). Pour mettre en lumière la subversivité de la littérature flaubertienne, on examinera aussi les dossiers du procès de Madame Bovary, ce qui permettra de s’interroger sur le rapport essentiel que l’écriture flaubertienne entretient avec la politique.La troisième partie analyse les représentations historiques dans L’Éducation sentimentale de 1869. Pour ce roman, Flaubert s’est livré à de vastes recherches documentaires sur les discours socialistes de son époque. À partir de ces matériaux historiques, il élabore des personnages-types représentatifs des forces collectives et socio-historiques. À partir des analyses socio-historiques du texte et de l’avant-texte on s’est donc attaché ici à retrouver les réflexions politiques que Flaubert a intégrées à son roman, notamment la critique du néo-catholicisme quarante-huitard qui y est développée et qui reflète les contextes historique et politique de l’époque de la rédaction (1864-1869), en pleine lutte entre l’Église et les intellectuels libéraux.La quatrième partie fait une analyse du chapitre VI de Bouvard et Pécuchet. L’interrogation centrale y est de trouver comment, après de vastes recherches documentaires sur les sciences politiques, Flaubert a mis en scène en libéral enragé « le défaut de méthode » des sciences politiques du XIXe siècle. Son intention critique témoigne alors de sa conscience politique après la défaite de 1870, constatant que le suffrage universel fait désormais la part belle à l’opinion, au détriment de l’approche scientifique. Bouvard et Pécuchet, cette « encyclopédie critique en farce » est ici l’expression de cette conscience libérale du Flaubert des années 1870.Contrairement à certaines idées reçues, les romans de Flaubert comportent bien des réflexions politiques répondant aux situations et idéologies politiques de son temps. Pour conclure, le libéralisme de Flaubert apparaît définitivement comme un mode de pensée critique s’interrogeant sur les origines de nos servitudes

  • Titre traduit

    Flaubert : Liberalism in Literature


  • Résumé

    Inspired by "liberalism in literature" (Hugo, "Preface" to Hernani, 1830), Flaubert defines himself as a furious liberal (letter, March 30th 1857 to Miss Leroyer de Chantepie) : as a supporter of freedom, both in art and in society, Flaubert opposes all limits possibly imposed on it. Hence, this study aims at analyzing the expressions of Flaubert's liberalism in his novelistic representations.First part examines the origin of Flaubert's liberalism as from his youth works and contexts (family, school, literature), and attempts tracing the ethical molding of young Flaubert to become an independent and liberal artist. The following parts focuses on the critical and socio-historical dimensions of Flaubert’s three modern novels, Madame Bovary, L'Éducation sentimentale and Bouvard et Pécuchet in an approach to draw out the liberal questioning thereof.Second part is devoted to socio-political analysis of Madame Bovary. In 1851-1852, Louis-Napoleon Bonaparte used universal suffrage as idealized by democrats to legitimize his Coup and restoration of Empire regime. Faced with democratic vote, now a threat to democracy, Flaubert pointed out the deleterious tyranny imposed by public opinion. Criticism of generally accepted ideas, i.e., mediatized and ideological discourse, becomes then a major form of Flaubert’s liberal commitment. Madame Bovary, as a novel about collective imagination, generally accepted ideas, power and danger of representations as well as about the spirit of an era (G. Séginger) is thus to be read in the view of such a scope of liberalism. Court’s filing against Madame Bovary is also reviewed to highlight the subversiveness of Flaubert’s literature, giving way to questioning the essence of relationship between politics and Flaubert’s writing.Third part analyzes historical representations in L'Éducation sentimentale of 1869. To write this novel, Flaubert undertook extensive documentary research on the socialist discourses of his time. From this historical material, he elaborated core characters to represent collective and socio-historical forces. Based on the socio-historical analysis of the text and draft, the political reflections Flaubert integrated into the novel were reconstructed, focusing on criticisms against neo-Catholicism developed by Flaubert in the novel. These criticisms reflect the historical and political contexts in the time of writing (1864-1869), as a struggle between Church and liberal intellectuals was in a climax.Fourth part examines, in chapter VI of Bouvard et Pécuchet, the way furious liberal Flaubert took – after extensive documentary research about political science – to portray a lack of method in 19th century political science, a central question in that chapter. Flaubert's critical intention responds to his political awareness – following France’s defeat against Prussia in 1870 – that universal suffrage now gives detrimental pride of place to opinion against some scientific approach, Bouvard et Pécuchet as seen as a "critical encyclopedia in farce", being the expression of that liberal position of Flaubert in the 1870s.Against generally accepted ideas, Flaubert's novels effectively contain political reflections responding to the political situations and visions of his lifetime, whereby his "liberalism" conclusively appears as a critical method for questioning the origins of human and social servitudes


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