Résister à l'hétérosexualité en Corée du Sud : parcours genrées de femmes queer entre elles (depuis 2016).

par Marion Gilbert

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Alain Delissen et de Éric Fassin.

Le président du jury était Sylvie Tissot.

Le jury était composé de Sylvie Tissot, Catherine Achin, Kyung-Mi Kim, Hui-Yeon Kim.


  • Résumé

    En 2016, une femme est tuée par un homme dans des toilettes publiques du quartier de Gangnam, à Séoul. Aux policiers, le meurtrier répond qu’il a voulu tuer une femme parce qu’il les hait. Par leur socialisation primaire, les femmes sont censées incorporer, avec une norme hétérosexuelle basée sur la division sexuelle, l’évidence de la domination masculine. Cette affaire juridico-médiatique fonctionne comme un rappel à l’ordre sexuel pour celles qui oseraient remettre en cause leur rôle traditionnel. Ce travail de sociologie qualitative repose sur une enquête de terrain menée pendant huit mois à Séoul en 2018 et 2019. Il étudie comment certaines jeunes femmes sud-coréennes luttent pour la reconnaissance et la visibilité de leur identité homosexuelle tandis que d’autres femmes résistent à l’hétérosexualité en s’auto-identifiant à la même catégorie : queer. À travers une trentaine d’entretiens semi-directifs retraçant les parcours de femmes homosexuelles et de femmes non-homosexuelles, il met en évidence que l’identité queer n’est pas toujours une question de sexualité. En effet, la prépondérance de la famille tend à assigner les femmes à une classe de sexe qu’elles rejettent désormais. La prise de distance avec l’hétérosexualité se fait par l’identification soit à une catégorie traditionnelle d’orientation homosexuelle, soit à de nouvelles catégories de genre (fluide, non binaire, agenre) et d’orientations sexuelles (pansexuel·le, homoromantique). Ce sont autant de manières de résister à la contrainte de relations amoureuses hétérosexuelles, qui passe par le mariage et la procréation. L’identité queer est utilisée de façon subversive par des femmes résolument queer – en termes de genre sinon de sexualité. Les femmes non-homosexuelles rencontrent les femmes homosexuelles sur des réseaux sociaux, où elles apprennent les codes d’identités non-hétérosexuelles avant de se fréquenter dans des cafés, des bars, des clubs lesbiens interdits aux hommes, en pleine expansion depuis la fin des années 2010 à Séoul. La précarité des femmes lesbiennes les pousse à établir des stratégies de résilience. Les combats lesbiens et anti-hétérosexualité se mélangent. A l’unisson, les femmes non-hétérosexuelles demandent la création d’un partenariat reconnu légalement pour les personnes de même sexe, le vote d’une loi anti-discrimination. La thèse montre comment, entre femmes, elles développent des stratégies pour vivre en dehors de l’hétérosexualité, à travers des réseaux de solidarité qui passent par une économie lesbienne et des familles féminines.

  • Titre traduit

    Between women : queer trajectories of gender (since 2016)


  • Résumé

    In 2016, a woman was killed by a man in a public restroom in Seoul's Gangnam district. When interrogated by the police, the murderer explains that he wanted to kill a woman because he hates them. Through their primary socialization, women are expected to incorporate, with a heterosexual norm based on gender division, evidence of male dominance. This legal case, which was largely covered by the media, functions as a reminder of sexuality for women who dare to question their traditional role.The present qualitative sociology work is based on an eight-month field survey which took place in Seoul in 2018 and 2019. It studies how some young South Korean women fight for the recognition and visibility of their homosexual identity while other women resist heterosexuality by self-identifying with the same category as the first group: queer. Through some thirty semi-structured interviews retracing the journeys of homosexual women and non-homosexual women, this work highlights that queer identity is not always a question of sexuality. Indeed, the strong influence of the family tends to assign women to a gender class that they now reject.Distancing oneself from heterosexuality is achieved by identifying either with a traditional category of homosexual orientation, or with new categories of gender (fluid, non-binary, agender) and sexual orientation (pansexual, homoromantic). These are all ways of resisting the constraint of heterosexual romantic relationships, which involves marriage and procreation. Queer identity is used in a subversive way by decidedly queer women - in terms of gender if not sexuality.Non-homosexual women meet homosexual women on social networks, where they learn the codes of non-heterosexual identities before dating in cafes, bars, lesbian clubs forbidden to men, which have boomed since the end of the 2010s in Seoul. The lack of economic and social stability that lesbian women experience pushes them to establish resilience strategies. Lesbian and anti-heterosexuality fights are mixed. In unison, non-heterosexual women are calling for the creation of a legally recognized partnership for people of the same sex, the enactment of an anti-discrimination law. This dissertation shows how women develop strategies among themselves for living outside heterosexuality, through solidarity networks that run through a lesbian economy and female families.



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