De l'exception à l'insertion : les établissements charitables dans la fabrique urbaine d'Istanbul (1860-1914)

par Gabriel Doyle

Thèse de doctorat en Histoire et civilisations

Sous la direction de Nathalie Clayer.

Le président du jury était Bernard Heyberger.

Le jury était composé de Bernard Heyberger, Catherine Maurer, Jean-François Pérouse, Romain Bertrand, Shirine Hamadeh.

Les rapporteurs étaient Catherine Maurer, Jean-François Pérouse.


  • Résumé

    Cette thèse se penche sur deux phénomènes concurrents qui n’ont pas été auparavant associés dans l’historiographie : l’élan charitable des congrégations catholiques à Istanbul et la transformation urbaine de la capitale ottomane dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Pour comprendre la relation entre ces deux mouvements parallèles, cette thèse approche les établissements charitables et les œuvres sociales catholiques par le prisme de l’urbain, comme une configuration spatiale et matérielle qui s’impose après la guerre de Crimée (1853-1856). Pour ce faire, ce travail fait usage de plusieurs fonds d’archives dans des langues variées qui adressent la question de l’installation d’établissements charitables dans la ville et de leur activité au quotidien. À partir de cet ensemble documentaire, la thèse dégage une série de cas d’étude à l’échelle micro qui reflètent les stratégies congréganistes et les réponses locales dans une ville en reconfiguration. Ce travail se penche d’abord sur les trajectoires spatiales des congrégations dans la ville, en observant par exemple dans quel quartier elles s’établissent et pour quelle raison. Ces itinéraires interrogent le lien entre les établissements charitables et le milieu social catholique stambouliote, des familles aisées installées dans la ville depuis plusieurs générations aux migrants travailleurs récemment venus d’Europe. Le cas des congrégations montre aussi plus généralement une insertion dans un carrefour des cultures de la charité et de la prise en charge issues de différentes traditions religieuses, de l’évergétisme bourgeois ou de l’aide humanitaire en contexte de crise. Réévaluer Istanbul comme ville imprégnée de l’impératif charitable permet ainsi de complexifier le récit de l’Occidentalisation de la ville au XIXe siècle tel qu’il a été avancé par l’historiographie. Enfin, ce travail vient remettre en question les lectures unidirectionnelles de la présence missionnaire comme le fruit d’intérêts impérialistes ou coloniaux. Malgré la domination économique et juridique des États qui protègent ces missions, la France, l’Autriche-Hongrie ou l’Italie, les acteurs congréganistes se retrouvent souvent en contexte d’incertitude, de rivalité interne, d’insubordination vis-à-vis de leurs États protecteurs et de dépendance envers des acteurs locaux. C’est aussi une tension spatiale qui apparaît entre un idéal de l’extraterritorialité et de la clôture, où la démarcation entre l’établissement et la ville ottomane est hermétique, et les pratiques spatiales qui remettent en cause cette frontière physique et idéelle, comme les interactions avec le voisinage ou les contraintes fiscales et foncières imposées par les autorités ottomanes.

  • Titre traduit

    From Exception to Inclusion : Charitable Institutions in Istanbul's Urban Fabric (1860-1914)


  • Résumé

    This thesis studies two concurrent phenomena that have not been previously associated in scholarship: the charitable impetus of Catholic congregations in Istanbul and the transformation of the Ottoman capital in the second half of the 19th century. In order to understand the relationship between these two parallel evolutions, this thesis approaches charitable institutions and Catholic social work through an urban angle, as a spatial and material configuration that was enforced after the Crimean War (1853-1856). This requires the use of various archival materials in different languages that address the question of missionary installation in the city and of their charitable activity in everyday life. From this corpus of documents, the thesis extracts a series of cases on a micro scale that illustrate the strategies of congregations and local responses in a changing urban environment. This work first looks at the spatial trajectories of congregations in the city, observing in which neighbourhood they decided to settle and why. These itineraries interrogate the link between charitable institutions and the social milieu of Catholic Istanbul, from rich families who practice philanthropy and who have lived in the city for generations to recently arrived European workers. The study of these congregations also demonstrates how they were embedded in an entangled world of charitable cultures of different religious backgrounds, from bourgeois benevolence to humanitarian relief in moments of crisis. To revaluate Istanbul as a city imbued of charitable imperatives may also complexify the narrative of the city’s Westernization during the 19th century as it is still advanced by some scholarship. Finally, this thesis puts into perspective some unidirectional readings of missionary presence as strictly a result of imperialist or colonial interests. Despite the economic and legal domination of the European powers that protect these missions, France, Austria and Italy, missionaries often end up in situations of uncertainty, marked by inner rivalry, insubordination towards the protector state or dependency towards local protagonists. This study also sheds light on a spatial tension between on one side the ideal of extraterritoriality and of religious enclosure, where the border between the charitable institution and the Ottoman city is impermeable, and on the other spatial practices that puncture this imaginary and physical border, such as interactions with neighbours or fiscal and property-related obligations towards the Ottoman authorities.


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