Féministes des champs : l'espace de la cause écoféministe au sein du mouvement de retour à la terre. France, États-Unis, Nouvelle-Zélande, 1970-2019.

par Constance Rimlinger

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Geneviève Pruvost.

Le président du jury était Michel Lallement.

Le jury était composé de Michel Lallement, Irene Becci, Delphine Naudier, Sylvie Ollitrault, Geoffrey Pleyers.


  • Résumé

    La thèse porte sur les interrelations entre l'engagement féministe et l'engagement écologiste de personnes appartenant à des minorités sexuelles ou de genre créatrices d'écolieux qui sont à la fois des lieux de vie, de travail (notamment agricole) et de diffusion de modes de vie alternatifs s'inscrivant dans une démarche de décroissance et de simplicité volontaire. À partir d’une approche localisée et comparée combinant plusieurs mois d’ethnographie multisituée dans des lieux en France, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, et la réalisation d’une quarantaine d’entretiens, cette recherche interroge les différentes articulations théoriques et pratiques bâties par les actrices entre leurs engagements féministes, écologistes et en faveur de la communauté LGBTQ+, ainsi que la manière dont ce polyengagement se configure autour d’une politisation du mode de vie. La première partie de la thèse situe les expériences étudiées dans des phénomènes plus larges (le retour à la terre, l'émergence et l'évolution de l'écoféminisme, les nouveaux mouvements religieux) et dans une histoire au long cours. La deuxième partie distingue trois configurations écoféministes et cerne leurs caractéristiques et enjeux propres. La configuration « différentialiste séparatiste » et la configuration « queer intersectionnelle » ont en commun la recherche de création d’un entre-soi communautaire en milieu rural, et le fait de sensibiliser des personnes LGBTQ+ à l’écologie. Tandis que la première s’inscrit dans un féminisme différentialiste et revendique une non-mixité stricte entre femmes, la deuxième s’inscrit dans un féminisme queer intersectionnel et promeut davantage une non-mixité « sans hommes cisgenres ». Dans la troisième configuration distinguée, « holistique intégrationniste », les enjeux identitaires et les clivages entre des courants de pensée féministes différents s’effacent au profit d’une recherche d’inclusion dans le milieu des alternatives agricoles et écologistes. Bien intégrées localement, les néo-rurales regroupées dans cette configuration contribuent à sensibiliser les populations de leurs territoires d’adoption aux enjeux de genre par leur présence et le modèle alternatif qu’elles représentent. Suite à l’analyse détaillée de ces configurations, qui s’appuie notamment sur des études de cas monographiques, la troisième partie de la thèse se penche sur les enjeux transversaux : la prise de distance à l’égard des normes de la socialisation, la traduction de la quête émancipatoire féministe dans des expérimentations concrètes, la place de la nature et de l’écologie ainsi que du travail de la terre dans les projets, et enfin, dans certains cas, le développement d’une spiritualité qui (re)sacralise la Nature et place le « féminin » au cœur de son échelle de valeurs. Cette recherche met en évidence l’existence non pas d’un écoféminisme terrien qui prendrait la forme d’un mouvement organisé et unifié, mais d’une nébuleuse d’initiatives faiblement connectées entre elles et ancrées dans des cultures militantes différenciées. Au-delà de leur hétérogénéité, ces dernières ont en commun de faire converger, en actes, une quête d’émancipation féministe et la recherche d’une manière d’être-au-monde plus respectueuse de l’environnement. Cette convergence accorde une importance particulière au fait de prendre soin (care), à la subjectivation, et à la revalorisation de l’attachement à la terre, au corps, à une communauté.

  • Titre traduit

    Feminists of the fields : the ecofeminist cause in the back-to-the-land movement. France, USA, New-Zealand, 1970-2019


  • Résumé

    This research examines how feminism and ecology intertwine – in theory and in practice – and how activists redirect their engagement into lifestyle politics, based on the experiences of people belonging to sexual minorities who create alternative settings (organic farms, permaculture sites, lesbian lands…) where they live, work,and disseminate degrowth ideas and practices. It interrogates different theoretical articulations and practices built by the subjects between their feminist, environmentalist, and LGBTQI+ community commitments, as well as the ways in which this polyengagement is reconfigured around a politicization of their ways of life. This work is built upon empirical research that combines ethnographic fieldwork (in France, New-Zealand and the USA) and about 40 interviews. The first part of the dissertation recontextualizes the neo-rural installations studied as part of a larger dynamic: the back-to-the-land movement, the emergence and evolution of ecofeminism, and new religious movements. Based on field case studies, the second part identifies three different ecofeminist subcultures and analyzes their characteristics as well as challenges. In particular, the integration in different feminist traditions and the divergent views on separatism. Following the detailed analyses of these varying ecofeminist subcultures, the last part of the dissertation deals with cross-cutting issues. It shows how the activists move away from former norms and beliefs, how they reinvent their feminist and ecological practices into prefigurative action and lifestyle politics, and, in some cases, how they develop and embrace an earth-based spirituality worshipping nature and the Divine Feminine. This dissertation sheds lights on the notion that, at the present time, ecofeminist characteristics and initiatives can be found in the back-to-the-land movement, but they do not constitute a cohesive and homogenous movement. They are however connected in a quest for feminist emancipation and the search for a way to be in the world that is more respectful of the environment. This convergence gives particular importance to acts of care, to the search for individual and collective empowerment, and to the reconnecting of activists with the Earth, their bodies, and their communities.


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