Pour une approche discursive de la terminologie européenne et nationale, en français et en espagnol, des textes non contraignants sur les politiques sécuritaires (2001-2018)

par Francesca Bisiani

Thèse de doctorat en Sciences du langage - linguistique. Terminologie, analyse du discours

Le président du jury était John Humbley.

Le jury était composé de Rachele Raus, John Humbley, Maria Teresa Zanola, José Luis Aja Sánchez, Giovanni Garofalo, Dardo Mario De Vecchi.

Les rapporteurs étaient Maria Teresa Zanola.


  • Résumé

    Le présent travail se propose d’examiner, par une analyse contrastive, les positionnements qui ressortent d’une terminologie relative aux politiques publiques sécuritaires. Cette recherche s’appuie sur une sélection de textes juridiques non contraignants, en français et en espagnol, publiés entre 2001 et 2018 par la Commission européenne et deux États membres : la France et l’Espagne. Le choix d’analyser les actes émis par les autorités européennes et nationales découle de certaines spécificités qui caractérisent la production du discours institutionnel. Les études récentes dans ce champ de recherche ont démontré que celles-ci tendent à favoriser une rhétorique consensuelle qui soit à même de désamorcer le débat politique. Or, ces stratégies discursives comportent en elles-mêmes la trace de positionnements idéologiques précis. L’observation de la circulation des termes, dans un contexte pluriel comme celui de l’UE, permet alors de détecter les discordances qui caractérisent les productions discursives plurielles concernant la sécurité commune. Pour ce faire, nous avons adopté une approche théorique qui articule la terminologie à certaines notions de l’analyse du discours « à la française » (ADF). La terminologie place le terme, à savoir l’unité lexicale utilisée dans un domaine spécialisé de la connaissance, au centre de sa réflexion. Nous focalisons donc notre étude sur la valeur que le lexique acquiert lorsqu’il est prononcé par une autorité légitime – l’institution – dans le secteur spécifique des politiques sécuritaires. La recherche terminologique a progressivement montré que les termes, comme les unités lexicales, sont liés au contexte d’utilisation et aux conditions de production du discours dans lequel ils s’insèrent. Les variantes dénominatives, qui émergent des sous-corpus, dépendent donc du contexte linguistique et extralinguistique qui entoure l’utilisation du terme. À partir de cet arrière-plan, nous nous sommes demandé si les variantes pouvaient être le symptôme de positions idéologiques discordantes. En ce sens, l’ADF, qui s’intéresse traditionnellement aux idéologies sous-jacentes au langage, nous a fourni les notions nécessaires pour comprendre les raisons pouvant expliquer la variation d’un terme. L’approche méthodologique nous a permis de combiner une analyse lexicométrique du corpus à une observation détaillée du terme dans son contexte, dans les reprises intertextuelles et dans les sources terminographiques. Nos résultats sont présentés après un parcours d’analyse qui commence, selon une méthode déductive, par le choix de certains termes : « prévention», « détection», « répression », « combattant terroriste étranger » et « criminalité transfrontalière». Ces derniers ont été sélectionnés sur la base de recherches menées en amont dans la littérature des relations internationales et sont représentatifs de certaines tensions qui alimentent le débat académique, politique et juridique. Il s’agit, d’une part, d’observer les termes concernant les actions stratégiques (« prévention », « détection », « répression ») et, d’autre part, de réfléchir à la conceptualisation de la menace et de l’ennemi (« combattant terroriste étranger » et « criminalité transfrontalière »). Dans le premier cas, nous nous attardons notamment sur les différentes temporalités qui caractérisent les stratégies de dissuasion et de condamnation d’une infraction ; dans le second cas, nous observons deux dénominations qui présentent des ambiguïtés sur le plan terminologique et discursif et qui évoquent le concept de « frontière » et d’appartenance à un État. En conclusion, notre travail vise à observer les décalages et les ouvertures interprétatives qui se créent lorsque des termes circulent et sont utilisés pour légitimer des pratiques discursives. La thèse montre que le discours institutionnel sur la sécurité finit par occulter les débats qui pourtant sont bien présents et qui devraient donc être explicitement inclus dans l’espace public

  • Titre traduit

    For a discursive approach to European and domestic terminology in French and in Spanish in non-binding texts on security policies


  • Résumé

    In reliance upon contrastive analysis, our study examines the standpoints which become manifest through the use of terminology as it relates to public policy in security matters. Our research rests upon a selection of non-binding instruments in French and in Spanish, published between 2001 and 2018 by the European Commission and by two Member States, namely France and Spain.Behind our decision to analyse documents issued by both European and domestic authorities, lie peculiarities in the way institutional discourse is produced. Recent studies in the area have shown that such discourse fosters a rhetoric of consensus, and tends to drown political debate. As it happens, these communication strategies themselves reflect clear-cut ideological standpoints. By examining how such terms circulate in an environment as diverse as the EU, one uncovers discrepancies that prove to be typical of the varied utterances produced in collective security matters.For our purpose here, we have adopted a theoretical approach that weaves the study of terminology into certain notions of French discourse analysis (ADF). Terminology places the term itself, i.e. the lexical unit used in a specialised field of knowledge, at its very core. Our own study will therefore focus on the value which the lexicon acquires when uttered by a legitimate authority – the institution – in the specific area of security policy. Terminological research has gradually shown that like lexical units, terms are bound both to the context in which they are used and to the circumstances in which their surrounding discourse is produced. Variants in the expressions used, as these emerge from each sub-corpus, will thus depend on the linguistic and extra-linguistic environment surrounding use of the term. Against that background, we have set out to ascertain whether the variants might be symptomatic of discrepant ideological standpoints. In that sense, ADF, which has traditionally dealt with the ideologies underpinning language, lends us the notions one requires to grasp the reasons that may lie behind shifts in a given term. The methodological approach has allowed us to combine lexicometric analysis of the corpus with detailed, in-context observation of a term’s inter-textual recurrences and terminographical sources. We set out our results further to a course of analysis which in reliance on deductive method, begins with selecting certain terms: “prévention”, “détection”, “répression”, “combattant terroriste étranger” et “criminalité transfrontalière”. The terms have been selected based upon upstream research into the literature of international relations, and typify the tensions that feed into academic, political and legal debate. In the first section, we examine the terms which pertain to strategic action (“prévention”, “détection”, “répression”), and in the second, we reflect on how the notions of a threat and the enemy have been conceptualised (“combattant terroriste étranger” and “criminalité transfrontalière”). Accordingly, we shall first scrutinise the stages proper to deterrence, prosecution and sentencing, before examining two expressions that are ambiguous from both a terminological and a rhetorical standpoint. These refer to the notion of border (“frontière”) and to belonging to a State.In conclusion, our work has been designed to examine the mismatches and interpretative loopholes that are generated, as terms circulate and are put to the purpose of legitimising rhetorical practices. Our thesis will demonstrate that at the end of the day, institutional discourse in security matters has obscured a debate which is nonetheless very much alive, and a worthwhile topic of concern to a far wider public


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